Pour Citigroup, « la Blockchain n’est pas une menace mais une opportunité »

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L'impact potentiel de la Blockchain dans le domaine financier sera particulièrement fort dans le financement du commerce international et les paiements transfrontaliers, selon les experts de la banque américaine Citi.
L'impact potentiel de la Blockchain dans le domaine financier sera particulièrement fort dans le financement du commerce international et les paiements transfrontaliers, selon les experts de la banque américaine Citi. (Crédits : Citi)
Le géant bancaire américain a investi dans une poignée de startups dans le domaine des technologies de registre distribué, dont R3, Chain et Setl. La plus internationale des banques américaines a travaillé sur 50 cas d’usage. Après la phase des pilotes, certains projets arrivent en production, en particulier dans le financement du commerce international.

Citigroup ne cède pas au « Blockchain bashing » ambiant, la tendance à dénigrer le potentiel de la technologie de stockage et de transmission d'informations née avec le Bitcoin, sur fond de krach des crypto-actifs. La plus internationale des banques américaines, présente dans 90 pays, principalement pour accompagner de grandes entreprises, croit sérieusement au potentiel de la technologie de « chaîne de blocs. » Lors d'une table ronde devant la presse à Londres, ce mardi 4 décembre, le responsable mondial de la stratégie digitale et données de Citi, Steven Holzer, a ainsi expliqué :

« Nous avons exploré plus de 50 cas d'usage à différents stades de maturité, certains iront en production l'année prochaine. Nous avons réalisé une demi-douzaine d'investissements dans des startups de technologies de registre distribué. Là où la Blockchain va se révéler avoir du sens, nous voulons être à l'avant-garde. »

A travers son bras de capital-risque dans la Fintech Citi Ventures, la banque new-yorkaise, qui pèse quelque 145 milliards de dollars à Wall Street, a investi en août 2015 dans Chain Inc, aux côtés du français Orange Digital Ventures, dans R3 auprès d'une quarantaine de grandes institutions financières dont Natixis, BNP Paribas et Société Générale, dans Digital Assets Holdings en janvier 2016 aux côtés, entre autres, de BNP Paribas, JP Morgan et Santander. Il y a deux ans, Citi a mené le tour de table de la plateforme de change londonienne Cobalt DL. En février dernier, la banque a investi aux côtés d'Orange et du Crédit Agricole dans la startup britannique Setl, qui a développé une infrastructure de paiements et règlements permettant aux acteurs de marché d'échanger directement entre eux des actifs ou des liquidités. Cet été, elle a réinvesti dans la new-yorkaise Axoni, qui a levé 32 millions de dollars. Selon le cabinet spécialisé CB Insights, Citi était à fin juin la deuxième banque américaine la plus active derrière Goldman Sachs en investissements dans les startups de la Blockchain.

L'adoption et l'intégration, principaux défis

La directrice mondiale de l'innovation pour la vaste division Treasury & Trade Solutions (pilotage de trésorerie, financement des activités à l'international) qui traite 4.000 milliards de dollars par jour de paiements de ses clients, Gulru Atak, est l'une des expertes du sujet chez Citi. Celle qui dirige également l'Innovation Lab de Dublin nous dévoile les projets du géant américain.

« Nous avons commencé très tôt à travailler sur la Blockchain, depuis janvier 2014. Nous avons constitué une expertise dans notre Innovation Lab de Dublin. Notre première expérimentation a abouti à la mise en production en mai 2017 de CitiConnect for Blockchain, que nous avons développé avec la startup Chain, en collaboration avec le Nasdaq » explique-t-elle.

L'objectif de cette solution de paiement intégrée et de réconciliation automatique en utilisant un registre distribué, est de résoudre les problèmes de liquidité des titres privés (non cotés) en rationalisant les transactions de paiement entre plusieurs parties.

« Dans la Blockchain, le défi n'est pas la technologie, nous savons qu'elle peut tenir ses promesses » affirme-t-elle. « Le principal challenge réside dans l'intégration avec les systèmes existants. L'autre défi, c'est l'adoption. Aujourd'hui 10.000 banques sont connectées à Swift [le réseau de messagerie interbancaire mondial, ndlr] : comment s'assurer d'avoir une masse critique sur une blockchain? Ensuite, quelle gouvernance mettre en place, quel cadre légal appliquer ? Il n'y en a pas le plus souvent. »

Selon les experts de Citigroup, il y aurait plus de 350 projets Blockchain à l'état de réflexion dans les services financiers, 75 à l'état de prototype ou au stade de validation du concept (« proof of concept » ou PoC) et moins de 25 seraient passés en mode pilote, en production ou en déploiement. L'impact potentiel de la Blockchain dans le domaine financier sera particulièrement fort dans le financement du commerce international et les paiements transfrontaliers, selon une cartographie réalisée par ses spéciallistes.

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Gulru Atak Citi Citigroup Trade

[Gulru Atak, directrice mondiale de l'innovation pour la division Treasury & Trade Solutions de Citi et de l'Innovation Lab de Dublin. Crédits : Laura Henry/Citi]

Un autre projet auquel Citi participe va bientôt entrer en production, au quatrième trimestre 2019 : il s'agit de la plateforme de financement du commerce international de matières premières komgo, au sein de laquelle 15 entreprises, dont plusieurs grandes banques, se sont associées en collaboration avec le cabinet de conseil Consensys, et dirigée par Souleïma Baddi, qui a quitté la Société Générale pour cette aventure.

