Le capital-investissement français au plus haut depuis la crise, mais « plus sélectif »

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Les levées de fonds des acteurs français du capital-investissement ont bondi de 13% l'an dernier à un pic de 18,7 milliards d'euros.
Les levées de fonds des acteurs français du capital-investissement ont bondi de 13% l'an dernier à un pic de 18,7 milliards d'euros. (Crédits : France Invest / Grant Thornton)
Le capital-investissement français a atteint un nouveau record de levées de fonds et d’investissements l’an dernier, selon l’étude de l’association professionnelle France Invest. Valorisations, dettes et levier sont proches de leurs niveaux de 2007 mais les fonds seraient plus regardants sur la qualité des entreprises soutenues.

Avec une dette mondiale au plus haut et des autorités, du FMI au Haut conseil de stabilité financière en France qui s'inquiètent de cet envol de l'endettement, faut-il s'inquiéter des sommets atteints par le marché du capital-investissement ? Le private-equity, en particulier le buy-out (rachat d'entreprise par endettement), bat des records à tous les niveaux, en termes de levées de fonds notamment. C'est le cas aussi du marché français, le deuxième au niveau européen, comme le montre l'étude annuelle de l'organisation professionnelle France Invest, dévoilée ce jeudi 28 mars. Les levées de fonds des acteurs français du capital-investissement ont bondi de 13 % l'an dernier à un pic de 18,7 milliards d'euros.

« Le montant est plus de 50 % supérieur au pic d'avant-crise, en 2005 », a souligné Dominique Gaillard, le président de France Invest, lors d'une conférence de presse. « Le private-equity est une classe d'actifs moins volatile, offrant un bon rendement à long terme, qui intéresse de plus en plus d'acteurs, des fonds de pension, des caisses retraite, des fonds souverains, des Family Offices », a-t-il relevé.

En revanche, les banques et les compagnies d'assurance ont diminué leur souscription, notamment du fait de contraintes prudentielles. Mais la révision de la directive Solvabilité 2, qui prévoit un allègement du coût en capital des portefeuilles d'actions non cotées, devrait voir revenir les assureurs.

« Mon prédécesseur Olivier Millet [Eurazeo PME] avait fixé l'objectif de 20 milliards d'euros en 2020, je pense que l'on y sera. La tendance devrait se poursuivre » a prédit le président de France Invest.

Quant à savoir si le marché français dépassera le britannique, qui risque de pâtir du Brexit, il est encore tôt pour le dire.

Lire aussi : « Le capital-investissement français dépassera le britannique bien avant 2020 » (AFIC)

Fonds de pension, family offices : investisseurs et concurrents

Le niveau des investissements a aussi atteint un record l'an dernier, à 14,7 milliards d'euros, mais la progression est moins forte (+2,8%) que l'afflux de liquidités, selon les chiffres analysés en partenariat avec le cabinet d'audit Grant Thornton. Cela vient notamment de la France (75% des montants investis, 84% des entreprises accompagnées), qui enregistre un repli de 4,6%.

« Le marché français continue de croître mais il n'est pas entièrement capté dans nos chiffres », a explique Dominique Gaillard. « Pas mal de Family Offices investissent en direct, nous avons une dizaine de fonds de Corporate Venture parmi nos adhérents alors qu'il y en a quarante. Certains nouveaux acteurs comme les fonds de pension canadiens (PSP, la Caisse de dépôt et de placement du Québec) font de grosses opérations mais ne sont pas encore membres » a-t-il ajouté.

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France Invest investissements 2018 private equity

[Evolution des investissements des acteurs du capital-investissement depuis 1996. Crédit : France Invest/Grant Thornton]

Ces nouveaux acteurs, qui peuvent rester beaucoup plus longtemps au capital des entreprises, sont une concurrence redoutable pour les fonds classiques de private-equity, ayant des contraintes de rotation du portefeuille. Concurrence qui pousse les prix, les valorisations à la hausse.

« Un certain nombre d'indicateurs sont proches de 2007 » a reconnu Dominique Gaillard, détaillant « les multiples de valorisation, en buy-out et en capital-risque, c'est incontestable. On le voit aussi sur le montant de dette et l'effet de levier, les contrats "covenant light" », aux clauses de protection allégées, sans engagement de respect des ratios financiers, qui s'étaient généralisés dans les LBO d'avant la crise financière et reviennent en force.

La part des prêts "cov lite" a grimpé à plus de 80 % l'an dernier, y compris en Europe. La situation serait cependant moins alarmante qu'il y a douze ans.

« En 2007, tout était cher ! Une belle boîte comme une moins belle boîte. Aujourd'hui, le marché est plus manichéen, les comités de crédit plus sélectifs » a estimé ce vétéran du private-equity avec trente ans d'expérience dont vingt chez le leader français Ardian.

Il a toutefois invité le marché à une plus grande modération et une vision à plus long terme, à l'heure où la durée de détention des participations tend à se réduire.

« Les investisseurs sont drogués au TRI [taux de rentabilité interne] ! Il faut qu'ils comprennent qu'il est aussi sain de faire 4 fois sa mise en restant 15 ans, et pas seulement de faire un TRI de 15% sur 18 mois ! »

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Commentaires
a écrit le 29/03/2019 à 17:41 :
Un effet de la conjonction des taux bas et des abondantes liquidités qui cherchent de la rentabilité à tout prix. En regardant le nombre de sociétés web-technos en pertes qui recueillent des fonds sur le Nasdac, on a une petite idée du problème. La situation était la même avant la grande crise des sociétés du Net. Il suffirait de peu pour faire exploser le ballon, car une remontée des taux est à exclure pour le moment, et le prêt de capitaux à 0% n'est toujours pas rentable. Danse des moucherons au dessus du feu.

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