Paiement : comment PayPal a séduit 10 millions d’utilisateurs en France

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(Crédits : Amir Cohen)
Paiement entre particuliers, cagnotte en ligne, transfert d'argent à l'international... au fil des ans, le géant américain des paiements a lancé dans l'Hexagone plusieurs services gratuits ou attractifs pour recruter de nouveaux utilisateurs. Objectif : créer un vaste écosystème pour favoriser les transactions en ligne auprès de son réseau de sites marchands grâce auquel il se rémunère.

Quinze ans après son arrivée sur le marché tricolore, l'américain PayPal vient de passer un cap symbolique. L'entreprise californienne spécialisée dans les paiements en ligne compte désormais 10 millions d'utilisateurs actifs dans l'Hexagone. "Cela représente 25% des acheteurs en ligne", se félicite Caroline Thelier, directrice générale de PayPal en France.

Dans le monde, PayPal a séduit 286 millions d'internautes depuis sa création il y a 20 ans. Si la France ne représente qu'à peine plus de 3% de la totalité des utilisateurs, elle est son quatrième plus gros marché après les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne. En moyenne, un utilisateur PayPal réalise 39 transactions par an, toutes opérations confondues. Cela peut-être un paiement sur un site marchand, le remboursement d'un ami, la création d'une cagnotte en ligne ou encore le transfert d'argent dans un pays étranger.

Absence de commissions pour les internautes

Car pour faire grossir sa base d'utilisateurs, PayPal a largement étoffé sa palette de services. Outre le "bouton" PayPal qui permet de régler une transaction sur Internet sans renseigner son numéro de carte bancaire, l'entreprise permet également de réaliser des paiements entre particuliers. En France, 3,5 millions de personnes utilisent ce service. Pour régler un professeur de musique, par exemple, il suffit de se rendre sur le site web ou l'appli mobile de PayPal, de sélectionner l'option "envoyer de l'argent" et de renseigner l'adresse email ou le numéro de téléphone du destinataire. L'argent est alors directement crédité sur son portefeuille numérique (son wallet) PayPal. Et s'il n'en a pas, un message l'invite à en créer un.

"Depuis trois ans, nous avons rendu ce service complètement gratuit en supprimant les commissions. Cela nous a permis d'accélérer le recrutement de nouveaux utilisateurs", commente Caroline Thelier.

En France, PayPal a aussi lancé, il y a bientôt deux ans, un service gratuit de cagnotte en ligne. "C'est la seule cagnotte sur le marché français qui ne prélève pas de commission, même au moment de retirer l'argent", souligne Caroline Thelier. Si au début cette cagnotte n'était réservée qu'aux seuls détenteurs d'un compte PayPal, les  participants n'ayant pas de compte peuvent désormais y contribuer. Le créateur de la cagnotte, lui, doit en revanche en détenir un. Là encore PayPal à jouer sur la gratuité pour séduire de nouveaux internautes. Le géant des paiements garde toutefois confidentiel le nombre d'utilisateurs du service, tout comme le montant des sommes collectées. Sur le marché tricolore, la cagnotte Leetchi (désormais détenue par Arkéa) est leader du secteur avec 200 millions d'euros collectés en 2018. Pour se rémunérer, elle prélève systématiquement une commission, qui oscille entre 1,9% et 4%, lorsque les cagnottes sont dépensées en dehors de son réseau de partenaires.

Créer un écosystème

Quel est alors le modèle économique de PayPal dont tous (ou presque) les services dédiés au grand public sont gratuits ?

"Très souvent, les utilisateurs vont dépenser l'argent des cagnottes ou de leur wallet en faisant des achats sur Internet. Nous prélevons alors une commission (2,9% + 35 centimes par transaction, ndlr) auprès des e-commerçants qui utilisent notre solution", explique Caroline Thelier.

