Quand une Fintech, Raisin, rachète une banque pour passer la vitesse supérieure en Europe

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Les trois fondateurs de Raisin : Tamaz Georgadze (CEO), Frank Freund (CFO) et Michael Stephan (COO).
Les trois fondateurs de Raisin : Tamaz Georgadze (CEO), Frank Freund (CFO) et Michael Stephan (COO). (Crédits : Raisin)
La startup berlinoise propose à ses quelque 165.000 épargnants clients de placer leur argent dans les banques européennes offrant les meilleurs taux d'intérêt. L'acquisition de la banque francfortoise MHB, prestataire de services bancaires à destination des Fintech, lui permet d'utiliser sa licence bancaire afin d'attaquer plus rapidement de nouveaux marchés européens.

Raisin avait laissé entendre qu'elle envisageait des acquisitions après sa récente levée de fonds. La startup berlinoise, spécialisée dans les produits d'épargne, vient de mettre la main sur la petite banque allemande MHB pour un montant non communiqué. L'opération reste soumise à l'approbation du gendarme financier allemand (BaFin) et de la Banque centrale européenne (BCE). Cette acquisition intervient seulement quelques semaines après l'officialisation de sa levée de 100 millions d'euros auprès d'Index Ventures, Paypal, Ribbit Capital et Thrive Ventures. Tamaz Georgadze, cofondateur et dirigeant de la Fintech, avait en effet précisé que cet argent frais permettrait de réaliser de la croissance externe pour accélérer son développement à l'international.

Fondée en 2012, Raisin a développé un concept original : elle propose aux épargnants d'ouvrir des comptes à terme dans différentes banques européennes afin de bénéficier des meilleurs taux d'intérêt. En Allemagne, son marché principal, elle opère sous le nom de WeltSparen, qui signifie « épargner dans le monde ».

La startup, qui compte plus de 165.000 utilisateurs, s'adresse à un public plus âgé que les autres Fintech. Ils ont entre 45 et 60 ans et disposent de liquidités importantes. En moyenne, chaque épargnant dépose 60.000 euros.

Une banque de services pour les Fintech

Basée à Francfort, la banque MHB appartenait depuis 2005 à une filiale du fonds américain Lone Star. Elle emploie 35 personnes et a enregistré un chiffre d'affaires de 4,3 millions d'euros en 2017. La banque s'était spécialisée depuis quelques années dans la prestation de services bancaires à destination des startups de la finance, dont Raisin, à qui elle fournissait des services d'identification client (KYC) et de paiements notamment.

« L'acquisition de MHB va nous permettre de mieux intégrer ces étapes dans nos processus et ainsi de proposer un parcours le plus fluide possible à nos clients », explique Nicolas Montes-Edwards, le directeur général France de Raisin.

MHB n'a pas vocation à fusionner avec Raisin. Elle restera une entité à part entière et continuera d'opérer pour Raisin et pour d'autres entreprises. La startup berlinoise prévoit d'investir des moyens techniques et humains supplémentaires dans l'établissement pour améliorer les services proposés et en faire une nouvelle source de revenus.

Une licence bancaire à « passeporter »

L'opération permet surtout à la plateforme d'épargne en ligne, qui n'avait que le statut d'intermédiaire en opération de banque, de bénéficier d'une licence bancaire qu'elle pourra « passeporter » pour s'attaquer à d'autres marchés européens (le « passeport financier européen » permet à un établissement agréé dans un Etat de l'UE de fournir ses services dans tous les autres pays membres).

« Cette licence va permettre d'accélérer notre internationalisation », confirme Nicolas Montes-Edwards.

Concrètement, Raisin n'aura plus besoin d'obtenir un agrément auprès du régulateur local, elle pourra directement s'appuyer sur sa licence bancaire fraîchement acquise.

La Fintech a ouvert un site en langue locale dans cinq pays en dehors de l'Allemagne : l'Autriche, l'Espagne, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Elle compte se lancer sur deux nouveaux marchés au cours de l'année. « Nous allons ouvrir en Irlande et très probablement en Italie », indique le directeur général pour la France. Raisin se targue d'avoir apporté 11 milliards d'euros de dépôts à ses 70 banques partenaires, dont la banque belge KBC, ICICI Bank UK ou encore la banque en ligne allemande SolarisBank. Raisin entend doubler le montant de ces dépôts d'ici à la fin de l'année.

Les banques comme distributeurs

En parallèle de son activité grand public, Raisin a développé une stratégie en B2B2C. « Nous proposons à des banques, comme Santander et BBVA en Espagne, d'intégrer notre produit pour qu'elles puissent le proposer directement à leurs clients », explique Nicolas Montes-Edwards. Depuis leur interface bancaire habituelle, les clients des banques partenaires peuvent ainsi accéder à une place de marché proposant jusqu'à 250 produits d'épargne. Une approche que Raisin cherche à dupliquer en France. Pour l'heure, la Fintech ne travaille sur le marché tricolore qu'avec l'agrégateur Linxo et Younited Credit, spécialisé dans le prêt à la consommation, pour ses activités de collecte.

MHB n'est pas la première acquisition de Raisin. La startup avait racheté PBF Solutions en 2017 pour propulser ses activités au Royaume-Uni, qui représente aujourd'hui son deuxième marché après l'Allemagne.

« D'autres acquisitions sont possibles. Nous regarderons des acteurs dont l'activité est similaire ou connexe à la nôtre », indique Nicolas Montes-Edwards.

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Commentaires
a écrit le 07/03/2019 à 10:04 :
Une entreprise financière allemande qui achète une entreprise financière allemande en europe, vachement étonnant en effet...

Que d'émotions !

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