Société Générale veut surfer sur la révolution de la mobilité

La banque va introduire en Bourse sa filiale de location et financement auto, ALD, valorisée plusieurs milliards. Une opération stratégique destinée à faciliter des partenariats et révéler la valeur du leader européen du marché.
Delphine Cuny
« Nous nous plaçons dans une vision à dix ans : nous voulons offrir à ALD la possibilité de saisir des opportunités de croissance et de diversification » a expliqué Frédéric Oudéa, le directeur général,
« Nous nous plaçons dans une vision à dix ans : nous voulons offrir à ALD la possibilité de saisir des opportunités de croissance et de diversification » a expliqué Frédéric Oudéa, le directeur général, (Crédits : Reuters)

C'est un symbole, pas forcément anodin : la direction générale de la Société Générale a présenté ce jeudi les résultats annuels de la banque loin du siège de La Défense, au Cloud Business Center, un centre d'affaires ultra moderne près de la Bourse, où se trouve aussi le siège flambant neuf de BlaBlaCar, l'icône française de la révolution de la mobilité. Or, Société Générale ne veut pas seulement montrer qu'elle est l'amie des startups et souhaite s'en inspirer pour innover : elle veut aussi participer aux bouleversements en cours dans l'univers du transport individuel, à travers sa filiale de location et de financement auto, ALD Automotive. La banque a annoncé son projet d'introduire en Bourse, à Paris, d'ici la fin du printemps, ALD, dont elle gardera le contrôle et « une part significative du capital » :

« Nous nous plaçons dans une vision à dix ans : nous voulons donner à ALD la possibilité de saisir des opportunités de croissance et de diversification, lui donner le plus d'agilité opérationnelle et stratégique possible » a expliqué Frédéric Oudéa, le directeur général, au cours de la présentation à la presse.

ALD Societe Generale chiffres cles

[Les chiffres clés d'ALD]

Le leader européen et n°3 mondial

Présent dans une quarantaine de pays, gérant un parc de 1,4 million de véhicules, ALD est le numéro trois mondial de la location longue durée et « le leader incontestable en Europe » de la gestion de flottes automobiles (devant le néerlandais LeasePlan et Arval-BNP). Dirigée par le britannique Mike Masterson, l'entreprise emploie 5.900 personnes et a réalisé un chiffre d'affaires de 6,1 milliards d'euros et un bénéfice net de 429 millions en 2015 (dernier chiffre connu, les résultats de 2016 seront dévoilés début mars). Les profits ont crû de 19% par an en moyenne depuis 2011.

Son entrée en Bourse lui donnerait les coudées franches pour nouer « des partenariats, industriels ou financiers », notamment avec des startups du secteur de la mobilité, a précisé Frédéric Oudéa, et pourquoi pas des acquisitions.

« Quand on défriche de nouveaux usages, il n'y a pas une seule recette, il faut expérimenter différentes choses, avec des startups internes, mais aussi des partenariats. Dans ce monde nouveau de la mobilité, il serait présomptueux d'en dessiner à l'avance les contours » a-t-il ajouté. « Nous avons envie d'être des pionniers comme dans la banque en ligne avec Boursorama. »

Selon certaines estimations, « un quart des véhicules seront sans chauffeur en 2025. Or nous mettons à disposition des véhicules, nous savons gérer des flottes, et y associer des services », a-t-il relevé, soulignant que « les univers se déportent », de grands constructeurs auto (BMW, Audi, Daimler) ont racheté les cartes de Nokia, concurrentes de Google Maps. Présentée comme « à la pointe de services digitaux innovants », ALD propose déjà une batterie de services et des solutions multimodales, des vélos électriques, du covoiturage et de l'autopartage d'entreprise, de la location longue durée fondée sur une « communauté d'utilisateurs » où une seule flotte peut être partagée par plusieurs entreprises qui paient de façon forfaitaire à l'usage, par employé et non par véhicule (ALD Choice).

Appli ALD Societe Generale

[ALD a développé une application destinée au conducteur, présentée comme un "assistant de mobilité professionnelle"]

La maison-mère estime que sa filiale se trouve dans un « positionnement idéal en vue de l'essor du B2C », le marché grand public : elle est d'ailleurs « en train de structurer une offre pour les particuliers », qui serait distribuée par le réseau de la banque de détail, a indiqué le directeur général délégué de la Société Générale, Bernardo Sanchez Incera.

Opération stratégique

Le directeur financier de la SocGen, Philippe Heim, a assuré que « ce n'est pas une opération financière, mais une opération stratégique ».

« Ce projet d'introduction en Bourse vise à accroître la visibilité d'ALD et lui donner tous les moyens de se développer dans un secteur de la mobilité en pleine transformation, avec l'arrivée de la voiture autonome et l'essor de la voiture électrique, et qui connaît un changement de paradigme, de la propriété vers l'usage » a-t-il mis en perspective.

La Société Générale devrait cependant en récolter au moins plusieurs centaines de millions d'euros et une plus-value. La valeur comptable d'ALD est de 3,1 milliards d'euros. « Cela reflète juste un prix d'acquisition, et c'était il y a plus de 10 ans ! » a-t-il rappelé. La banque a réalisé ses premières opérations de leasing auto en 1989 et a développé cette activité à coups de rachats, notamment celui d'ALD-BCH à la Deutsche Bank en 2001 et celui de Hertz Lease Europe, filiale de Ford, en 2003. Plus récemment, celui du groupe français Parcours pour 300 millions d'euros en 2015, auprès de Wendel, lui a permis de se renforcer sur le marché des PME-TPE. Le leader mondial, le canadien Element Fleet Management, vaut 5 milliards de dollars canadiens (3,5 milliards d'euros) à la Bourse de Toronto.

La concentration du secteur devrait se poursuivre. Fin 2015, la filiale de la BNP, Arval, avait racheté la gestion de flottes de GE en Europe. Le loueur Europcar a de son côté acquis en septembre dernier la société londonienne de services de chauffeur privé Brunel pour la clientèle d'affaires.

Delphine Cuny

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Commentaires 3
à écrit le 09/02/2017 à 19:14
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Quand la prochaine crise financière arrivera , (comme en 2008, ou toutes ces banques étaient ruinées..et nous avec.. sans le sauvetage de l'Etat) un banquier ira til, Enfin, en prison ? Car seul Madof y est, et, ce n'est pas un banquier.

le 09/02/2017 à 21:23
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Quel est le rapport avec cet article qui parle d'un plan stratégique pour ALD?

le 10/02/2017 à 15:49
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Bankster, merci pour votre science! N'oubliez pas de prendre vos petites pillules

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