Quand un ex-banquier central plonge dans la révolution Blockchain

Christian Noyer
Setl
Les temps changent. La Blockchain, technologie née il y a dix ans avec le Bitcoin, n'est plus l'épouvantail des banquiers et des banques centrales. La startup de la finance Setl, qui entend révolutionner les activités dites de « post-marché », le règlement-livraison des titres financiers, avec une infrastructure fondée sur la technologie Blockchain, a annoncé ce vendredi 18 janvier l'entrée de Christian Noyer, ex-gouverneur de la Banque de France, à son conseil d'administration. Cet énarque de 68 ans, passé par le Trésor et le ministère des Finances, a été vice-président de la Banque centrale européenne (BCE), entre 1998 et 2002, au moment du lancement de l'euro, puis a remplacé Jean-Claude Trichet en 2003 à la tête de la Banque de France, qu'il a dirigée jusqu'en 2015.
Le banquier central, qui apporte à la fois sa crédibilité et son carnet d'adresses, rejoint une équipe de financiers chevronnés aux commandes de cette Fintech, sans doute l'une des startups de la Blockchain les plus prometteuses dans la finance. Le président du conseil d'administration, Sir David Walker, est un ancien vice-gouverneur de la Banque d'Angleterre, qui a fait une grande partie de sa carrière chez Morgan Stanley avant de présider la Barclays.
Dernièrement, Christian Noyer avait été chargé de faire campagne pour Paris auprès des entreprises étrangères dans la perspective du Brexit. Il s'était vu aussi confier en 2017 une mission de « déminage » du conflit entre Crédit Mutuel Arkéa et la confédération du groupe mutualiste.
Fondée en 2015, la jeune pousse (dont le nom évoque en anglais « settlement » le règlement d'une transaction) est parfois présentée comme franco-britannique. Le nouveau directeur général de Setl, nommé en octobre dernier, est le Français Philippe Morel (HEC, Harvard, 55 ans), doté d'une expérience de 28 ans dans les activités de marchés financiers au Boston Consulting Group à Londres : il a remplacé le cofondateur Peter Randall, qui avait créé auparavant la plateforme alternative de négociation Chi-X. Le bureau français est présidé par Pierre Davoust, un X-Ponts trentenaire venu du Trésor. Setl a surtout des investisseurs et de nombreux partenaires français. Parmi ses prestigieux actionnaires, se trouvent notamment la banque américaine Citigroup et le groupe Crédit Agricole, qui ont rejoint en juillet au capital le cabinet Deloitte, Computershare et la Sicav S2iEM, gérée par Ofi Asset Management (gestionnaire d'actifs contrôlé par la Macif et la Matmut).
La jeune pousse, qui emploie plus de 80 personnes, a notamment conçu Iznes, la « première plateforme pan-européenne d'achat et de vente de fonds en blockchain », pour le compte de clients institutionnels et particuliers, qui regroupe 25 sociétés de gestion (dont Amundi, Aviva Investors, BNP Paribas AM, Natixis AM, etc). En février 2018, Iznes a elle-même levé des fonds auprès d'Arkéa Investment Services, Groupama AM, La Banque Postale AM, La Financière de l'Echiquier et Lyxor AM, aux côtés de Setl et Ofi AM. Cette blockchain privée, qui assure la confidentialité des données, est à la fois une plateforme d'investissement et un registre mis à jour en temps réel. Elle facilite l'accès des clients aux fonds, réduit les coûts de transaction et apporte un haut niveau de sécurité aux investisseurs et aux sociétés de gestion.
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En France toujours, la société ID2S, une filiale d'Orange, utilisant la technologie de Setl, a obtenu en octobre dernier l'agrément de l'Autorité des marchés financiers (AMF) et de la Banque de France pour opérer en tant que dépositaire central de titres, ainsi que l'aval pour se connecter à la plateforme Target 2- Securities (T2S), le système européen de règlement des opérations sur titres, pour le marché des titres négociables à court terme ("NeuCP", les ex-billets de trésorerie), en concurrence avec le géant Euroclear.
Si les banques centrales montrent dans l'ensemble une grande défiance à l'égard des "crypto-monnaies" comme le Bitcoin (que l'on appelle plutôt des crypto-actifs), elles montrent un vrai intérêt vis-à-vis de la technologie sous-jacente, notamment en vue de créer un substitut numérique au cash. La Banque de France a été la première banque centrale au monde à mettre en production un projet reposant sur la technologie Blockchain, qui est opérationnel : il s'agit de "Madre", un registre interbancaire décentralisé, qui permet de délivrer instantanément les identifiants créanciers SEPA (nécessaires pour qu'une entreprise puisse percevoir des prélèvements), contre un délai pouvant aller jusqu'à 15 jours auparavant.
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De son côté, la Banque centrale européenne a mené un projet de recherche, Stella, avec la Banque du Japon, sur l'utilisation de la technologie de registre distribué (DLT), comme la Blockchain, pour les infrastructures de marchés, notamment pour le règlement des opérations sur les titres financiers.
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