Défense : le trop ambitieux objectif de Saab à l'export...

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Le constructeur aéronautique suédois s'est fixé un objectif ambitieux de vendre au moins 300 Gripen de nouvelle génération dans une dizaine de pays dans les dix prochaines années. Un objectif irréalisable ?

Le succès - même controversé - en Suisse où Saab est en passe de vendre 22 Gripen E/F (Nouvelle génération) a visiblement donné des ailes au constructeur aéronautique suédois. Selon des déclarations du patron du commerce international de Saab, Eddy de la Motte, anciennement responsable de la campagne du Gripen en Inde (MMRCA) sur le blog "Saab Gripen International, ce dernier a annoncé l'objectif de vendre "au moins 300 Gripen au cours des dix prochaines années". "Si cet objectif est atteint, Saab aura 10 % du marché atteignable (marché ouvert)" , a-t-il précisé. Eddy de la Motte a également évoqué le lancement d'une version marine du Gripen, dont la nouvelle version doit encore faire l'objet d'un débat parlementaire en Suède.

Du Gripen aux Pays-Bas et au Danemark ?

Quels pays visent Saab, qui mise sur les performances de la nouvelle version choisie par la Suisse ? Après l'échec de l'avion de combat suédois en Norvège (2008), aux Pays-Bas (2008) et en Inde (2011), le patron de l'international veut chatouiller l'ogre américain Lockheed Martin dans son pré carré européen, notamment aux Pays-Bas et au Danemark, pourtant deux pays F-35. A eux deux, ils représentent un potentiel d'environ 120 appareils, selon Saab. Pourtant ces deux Etats ont bel et bien choisi, puis confirmé le F-35. De plus ils soutiennent ce programme en dépit de ses graves problèmes de développement. Un abandon des Pays-Bas (85 appareils), qui a confirmé le choix du F-35 dans sa version F-35/CTOL en 2008 pour remplacer ses F-16, est inenvisageable, selon les experts interrogés. D'autant que les Pays-Bas participent depuis 2002 en que partenaire de niveau 2 à la phase de développement du F-35. Peut-être que Saab misait sur un changement de majorité aux élections législatives aux Pays-Bas, le tout combiné avec les très graves déboires technologiques et financiers du F-35. C'est raté, le Parti populaire pour la liberté et la démocratie du Premier ministre sortant, Mark Rutte, est nettement arrivé en tête la semaine dernière.

Au Danemark (36 appareils), Saab est à peu près dans la même situation qu'aux Pays-Bas. Ses chances de réussite sont à peu près nulles. Les Danois sont également partenaires du programme F-35 depuis 2002 mais cette fois en tant que partenaire de niveau 3. Copenhague a lancé une compétition depuis 2005 à laquelle participe le F-35, le Gripen NG ainsi que le Boeing F-18 E/F, baptisé le «Super Hornet» (frelon). Là aussi, ce serait une énorme surprise si le Danemark ne commandait pas le F-35. Les experts prévoient d'ailleurs une commande des quatre premiers exemplaires de l'avion de combat de Lockheed Martin fin 2016. Du coup, Saab peut s'asseoir sur 121 appareils, soit environ 40 % des 300 appareils visés.

Succès en Europe de l'est ?

Outre les pays F-35, Saab compte sur certains ex-pays de l'est, dont la Roumanie (48 exemplaires), la Bulgarie (16), la Croatie (12) ainsi la Hongrie (10) et la République tchèque (10), deux pays déjà équipés de Gripen... mais en contrat de leasing jusqu'en 2015 et 2016 pour 14 appareils chacun. Le constructeur suédois dispose dans cette zone de meilleures chances de succès... Ainsi, la République tchèque négocie actuellement avec la Suède... une prolongation du contrat de leasing au-delà de 2015. Ni plus, ni moins. Pour sa part, la Hongrie, qui a déjà renouvelé en janvier son contrat de leasing jusqu'en 2026, n'a pas exprimé la volonté d'une commande supplémentaire, notamment pour remplacer ses treize vieux MiG-29 retirés du service depuis 2010.

