« La crise a accéléré le mouvement tectonique vers l'investissement durable » (Stéphane Lapiquonne, BlackRock)
Propos recueillis par Juliette Raynal
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LA TRIBUNE - En un an, les indices boursiers sont passés du krach à l'exaltation. Comment voyez-vous la sortie de crise pour les marchés financiers ?
STÉPHANE LAPIQUONNE - La nature des marchés c'est d'anticiper. Or, nous sommes dans un contexte où il y a un stimulus budgétaire et monétaire très important. Il n'est donc pas étonnant que les marchés financiers anticipent une croissance plus grande que ce qu'ils anticipaient avant la pandémie. A quoi ressemblera la sortie de crise ? Tout va dépendre de comment les capitaux seront déployés. Si l'argent est déployé sur les bons acteurs, cela va accroître la croissance structurelle et durable de nos économies qui permettra de garder la dette des États dans des proportions gérables. Mais si l'argent est mal utilisé cela risque de poser des problèmes à moyen terme.
Pensez-vous qu'il existe des bulles financières sur les marchés ?
Nous ne pensons pas que nous sommes sur une bulle financière. Les principales économies vont retrouver des niveaux d'activité d'avant-pandémie d'ici 6 à 18 mois, selon les pays et les régions du monde. A cela s'ajoutent des plans de relance sans précédents. On doit prendre en considération ces stimulus budgétaires et monétaires qui engendrent une accélération de l'économie et donc une valorisation des actifs financiers.
Les perspectives d'inflation semblent, elles, avoir changé...
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Tout le monde reconnaît que la situation a changé. Le chômage reste certes élevé, ce qui constitue une source déflationniste importante dans l'économie, mais pendant une période la demande a été supprimée. Les ménages n'ont pas pu dépenser leur argent et ils ont épargné beaucoup. Cette demande, mise entre parenthèses, va bientôt être libérée. L'argent pourra aussi être investi dans l'immobilier ou dans l'économie réelle à travers les marchés financiers. On ne sait pas ce qui va se passer. La situation est très différente d'une récession classique où la demande est supprimée durablement car les ménages ont perdu leur emploi et subissent une forte baisse de leur pouvoir d'achat. De l'autre côté, l'offre a été affectée et les entreprises ont moins investi. Certaines ont fait faillite. On peut donc imaginer un déséquilibre entre l'offre et la demande dans les années qui viennent. C'est un sujet qu'il faut suivre car il y a un vrai changement de paradigme. On est passé de "l'inflation basse pour longtemps " à un scénario où il est plausible que l'inflation reparte dans quelques années.
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