Scandale Wirecard : Merkel et son ministre des Finances contraints de se justifier

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(Crédits : POOL)
Scandale retentissant dans le secteur des fintech ayant entrainé 730 suppressions d'emplois en Allemagne, l'affaire s'intéresse désormais aux responsabilités de la classe politique. Avant sa liquidation, la société de paiement a-t-elle reçu des coups de pouce pour masquer ses malversations ?

La chancelière allemande Angela Merkel s'est défendue vendredi d'avoir réservé un "traitement spécial" à l'entreprise Wirecard et d'avoir promu cette entreprise financière sulfureuse lors d'un voyage officiel en Chine en septembre 2019, moins d'un an avant la faillite retentissante de la société.

"Wirecard n'a eu droit à aucun traitement spécial", a affirmé la dirigeante lors d'une audition attendue devant la commission parlementaire enquêtant sur ce scandale.

Fleuron allemand des paiements numériques, Wirecard s'est effondré l'été dernier lorsque ses dirigeants ont avoué que 1,9 milliard d'euros d'actifs, soit un quart de la taille du bilan, n'existaient pas en réalité. L'affaire a ébranlé la confiance dans la place financière allemande.

La commission d'enquête, qui a démarré à l'automne, se demande ce que savait Angela Merkel des malversations reprochées à la société.

Lire aussi : Wirecard: le rôle du régulateur allemand Bafin visé par l'enquête


Le début de l'année 2019 avait été marqué par une série d'enquêtes du Financial Times (FT) incriminant Wirecard pour de nombreuses irrégularités. Des informations inexactes et diffamatoires, avaient rétorqué ses dirigeants.

"Malgré tous les articles de presse, il n'y avait aucune raison à l'époque de supposer qu'il y avait de graves irrégularités chez Wirecard", a affirmé vendredi la chancelière, reconnaissant qu'elle n'avait "pas suivi" les révélations du FT.

Lors du voyage en Chine en septembre, "j'étais accompagnée par 30 entreprises. Wirecard AG n'était pas membre de la délégation commerciale", a-t-elle relevé.

En revanche, elle a pu être amenée à mentionner la fintech auprès de ses interlocuteurs : "dans nos contacts bilatéraux, le gouvernement fédéral et moi-même nous engageons régulièrement pour les entreprises allemandes, dans l'intérêt de la croissance économique - et cela vaut également pour la Chine".

"(...) Les efforts de Wirecard pour entrer sur le marché chinois coïncidaient donc avec l'objectif général du gouvernement fédéral", a relevé la dirigeante.

L'ancien ministre de la Défense en cause...

Mme Merkel a également minimisé l'importance d'une rencontre avec son ancien ministre de la Défense, Karl-Theodor zu Guttenberg, alors lobbyiste pour Wirecard, peu avant le voyage.

La réunion n'avait "aucun rapport avec mon voyage en Chine, et je ne me souviens pas que M. Guttenberg ait mentionné Wirecard", a déclaré Mme Merkel, tout en ajoutant qu'elle "ne pouvait pas l'exclure".

Dans un rapport publié en mars, des députés de la commission avaient dénoncé, selon leurs mots, "une culture de non-responsabilité" ayant conduit à l'affaire Wirecard, estimant que les autorités financières et les dirigeants politiques disposaient "d'indications fondées sur un comportement criminel" des dirigeants de la société.

...et le ministre des Finances, responsable de la Bafin

De son côté, le ministre des Finances Olaf Scholz a reconnu qu'il s'agissait du "plus grand scandale financier" ayant jamais secoué l'Allemagne. Il a également estimé que la Bafin, le régulateur financier allemand, n'était pas suffisamment armée, à l'époque, pour exercer une supervision efficace.

Or, cette instance de supervision est placée sous la houlette du ministère des Finances.

Y-a-t-il des responsabilités politiques dans la faillite retentissante de la société de paiements Wirecard ? "Non", a vigoureusement répondu jeudi le ministre.

La Bafin est mise en cause pour avoir interdit les ventes à découvert sur le titre Wirecard, entre février et avril 2019, afin d'empêcher la dégringolade du titre déclenchée par des allégations de malversations dans la presse économique.

Cette initiative a contribué à dissimuler la fraude pendant des mois, accusent les critiques.

Mais il s'agissait d'une "décision de la Bafin", a insisté Olaf Scholz, assurant que son ministère n'avait fait que l'entériner. Il affime n'avoir eu à l'époque "aucun indice prouvant qu'il ne s'agissait pas d'une bonne décision".

L'audition du ministre a été marquée par la révélation de courriels concernant l'affaire, envoyés depuis son adresse mail personnelle, alors qu'il avait précedemment assuré ne communiquer que via sa messagerie professionnelle.

M. Scholz, candidat des sociaux-démocrates aux législatives de septembre, a assuré que "la responsabilité de cette fraude criminelle à grande échelle n'incombe pas au gouvernement".

Dans cette recherche de responsabilités, teintée d'arrière-pensées politiques, le ministre a observé que les auditeurs de la multinationale du conseil financier EY ont approuvé dix ans durant les comptes de Wirecard.

Le dirigeant de Wirecard, Markus Braun, est incarcéré depuis cet été dans le sud de l'Allemagne, dans le cadre d'une vaste enquête judiciaire sur ce scandale.

Son ancien bras droit, Jan Marsalek, est en fuite depuis des mois.

Lire aussi : Wirecard : le patron du superviseur allemand est démis de ses fonctions

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Commentaires
a écrit le 24/04/2021 à 0:36 :
C'est pas en France que ça arriverait 😂🤣😂
a écrit le 23/04/2021 à 21:06 :
Mme Merkel a bien des choses plus importantes a considerer - un conseiller mentionne Wirecard, donc elle le met dans la liste pour mentionner au Chinois avec les autres societes. C'est tout. C'est la probleme quand les affaires economiques s'invitenet dans la politique - mais nous n'avons jamais quitte l'epoque de mercantilisme. C'est juste que nou n'envoyons pas nos "privateers" s'attaquer aux des navires des autres si ouvertement maintenant.......
a écrit le 23/04/2021 à 16:21 :
Bah on voit bien que nos politiciens totalement impuissants car complètement soumis à la finance ne pensent plus que par la finance pour la finance, de vulgaires marionnettes, elle pourra faire comme au procès de Nuremberg: "J'ai seulement fais ce qu'on m'a dit de faire, je n'y suis pour rien !"

L'histoire se répète de plus en plus souvent en UERSS empire prévu pour durer mille ans mais ce serait étonnant.

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