« L’idée qu’il y aurait une spéculation autour des SPAC est absurde » (Matthieu Pigasse, Centerview)

Le banquier d’affaires, aujourd'hui chez Centerview après 17 ans passés chez Lazard, a participé à trois SPAC depuis 2015, en étant même un pionnier en France. Il livre un vibrant plaidoyer en faveur de ces nouveaux instruments financiers cotés, qui commencent pourtant à faire peur outre-Atlantique. « C’est un instrument qui offre à la fois une sécurité, une rapidité et une grande flexibilité pour mener des projets de consolidation », résume Mathieu Pigasse.

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Ex de Lazard, le banquier d'affaires est le pionnier des SPAC en France et compte, désormais à son actif, trois lancement de SPAC.
Ex de Lazard, le banquier d'affaires est le pionnier des SPAC en France et compte, désormais à son actif, trois lancement de SPAC. (Crédits : Christian Hartmann)

Le banquier d'affaires Matthieu Pigasse aime les SPAC (special purpose acquisition company), ces instruments financiers cotés, destinés à financer une ou plusieurs acquisitions, et qui connaissent depuis 2020 un vent de folie aux Etats-Unis, qui déborde désormais en Europe. Et pour cause. Matthieu Pigasse a été non seulement le premier à lancer en France un SPAC, en 2015, devenu le groupe Mediawan (retiré de la cote en 2020), mais il a récidivé en 2020 en créant 2MX Organic, toujours avec son partenaire Xavier Niel, le fondateur de Free, puis, en juillet 2021, avec son projet I2PO aux côtés du family office de la famille Pinault.

Avec trois SPAC à son actif, sur la petite cinquantaine lancée en Europe depuis 2015 (dont 24 en 2021), Matthieu Pigasse est en bonne place pour défendre les SPAC, à l'heure où des doutes commencent à apparaître aux Etats-Unis, y compris auprès du régulateur, la Securities Exchange Commission (SEC).

Certaine fatigue

Lors d'une table ronde organisée par le cabinet d'avocats Racine, très actif sur ce marché, le banquier a certes reconnu « une certaine fatigue » outre-Atlantique, liée « au fait que n'importe qui a essayé de faire n'importe quoi » et qu'il est donc temps de « remettre un peu d'ordre ». Mais pas question de revenir sur l'utilité de ces véhicules d'investissement dans le développement et le financement des entreprises. Et encore moins d'évoquer un risque de de bulle financière.

« Les SPAC ont levé 70 milliards de dollars en 2020 alors que private equity a attiré 1.000 milliards de dollars. Et les fonds disponibles du private equity représentent aujourd'hui quelque 3.000 milliards. Alors parler de spéculation autour des SPAC est tout simplement absurde », relève-t-il.

Quant à l'éventuelle opposition entre les SPAC et le private equity, cela n'a guère plus de sens, selon lui.

« Ce sont des instruments complètement complémentaires qui correspondent à des stades de maturité différents de l'entreprise. Le private equity permet à une entreprise de se développer à l'abri du marché et le SPAC lui permet d'atteindre un nouveau stade de développement en allant chercher des fonds sur le marché ».

Les raisons d'un succès

Le SPAC c'est donc super. Mais comment expliquer cette soudaine frénésie alors que ces véhicules existent depuis une bonne vingtaine d'année ? Pour le banquier, cette vague s'explique à la fois pour des raisons conjoncturelles et structurelles. Le principal facteur conjoncturel est bien connu : excès de liquidités sur les marchés, taux extrêmement bas, recherche de rendement sans grand risque a priori pour l'investisseur, qui peut sortir avec son capital garanti avant l'acquisition.

Une deuxième raison conjoncturelle tient, selon le banquier, au cycle même de la vie de l'entreprise. « Nous observons ces dernières années une forte croissance d'entreprises non cotées, grâce notamment au capital investissement. Beaucoup de ces sociétés ont atteint une taille importante, avec une capacité à jouer un rôle de consolidation, et représentent autant de cibles intéressantes », avance Matthieu Pigasse.