Tout l'enjeu pour PayPal consiste donc à créer un écosystème de services le plus vaste possible favorisant les dépenses sur Internet auprès de son réseau de e-commerçants clients.

A l'échelle internationale, la société californienne dit détenir 15% de parts de marché dans le e-commerce. "En France, nous sommes présents auprès de 70% des e-commerçants", précise sa directrice générale. PayPal compte parmi ses clients des poids lourds du secteur comme Cdiscount, La Redoute, Rakuten ou encore VeePee (ex- Vente Privée). "Nous avons le même taux de pénétration auprès des petits sites marchands car nous avons noué des partenariats avec des sociétés spécialisées dans la création de boutiques en ligne, comme Prestashop, qui proposent aux créateurs d'intégrer facilement un module Paypal sur leur site", précise la dirigeante.

PayPal peut-il encore croître significativement sur le marché tricolore où il est concurrencé par des prestataires de paiement comme Stripe et Adyen ? "Nous couvrons mal les secteurs du voyage et de l'alimentation. Ce sont des verticales où nous pouvons progresser", assure Caroline Thelier. "Nous venons de signer avec Auchan", ajoute-t-elle.

Le marché des remittances comme relais de croissance ?

Pour continuer de grossir, le géant des paiements mise aussi sur le marché des remittances, c'est-à-dire des transferts d'argent internationaux des migrants ou diasporas, avec son service Xoom, lancé en juillet dernier dans 32 pays européens, dont la France.

"Xoom est le fruit d'une acquisition que nous avons réalisée en 2015. Ce service s'adresse à une communauté d'émigrés. A la différence de notre service de paiement entre particuliers, l'argent envoyé n'arrive pas sur un wallet PayPal, mais sur un compte d'une banque locale ou sous forme de cash via un réseau de points de retrait. L'argent peut aussi être envoyé sous la forme de crédits de téléphonie mobile", détaille-t-elle.

Reste que le marché des transferts d'argent est déjà très encombré. Outre les deux mastodontes du secteur, Western Union et MoneyGram, une batterie de nouveaux acteurs utilisant les nouvelles technologies se sont récemment positionnés en France, promettant transparence et accessibilité. Parmi eux les britanniques Transferwise et WorldRemit ou encore l'américain Remitly.

PayPal pourrait jouer sur d'autres leviers. Aux Etats-Unis, son application Venmo, qui couple paiement entre particuliers et réseau social, compte déjà 40 millions d'utilisateurs. L'appli est tellement populaire qu'elle est entrée dans le langage courant. "Je te fais un Venmo", disent ainsi les millennials. Mais pour le moment aucun lancement à court terme en France n'est prévu, affirme Caroline Thelier.

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Commentaires
a écrit le 26/09/2019 à 13:04 :
Donner à chacun accès au paiement international pour des petits montants à un coût modique, c'est répondre à la nécessité du commerce en ligne. Paypal est le pionnier et possède la plus grande expérience. Cela n'a rien à voir avec la "séduction" comme voudrait le faire croire l'article.
a écrit le 26/09/2019 à 11:14 :
Je suis client depuis une dizaine d'années et très content, d'ailleurs sur internet si ça prend pas PayPal, je n'achète pas, donc pas client alibaba.
Cerise sur le gâteau, mais ça ne concerne pas, jamais plus de 100€, l'argent peut être stocké en Dollars et prendre de la valeur.
a écrit le 26/09/2019 à 8:43 :
C'est un succès par défaut, nos banques européennes dirigistes à souhaits subventionnées massivement par nos états n'ont absolument aucun attrait commercial nous proposant des services inexistants, obsolètes et d'abord intéressant pour elles.

Quand on a un secteur bancaire aussi égoïste, égocentrique et médiocre que nous avons il est facile pour un acteur extérieur de remporter la mise mais hélas difficile d'en tirer des conclusions, la nullité du fait de la nonchalance des acteurs locaux pouvant amplement suffire.

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