Mariage Société Générale - UniCredit, le retour d'un serpent de mer

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Jean-Pierre Mustier, le patron de la banque italienne UniCredit, se verrait bien convoler avec la Société Générale, dont il dirigea les activités de marchés.
Jean-Pierre Mustier, le patron de la banque italienne UniCredit, se verrait bien convoler avec la Société Générale, dont il dirigea les activités de marchés. (Crédits : DR)
La banque italienne, dirigée par le Français Jean-Pierre Mustier, pousse l'idée d'un rapprochement avec la Société Générale, dont il dirigea les activités de marchés, selon le Financial Times. La banque française dément toute discussion. Ce projet de fusion à 60 milliards d'euros fait l'objet de rumeurs depuis 15 ans. Le contexte politique italien complique les ambitions du patron qui a redressé UniCredit.

[Article mis à jour à 18h]

Revoilà la rumeur d'un mariage entre Société Générale et UniCredit. Selon le Financial Times, le patron de la banque italienne, Jean-Pierre Mustier, un ancien dirigeant de la SocGen, pousse l'idée d'une fusion avec la banque française « depuis plusieurs mois. » Cependant, « aucune approche formelle n'a été faite » à ce stade même si certains administrateurs de la Société Générale auraient aussi étudié cette combinaison.

« Un rapprochement UniCredit-SocGen a fait l'objet de fréquentes spéculations par le marché au cours des 15 dernières années », soulignent les analystes du courtier Jefferies dans une note à leurs clients ce lundi 4 juin. C'est « la commedia del M&A [fusions et acquisitions, ndlr] », ironisent-ils.

Selon le journal de la City, des dirigeants des deux banques ont souligné que les discussions étaient à un stade préliminaire et que « la situation politique instable en Italie avait repoussé de 18 mois le calendrier d'une opération par rapport au plan initial. »

« Société Générale dément toute discussion de son conseil d'administration en vue d'un éventuel rapprochement avec Unicredit », a déclaré ce lundi matin la banque française.

En novembre dernier, lors de la présentation de son plan stratégique 2020 Transform To Grow, le directeur général de la Société Générale, Frédéric Oudéa, avait souligné l'ambition du groupe de « participer à l'achèvement de la construction d'un secteur bancaire européen plus intégré », dans une optique de moyen terme.

Un nouveau numéro 3 bancaire européen ?

Les deux groupes ont une capitalisation boursière voisine, près de 31 milliards d'euros pour la SocGen et près de 33 milliards pour UniCredit. Leur fusion donnerait naissance sur le papier à la troisième banque européenne par la valeur boursière à plus de 60 milliards cumulés, derrière Santander et BNP Paribas.

En termes d'actifs, la banque française, à 1.300 milliards d'euros, dépasse l'italienne (824 milliards d'euros). Ce sont deux gros acteurs à l'échelle européenne (au 7e et 11e rangs), qui seraient propulsés au troisième rang là aussi, devant Crédit Agricole et Deutsche Bank, derrière HSBC et BNP Paribas.

Les deux groupes auraient un réel avantage à joindre leurs forces en Europe centrale et de l'Est ainsi que dans la banque de financement et d'investissement, domaine que connaît parfaitement Jean-Pierre Mustier pour avoir dirigé, de 2003 à 2008 (jusqu'à l'affaire Kerviel), la division CIB de la SocGen, où il était entré en 1987. Ils pourraient dégager des synergies de coûts importantes, estimées à 1,6 milliard d'euros par Jefferies, l'équivalent de 13% de leurs bénéfices cumulés en 2019.

Il y a cependant toute une série d'obstacles. Réglementaires d'abord, car même si les superviseurs, notamment la Banque centrale européenne (BCE), se disent favorables à des rapprochements, il s'agit plutôt de consolidation entre petites banques plutôt que de fusions transfrontalières, qui se traduisent par des exigences de fonds propres plus fortes qui réduisent la portée des synergies (ce qui a échaudé les candidats potentiels à un rachat de Commerzbank). Politiques ensuite, avec la nouvelle majorité populiste, dans un contexte où les multiples prises de contrôle d'entreprises italiennes par des françaises a réveillé un certain nationalisme économique.

Lire aussi : Crédit Agricole fait les yeux doux aux Italiens

Sur le plan financier, le patron d'UniCredit est salué pour la tâche accomplie dans le redressement de la banque italienne et « les progrès impressionnants sur le plan d'affaires 2019 », mais il est encore « à mi-chemin » de ce plan et il reste « encore du travail dans le processus de restructuration », notamment dans la mise à plat de l'informatique et la réduction des créances douteuses, analysent les experts de Jefferies. Cependant, « la sous-performance boursière de SG a augmenté (la probabilité) d'un scénario de M&A entre les deux groupes à moyen terme » relèvent-ils.

L'action Société Générale a terminé sur un gain modéré de 0,73%, celle d'UniCredit a fini en repli de 0,8% à Milan.

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Commentaires
a écrit le 05/06/2018 à 20:58 :
On revient toujours sur les lieux du crime .... :-)

Bon, sinon, vu les bilans des banques italiennes (créances dites douteuses sur des entreprises italiennes), on peine à voir l'intérêt pour la SocGen, sauf à vouloir payer l'addition.
a écrit le 04/06/2018 à 18:55 :
Moi aussi, si j'étais patron d'une société avec pour marché principal l'Italie, je chercherais à diversifier mes activités (vu le contexte politique)...

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