Dans les trois autres pays, c'est la Roumanie qui aiguise le plus les appétits. Car les Roumains, qui ont lancé en 2007 une demande d'information (RFI) pour un projet d'acquisition de 48 appareils, pourraient retirer du service d'ici à fin 2013 ses vieux MiG-21. Les Américains sont toutefois sur le dossier. Lockheed Martin propose 24 F-16 C/D dans le cadre d'une initiative internationale «pooling and sharing» (union et partage) concernant ces trois pays, selon le nouveau concept tendance dans la défense en vue de mutualiser les achats d'armements. De son côté, General Dynamics propose des F-16 A/B portugais d'occasion. Une solution qui aurait aujourd'hui la préférence de Bucarest. Enfin, le consortium Eurofighter concourt avec des Eurofighter (tranche 1) d'occasion de l'armée de l'air italienne. Pour cette campagne tout comme en Bulgarie et en Croatie, Saab offre des Gripen C/D d'occasion et doit faire face à une très forte concurrence. C'est donc le cas en Bulgarie et en Croatie: Lockheed Martin (8 F-16 C/D en «pooling and sharing» pour chacun des deux pays) et le consortium européen (Eurofighter d'occasion tranche 1 de l'armée de l'air allemande).

Saab tente de rassurer la Suisse... et la Suède

Au Brésil (36 appareils), Saab concourt avec le Gripen E/F. Il a face à lui le Rafale de Dassault Aviation et le F-18 E/F de Boeing. En Malaisie (24 appareils), le Gripen devrait en principe en 2013 trouver sur sa route à noveau le Rafale et le F-18 E/F ainsi que le Typhoon, baptisé ainsi à l'export par le consortium Eurofighter et le Sukhoï Su-30 MKM.

Pourquoi donc Saab gonfle-t-il ses muscles avec des prévisions export beaucoup trop ambitieuses ? Pour à la fois, explique-t-on à "latribune.fr" rassurer les Suisses, les seuls à être intéressés par le Gripen E/F, et les politiques suédois, qui doivent bientôt débattre sur le lancement de cette version. Un programme qui est sur le fil du rasoir et qui sans trois pays clés (Suède, Suisse et Brésil) pourrait remiser sa chaîne d'assemblage au rayon des souvenirs glorieux de l'industrie aéronautique suédoise. Faut-il rappeler que l'acquisition du Gripen doit encore passer en Suisse par un vote des parlementaires suisses et très vraisemblablement par un référendum national (votation)... Ce qui n'est pas gagné.

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Commentaires
a écrit le 19/09/2012 à 19:16 :
Pour la Roumanie, il serait intéressant de savoir si Dassault compte leur proposer de reprendre les 2000-9 émiratis si ces derniers signent pour les 60+ Rafale qu'ils lorgnent depuis si longtemps... Le 2000-9 a des perfos équivalentes à celles du Gripen (voire meilleures dans certains domaines) et bénéficie des dernières technologies, certaines étant elles mêmes présentes sur le Rafale.
Et surtout, il a été utilisé dans de réelles missions de guerre (Lybie), et a accessoirement shooté le F-22 en combat simulé au mains d'un pilote français. Le tableau de chasse du Gripen à côté fait très, très pâle figure...
Réponse de le 19/09/2012 à 20:11 :
Très très bonne analyse.
Le problème est de savoir quand les EAU commanderont le Rafale...!
Réponse de le 20/09/2012 à 0:12 :
En effet chs, bonne question. Il ne faut pas désespérer, le nouveau grand-manitou des exportations militaires françaises a un CV qui va donner des sueurs froides à la concurrence... Le deal aux Emirats pourrait bien ressembler à une balade de santé, en attendant le Brésil et la Malaisie ! http://supersonique.blogs.challenges.fr/archive/2012/09/07/stephane-reb-nouveau-super-vendeur-de-l-armement-francais.html
a écrit le 19/09/2012 à 18:25 :
attention , beaucoup de composants de l' avion sont américains à commencer par le réacteur GE . Les yankees ont un objectif tuer Dassault , son Rafale et l ' Eurofighter d 'EADS . La concurrence de SAAB ... ils ne la craignent pas , c 'est pourquoi ils soutiennent la Suède
Réponse de le 19/09/2012 à 18:44 :
Enfin pas trop quand même, les USA et la Suéde sont encore en concurrence au Brésil et en Roumanie. De plus ils étaient en concurrence en Inde.

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