I2PO, le Spac de Pinault et Pigasse, lève plus d'argent que prévu et va entrer sur Euronext

Innovation financière née aux Etats-Unis en 2003, ces entreprises sans activité commerciale dont le but est de lever des fonds en entrant sur une place boursière pour acquérir ensuite une entreprise non cotée, s'immiscent sur les marchés européens. La famille Pinault, le banquier d'affaires Matthieu Pigasse et Iris Knobloch, ancienne dirigeante de WarnerMedia ont levé 275 millions d'euros pour investir dans un champion du divertissement. Leur Spac entrera à Euronext Paris ce mardi. Mais l'activité sur le Vieux continent est loin de la frénésie à l’œuvre de l'autre côté de l'Atlantique.

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Avec une dizaine de Spacs en Europe, le Vieux Continent fait encore figure de poids plume face au marché américain
Avec une dizaine de Spacs en Europe, le Vieux Continent fait encore figure de poids plume face au marché américain (Crédits : Reuters)

Après plusieurs années de sages observations, les Spacs commencent à éclore sur les marchés financiers français, poussés en partie par le volontarisme de l'AMF, l'Autorité des marchés financiers. Dernier exemple en date, le 14 juillet dernier, ce sont des grands noms du monde des affaires français qui ont annoncé lancer à leur tour leur Spac sur la place de Paris. "I2PO" est dédiée au divertissement et est pilotée par la famille Pinault, le banquier d'affaires Matthieu Pigasse et Iris Knobloch, ancienne dirigeante de WarnerMedia. La structure a levé 275 millions d'euros et entrera à Euronext Paris le mardi 20 juillet, ont-ils annoncé ce vendredi. Ce montant dépasse les 250 millions espérés lors de son lancement le 14 juillet. Le montant de souscription minimum a été fixé à un million d'euros, ont déclaré mercredi ses fondateurs.

I2PO soutiendra les investissements dans le secteur du divertissement et des loisirs et sera, selon Iris Knobloch, "le premier SPAC coté en Europe" dédié à ce secteur. Son ambition est d' « accompagner un champion européen dans la conquête du marché du divertissement et des loisirs au niveau mondial », explique-t-elle.

Passerelle entre les IPO et le private equity

Les Spacs sont des véhicules cotés en bourse conçus pour permettre la cotation expresse de sociétés non cotées par achat de leurs titres combiné à un mécanisme de fusion-absorption, permettant à cette dernière d'entrer en bourse et d'avoir accès aux ressources du marché sans passer par la procédure classique et lourde d'introduction (Fast-Track IPO).

Les porteurs du projet ou fondateurs vont constituer et immatriculer une société commerciale dont l'objet sera de démarcher et d'acquérir les titres d'une société non cotée agissant dans un domaine d'activité préalablement défini (les nouvelles technologies, la consommation durable, etc.). Pour l'AMF, qui défend depuis de long mois ces nouveaux véhicules d'investissements, ces SPACs peuvent agir de façon complémentaire aux introductions de traditionnelles et jouer un rôle de passerelle entre le private equity et la Bourse.

Innovation financière née aux Etats-Unis en 2003, la France a accueilli son premier Spac en 2016. Le projet Mediawan de Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre Antoine Clapton a alors défriché le terrain. S'ensuit un autre projet porté également par Xavier Niel et Matthieu Pigasse, accompagné de Moez-Alexandre Zouari. Le Spac 2MX Organic, fondé en novembre 2020, avait pour ambition de lever de 250 à 300 millions d'euros. Objectif : réaliser une acquisition de 1,5 à 2 milliards d'euros dès 2021.

Plus récemment, c'est le groupe hôtelier Accor qui a lancé un Spac, avec une levée d'argent frais de 300 millions d'euros. Via ce véhicule d'investissement, le géant de l'hôtellerie souhaite "acquérir une ou plusieurs sociétés dans des secteurs connexes au coeur de métier hôtelier de Accor", comme la restauration, les bars, les bureaux flexibles, le bien-être, le divertissement et l'événementiel ou les technologies liées à l'hôtellerie. Fin juin, un groupe d'entrepreneurs a lancé un Spac d'un montant de 150 millions d'euros, intitulé DEE Tech, dont l'ambition est de "faire émerger un géant de la tech européenne".

Lire aussi Un premier SPAC dédié à la tech se lance en France pour créer un géant européen

Toutefois, en Europe, la concurrence est forte entre les places de Paris et celle d'Amsterdam. Dernièrement, Bernard Arnault, première fortune française, la banque Tikehaut et le banquier Jean-Pierre Mustier ont lancé la Spac à Amsterdam pour 500 millions d'euros. Objectif : acquérir des sociétés prometteuses dans le domaine des services financiers.

Avec une dizaine de Spacs en Europe, le Vieux Continent fait encore figure de poids plume face au marché américain. Cette méthode d'investissement séduit aux Etats-Unis tant des professionnels que des personnalités de tout genre à l'instar du rappeur Jay-Z, de la joueuse de tennis Serena Williams, du joueur de football Alex Rodriguez ou encore de Gary Cohn, l'ancien conseiller économique de Donald Trump. C'est ainsi qu'en 18 ans, pas moins de 939 SPACs ont été constitués pour un montant levé de plus de 250 milliards de dollars. L'an dernier, 248 SPACs se sont introduites à Wall Street pour un montant de 83 milliards de dollars et 308 autres se bousculent au portillon depuis le début de l'année, pour un montant collecté proche de 100 milliards de dollars, selon les données du site SPAC Insider.

Toutefois, le marché des Spacs dans le monde a marqué le pas d'avril à juin 2021, après un premier trimestre sans précédent. Seuls 74 de ces véhicules d'investissement sont entrés en Bourse sur la période (contre 305 de janvier à mars 2021), levant 15,7 milliards de dollars.

"C'est extrêmement dangereux"

En dépit de cette frénésie américaine et de son émergence en Europe, plusieurs investisseurs français de renom restent méfiants quant à ces nouveaux véhicules d'investissement. Dans les colonnes de La Tribune, Olivier de Guerre, président Phitrust et acteur majeur du private equity en France, émettait de nombreuses réserves, à la fois sur le mécanisme et sur la philosophie de ces Spacs.

Je trouve assez étrange que l'on accepte la création d'entités cotées qui vont racheter des sociétés qui, parfois, ne respectent pas suffisamment la réglementation pour être cotées. C'est un détournement de la régulation, même si c'est probablement moins le cas en Europe qu'aux Etats-Unis.

Avant de préciser sa pensée, un œil dans le rétroviseur de l'histoire boursière :

Ce phénomène des SPAC est clairement le révélateur d'une certaine survalorisation de la Bourse et d'une course aux profits à court terme. Nous sommes dans le même esprit qui régnait lors de l'éclatement de la bulle Internet avec une multiplication de structures financières et de cascades de holdings, dont la vocation était avant tout de générer du profit à court terme. C'est extrêmement dangereux.

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Commentaires 2
à écrit le 29/07/2021 à 16:14
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Si je devais résumer un spac , vous avez environ 20% de la somme investie qui sert à rémunérer les créateurs du SPAC ...lol Cela me fait penser à tous ces pros de la finance qui se goinfrent de bonus calculé sur une superformance inexistante et devi...

à écrit le 16/07/2021 à 13:08
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Aux US, les spacs ont enrichis ceux qui les ont lancés (ici Mathieu Pigasse et consorts), en se gavant de frais mais pas les investisseurs. Comme toute produit, le sujet c'est quand rentrer.

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