 « Le Trade Finance [financement du commerce international] étant un processus encore extrêmement basé sur le papier, c'est un des domaines où notre secteur essaie de tirer parti de la Blockchain pour améliorer l'efficacité et régler les frictions » fait valoir Gulru Atak. « Et le commodity trade finance [matières premières] est un très bon exemple d'environnement maîtrisé, entre producteurs, traders, banques et autres entreprises de services financiers : il constitue un terrain idéal pour expérimenter la Blockchain. »

Citi regarde aussi le domaine des assurances de lettres de crédit et envisage de s'associer avec d'autres banques, des assureurs et des réassureurs.

Enjeux de conformité et de confidentialité

Cependant, pour l'instant, Citi ne fait pas partie d'un des nombreux consortiums Blockchain dans le financement du commerce international à l'image de wetrade et eTradeConnect, Marco Polo, Voltron (HSBC, BNP Paribas, ING, etc), etc.

« Nous discutons avec beaucoup d'acteurs, par exemple avec IBM et Maersk » - le géant danois du transport maritime - qui ont lancé en août dernier TradeLens, une Blockchain de logistique internationale connectant importateurs, exportateurs, douanes, ports, etc.

« Nous travaillons aussi avec des fournisseurs de Blockchain, il y en a une centaine. Il est possible que nous rejoignions un de ces consortiums, nous étudions quel serait le bon partenaire pour ce cas d'usage » indique Gulru Atak.

Pas de circonspection pour autant chez la banque américaine, quand d'autres concurrentes se montrent plus timides, voire franchement critiques.

« Chez Citi, nous percevons la Blockchain non comme une menace mais comme une opportunité. Ceci dit, je peux comprendre les craintes de certains banquiers. Le premier cas d'usage de la technologie était le Bitcoin, dont toute la philosophie est de supprimer les intermédiaires » observe la directrice mondiale de l'innovation pour la division Treasury & Trade Solutions.

Elle relève que « les cas d'usage ont basculé des blockchains publiques aux blockchains privées, sous permission [auxquelles des membres accèdent sur autorisation]. Il n'est pas possible de mettre les données des clients sur une blockchain publique pour des questions de confidentialité, de vie privée, de régulations, en tous cas dans l'environnement actuel : il est indispensable de contrôler qui a accès à quoi » insiste-t-elle.

« Dans cet univers de blockchain privée, il faut des intermédiaires car il faut bien que quelqu'un l'opère. C'est pourquoi nous voyons la Blockchain comme un moyen d'apporter des améliorations significatives et de répondre aux nouveaux problèmes de nos clients, car nous observons des ruptures dans tous les secteurs » observe-t-elle.

Citigroup étudie également comment utiliser les technologies de registre distribué dans l'identité client et le KYC (la connaissance client). Le groupe envisage aussi de créer une sorte de passerelle pour que ses clients puissent se connecter à plusieurs blockchains de technologie différente, ainsi qu'une solution de gestion des clés privées pour accéder à leurs comptes en actifs numériques.

« Nous expérimentons, nous apprenons encore. Il n'y a aucun cadre réglementaire et de conformité, la Blockchain et les actifs numériques sont traités de manière différente d'un pays à l'autre » relève Gulru Atak, qui ajoute « nous sommes encore aux tous débuts de cette technologie émergente.»

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a écrit le 07/12/2018 à 18:29 :
Les banques rêvent d'une société cashless et les cryptos bénéficient d'une bonne publicité depuis leur lancement, y compris de la part du FMI. Pourtant il y a des grosses déconvenues et il ne s'agit pas d'un Blockchain bashing : https://www.lerevenu.com/bourse/devises/le-bitcoin-perd-75-de-sa-valeur-en-moins-dun . Benoit Coeuré, économiste membre du directoire de la BCE, juge sévèrement le Bitcoin :
https://journalducoin.com/bitcoin/benoit-coeure-bitcoin-rejeton-malefique-crise-financiere/
a écrit le 07/12/2018 à 14:14 :
Il n’y a jamais eu, il n’y a pas et il n’y aura jamais de monnaie qui vaille !
cf. http://www.24hgold.com/francais/contributeur-or-argent-la-desastreuse-histoire-de-la-monnaie.aspx?contributor=La+d%C3%A9sastreuse+histoire+de+la+monnaie
Les monnaies sont spéculatives du fait de la corruption qui règne dans les hautes sphères gouvernementales et de la finance mais pas que . . .
a écrit le 07/12/2018 à 11:55 :
L'innovation n'est pas une menace mais une opportunité. C'est bien là que réside la différence entre l'esprit américain et l'esprit européen. La blockchain sera tout simplement pour le monde de la finance ce que les réseaux sociaux sont au monde des media et du débat démocratique, les torrents au monde de la diffusion des œuvres musicales et cinématographiques. L'innovation se trouve être au centre d'un inéluctable mouvement de décentralisation des pouvoirs collectifs et de responsabilisation collective des individus.
Réponse de le 07/12/2018 à 21:18 :
Et voilà! Ceux qui ne pensent pas comme vous que la blockchain va déclencher la cinquième révolution industrielle ont peur du progrès !

Et effectivement le torrent a révolutionné le piratage des œuvres musicales et cinématographiques, même si c'est vrai que 1% des utilisateurs des clients torrents en ont une utilisation légale.
a écrit le 07/12/2018 à 9:34 :
Le premier graphique ou plutôt infographie en haut de l'article discrédite tout le reste. Le ton est donné, on va utiliser du jargon technique mais c'est le monde de la finance et des écoles de commerce qui va parler.
Si jamais quelqu'un de censé relativise la portée de la technologie blockchain, la sanction tombe comme un couperet "tu as peur du progrès".
Il faut que la tribune sorte un peu de son monde. Je cite Vitalik Buterin fondateur d' Ethereum :“Beaucoup d’entreprises perdent du temps avec la blockchain”.
C'est sûr qu' il y a de nombreuses applications dans la finance, par contre je suis beaucoup moins sûr que ce soit une révolution pour le client.

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