Prêtes à absorber les faillites, les banques planchent pour aider les PME

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Photo d'illustration. En décembre 2019, le taux de créances douteuses des banques françaises sur l'ensemble des crédits octroyés s'affichait en deçà de la moyenne européenne.
Photo d'illustration. En décembre 2019, le taux de créances douteuses des banques françaises sur l'ensemble des crédits octroyés s'affichait en deçà de la moyenne européenne. (Crédits : Reuters)
Plus solides qu'au lendemain de la crise financière de 2008, les banques françaises travaillent avec le gouvernement à la création de différents dispositifs pour renforcer les capitaux propres des entreprises qui n'ont ni accès aux marchés financiers, ni au capital-investissement.

Face aux prévisions sur les faillites et défauts de paiements à venir, les banques françaises s'affirment prêtes à absorber le choc et travaillent avec Bercy à l'élaboration de mécanismes pour renforcer les fonds propres des petites et moyennes entreprises.

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Les banques françaises "sauront faire face à cette crise. Elles sont solides et leurs matelas de sécurité sont conséquents", déclarait récemment Frédéric Oudéa, alors président de la Fédération bancaire française (FBF), au Figaro. Sous la houlette des régulateurs, les banques ont plus que doublé leurs capitaux propres par rapport à la crise financière de 2008.

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Au plus fort de la crise sanitaire, elles ont aussi pu compter sur un assouplissement des exigences réglementaires et sur un arsenal de mesures de la Banque centrale européenne (BCE) qui leur ont permis d'accroître considérablement leurs liquidités pour soutenir l'économie.

Une manne utile pour absorber le choc à venir, annoncé notamment par les agences de notation. Selon S&P Ratings, les "pertes sur les crédits en France vont plus que doubler en 2020 pour les banques" hexagonales et "rester à un niveau élevé en 2021".

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En décembre 2019, le taux de créances douteuses des banques françaises sur l'ensemble des crédits octroyés s'affichait en deçà de la moyenne européenne - 2,5% contre 2,7% en Europe - et leur taux de couverture supérieur à la moyenne - 50,7% contre 44,7% - selon les dernières données de l'Autorité bancaire européenne.

Concernant les pertes potentielles liées aux prêts garantis par l'État (PGE), accordés à près de 555.000 entreprises pour un montant total de 114 milliards d'euros jusqu'au 24 juillet, leur impact sur le capital des banques françaises "devrait être gérable", l'État garantissant de 70% à 90% du montant prêté, selon une note Fitch Ratings.

Même ton rassurant du côté des banques françaises qui n'anticipent pas une flambée des faillites. "Il est raisonnable d'anticiper une hausse des créances douteuses mais elle sera tout à fait gérable par les banques françaises", renchérit Frédéric Oudéa, avertissant que le montant de leurs provisions pour faire face à des défauts de paiement allait "probablement" augmenter au deuxième trimestre.

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Éviter les entreprises "zombies"

Fortes de cette assise financière, les banques hexagonales travaillent désormais avec le gouvernement à la création de différents dispositifs pour renforcer les capitaux propres des entreprises qui n'ont ni accès aux marchés financiers, ni au capital-investissement.

Divers outils financiers sont envisagés pour leur permettre d'obtenir des ressources financières faisant office de fonds propres: prêts participatifs avec soutien de l'État, obligations hybrides, actions à dividendes renforcés entre autres.

Les besoins en quasi-fonds propres publics des ETI (entreprises de taille intermédiaire), PME et TPE (très petites entreprises) non cotées sont évalués entre 10 et 20 milliards d'euros, indiquait François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, dans sa lettre annuelle au président de la République. "En nombre d'entreprises, cela concerne entre 100 et 150 ETI indépendantes, peut-être environ 10.000 PME et plus de 100.000 TPE."

Mais "l'État ne doit pas faire tout et ne doit pas faire seul", a prévenu le banquier central, défendant l'idée d'une part de "co-investissement privé" pouvant "être minoritaire" et d'une "sélectivité indispensable pour éviter de financer des entreprises 'zombies' et à fonds massivement perdus".

Pour l'heure, les "discussions techniques" entre les pouvoirs publics et les banques "sont assez complexes", a confié à l'AFP une source associée à ces pourparlers.

L'expérience des PGE a montré qu'une banque "pouvait regarder de manière beaucoup plus simple une entreprise" que ce qui était fait jusqu'alors, affirme une source bancaire. "On a suffisamment d'éléments en regardant sur 4-5 ans en arrière. C'est beaucoup moins intrusif mais très sélectif quand même", ajoute-t-elle.

Toutefois, certains secteurs d'activité pourraient rester dans un angle mort.

Selon Conférence Gambetta, cercle de réflexion proche de la gauche, l'hôtellerie et le tourisme, où "les manques de trésorerie sont criants", "font l'objet de rejets massifs des demandes de PGE par les banques", y compris de la banque publique d'investissement Bpifrance "qui ne joue pas suffisamment son rôle de soutien à l'activité".

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"Sans projection fiable, les prêteurs estiment que l'entreprise n'aura pas la capacité de rembourser un prêt", déplore le think-tank dans une note.

Si le taux de refus de PGE sur les demandes éligibles s'élevait à 2,7% à la mi-juillet, le secteur de l'hôtellerie-tourisme ne représentait que 7% du montant total de PGE accordés, et celui de la santé et de l'action sociale 2,4%.

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Commentaires
a écrit le 03/08/2020 à 13:28 :
"Éviter les entreprises "zombies""

Le problème majeur étant que si en effet ces entreprises dites zombies sont un véritable fléau pour l'économie réelle elles sont par contre une réelle aubaine pour la finance qui ne veut pas s'en passer car source juteuse de revenus, et qui sont d'ailleurs bien souvent générés par cette même finance dont l'état d'esprit s'accorde parfaitement avec l'idée qu'une entreprise qui ne sert à rien c'est très bien.

La finance où le business qui ne sert à rien.

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