Le Brexit va rebattre les cartes dans la finance européenne

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L'industrie financière britannique, qui emploie aujourd'hui 2,2 millions de personnes sur son propre sol, pourrait perdre 70.0000 à 100.000 postes d'ici à 2020, d'après le cabinet d'audit PwC.
L'industrie financière britannique, qui emploie aujourd'hui 2,2 millions de personnes sur son propre sol, pourrait perdre 70.0000 à 100.000 postes d'ici à 2020, d'après le cabinet d'audit PwC. (Crédits : Toby Melville)
La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne aboutira, pour le secteur britannique des services financiers, à la perte du passeport européen et de la compensation des transactions en euros. Paris, Francfort, Dublin, Édimbourg se poussent du col.

L'onde de choc provoquée par le Brexit n'en finit pas de se répercuter sur les valeurs bancaires britanniques. Lundi 27 juin, les cours de Bourse de Royal Bank of Scotland, Barclays et Lloyds, déjà massacrés vendredi, chutaient respectivement de 22,55%, 18,62% et 9,91%, dans l'après-midi. Il faut dire que pas moins de quatre maisons de courtage ont abaissé leurs perspectives sur le secteur, à commencer par RBC Capital, qui a réduit de 30% en moyenne ses objectifs de cours sur les banques britanniques. D'abord parce que ces dernières vont immanquablement pâtir d'une probable récession de l'économie britannique : faute de visibilité sur les nouveaux accords commerciaux que le Royaume-Uni devra conclure avec l'Union européenne dans les deux années suivant l'invocation de l'article 50 du Traité de Lisbonne, les entreprises britanniques vont sans nul doute lever le pied sur les investissements, et les ménages risquent de préférer l'épargne de précaution à la consommation, toutes choses qui ne feront pas les affaires des banques en matière de crédit.

Le passeport européen en question

Ensuite, et surtout, la sortie du Royaume-Uni de l'UE risque de faire perdre aux sociétés britanniques de services financiers le passeport européen, lequel permet à une banque, à une société de gestion d'actifs ou à un prestataire de services de paiement agréé dans un pays de l'UE d'exercer son activité dans chacun des 28 États membres. Et d'avoir ainsi accès à un marché potentiel de 500 millions de consommateurs. Pour espérer garder ce précieux sésame, nul doute que les Britanniques devront faire d'importantes concessions. « Il n'y aura pas de liberté des mouvements de capitaux pour la City, sans liberté de mouvement pour les personnes à l'intérieur du marché commun », a ainsi prévenu l'eurodéputé écologiste allemand Sven Giegold. Or, l'immigration ayant été au cœur de la campagne du Brexit, il est peu probable que les Britanniques lâchent du lest sur la liberté de circulation des ressortissants de l'UE au sein du Royaume-Uni.

70.000 à 100.000 emplois délocalisés d'ici à 2020

Si, par conséquent, la finance britannique perd son passeport européen, le secteur risque de voir des milliers d'emplois délocalisés à Dublin (Irlande) ou en Europe continentale, à Francfort, Paris, Luxembourg ou Amsterdam. La banque américaine JP Morgan, qui utilisait jusqu'à présent Londres comme tête de pont pour rayonner dans toute l'Europe, grâce au passeport européen, a déjà averti qu'elle pourrait délocaliser 1.000 à 4.000 emplois, sur un total de 16.000 collaborateurs au Royaume-Uni. De son côté, la banque sino-britannique HSBC n'exclut pas de rapatrier un millier de postes à Paris. Au total, l'industrie financière britannique, qui emploie aujourd'hui 2,2 millions de personnes sur son propre sol, pourrait perdre 70.0000 à 100.000 postes d'ici à 2020, d'après le cabinet d'audit PwC.

La compensation des transactions en euros rapatriée dans un pays de l'UE

Outre ce fameux passeport européen, la finance britannique devra faire une croix sur la compensation des transactions en euros. Les chambres de compensation, qui garantissent la sécurité de ces transactions, doivent en effet être basées dans un pays de l'UE. Le Royaume-Uni est bien placé pour le savoir, qui avait obtenu en mars 2015 de la Cour de justice européenne le droit de garder les chambres de compensation à Londres, alors que la BCE demandait leur relocalisation dans la zone euro. Cette fois, Brexit oblige, la BCE obtiendra gain de cause. Quelque 700 milliards d'euros de revenus pourraient ainsi être transférés, à terme, de Londres vers la zone euro, selon les calculs de Mathilde Lemoine, chef économiste au sein du groupe Edmond de Rothschild. D'ores et déjà, c'est l'Autorité bancaire européenne, créée en 2011 pour améliorer la réglementation du secteur, que l'Union européenne se prépare à déménager, de Londres vers un pays membre de l'UE.

Un nouveau commissaire aux services financiers pour remplacer Lord Hill

Autre mesure hautement symbolique, surtout dans le contexte du projet d'union des marchés de capitaux, le commissaire européen aux services financiers, le Britannique Jonathan Hill, sera remplacé dès le 16 juillet par Valdis Dombrovskis, le vice-président de la Commission européenne en charge de l'euro. Autant d'initiatives qui semblent préfigurer une perte d'influence de la City, que la déréglementation de la finance initiée par Margaret Thatcher il y a 30 ans - connue sous le nom de Big Bang - avait hissée au rang de première place financière européenne. Paris, Francfort, Dublin, Édimbourg (Écosse) n'ont pas attendu le résultat du référendum sur le Brexit pour se pousser du col. Mais gare à ne pas enterrer la City trop vite : « Il s'agit tout de même de la première place financière mondiale, avec New York. Et les Anglais sont malins, ils ne laisseront jamais leur secteur financier leur échapper », prévient le patron d'une société française de gestion d'actifs. Et pour cause : la finance ne représente pas moins de 10% du PIB du Royaume-Uni.

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Commentaires
a écrit le 04/07/2016 à 13:26 :
700 milliards d'euros de revenus ?!

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