Trois facteurs structurels

Mais, ce sont surtout des facteurs plus structurels, propres à la structure même du véhicule, qui expliqueraient le succès du SPAC tant auprès des entrepreneurs que des investisseurs. Tout d'abord, ces véhicules offriraient une sécurité aux parties prenantes. « Pour la société qui va être cotée, c'est moins d'incertitudes sur la valeur de cotation que dans un processus classique d'introduction en Bourse car elle est déterminée à l'avance. Et pour l'investisseur, il a toujours une porte de sortie pour la totalité de sa mise de départ », explique le banquier.

Ensuite, le propre du SPAC est d'aller vite, à la fois dans la levée de fonds mais aussi dans l'exécution même de l'opération d'acquisition. « Nous avons réussi à lever les fonds pour 2MX Organic en quelques jours, un mois de décembre sur un marché très incertain », se rappelle Matthieu Pigasse.

Equity story et carnet d'adresses

Enfin, le SPAC offre une capacité à mener des opérations en titres et d'associer au passage les propriétaires de la société acquise à l'aventure. « En ce sens, le SPAC est un formidable instrument de consolidation », souligne l'homme d'affaires. Et de souligner que Mediawan a ainsi pu réaliser près de 40 acquisitions en cinq ans, à la fois en cash et en titres.

Ainsi, une mise initiale de 300 millions d'euros peut déboucher sur une opération de croissance externe de plus de 2 milliards en jouant sur tous les leviers du SPAC, le cash, la capacité à payer en titres (roll over), à mettre de la dette (leverage) et à réaliser des augmentations de capital réservées. « Peu de véhicules offrent une telle flexibilité », résume le banquier.

Tous les SPAC ne seront pas des success story. Matthieu Pigasse en convient. Pour lui, la condition du succès tient à la combinaison du projet lui-même (equity story), de l'équipe qui porte ce projet et du plan qui est derrière, autrement dit, la ou les cibles déjà repérées. « Beaucoup de gens ont lancé des SPAC aux Etats-Unis sans avoir une idée très précise de ce qu'ils allaient faire », estime l'ancien dirigeant de Lazard, qui connaît bien les arcanes de Wall Street.

Le projet c'est bien, mais surtout la personnalité des sponsors, leurs track record qui peut convaincre des investisseurs de mettre au pot, tout en acceptant une forte dilution de leur participation lors de l'acquisition (les sponsors mettent en général 2 à 3 % de mise de départ et en récupère 20% lors de la finalisation du projet d'acquisition).

« Les investisseurs viennent car ils croient au projet, mais aussi avec l'idée, à mon avis juste, que les sponsors leur donneront accès à des deals auxquels ils n'auraient pas eu normalement accès », estime le banquier. Il est toujours agréable de faire partie d'un club privé.

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Commentaires 6
à écrit le 13/09/2021 à 3:31
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Plus c'est gros, plus ca passe. C'est un axiome bien connu. Ce clown est un expert.

à écrit le 11/09/2021 à 17:23
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y a aucune speculation ' autour', c'est le produit en lui meme qui devrait etre interdit...... ou alors faut faire preuve de creativite, par exemple, on pourrait loger disons 500.000 euros pour l'achat d'un logement, et on verrait la surprise de l'a...

à écrit le 11/09/2021 à 10:37
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Lol lire un mec dont le fond de commerce est justement ce type de dispositif financier … p On nous prends vraiment pour des enfants ….

à écrit le 11/09/2021 à 8:53
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La spéculation a détruit le monde et l'humanité il est logique de l'entrevoir sur tous les phénomènes tandis que la plus grave, la plus destructrice à savoir la spéculation immobilière continue de faire des ravages. Ceux qui détruisent le monde ne ro...

à écrit le 10/09/2021 à 21:37
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Le nez dans la coke monétaire tout va bien pour les financiers! Pas de spéculation pour les Special Company for Acquiring Money... car les "investisseurs" ne peuvent rien anticiper (cf. promesses de fusion ou acquisition sans contrainte légale n...

à écrit le 10/09/2021 à 7:31
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Sacré Pigasse, va !! Non, non la Bourse et la financiarisation de l'économie ne sont pas spéculatives. LOL !! 😂🤣😂🤣😂🤣

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