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Et si l'Europe de la défense devenait enfin une réalité...

Michel Cabirol

Publié le 15 novembre 2012 à 18:10

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Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, respectivement Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian, ont à nouveau tenté de réanimer jeudi l'Europe de la Défense. Ce concept est-il passé de la virtualité à la réalité?

L'Europe de la Défense... Un très beau sujet, qui s'est malheureusement transformé au fil des ans en un véritable serpent de mer, réanimé périodiquement par la France, le seul pays à croire à ce concept d'Europe de la Défense. Quitte même à vendre certains de ses actifs (Aerospatiale) pour séduire des partenaires européens parfois dédaigneux et surtout jusqu'ici très satisfaits du parapluie américain, via l'OTAN. En dépit des échecs successifs, les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, respectivement Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian, ont à nouveau tenté de réanimer l'Europe de la Défense. Et ont trouvé pour une fois un certain écho bien qu'il faille rester prudent. Paris a convaincu les huit ministres des Affaires étrangères et de la Défene de l'Allemagne, la Pologne, l'Italie et l'Espagne dans le cadre du format "Weimar Plus". Dans la déclaration commune, les dix ministres ont annoncé qu'ils étaient "réunis ce jour à Paris pour confirmer [leur] volonté de promouvoir une politique européenne ambitieuse dans le domaine de la sécurité et de la défense". L'ambition "de construire une Europe de la défense intégrée n'est pas facile", a reconnu le ministre de la Défense espagnol, Pedro Morenes Eulate.

Faut-il y croire aujourd'hui ?

Pour le ministre des Affaires étrangères allemand, Guido Westerwelle, il y a aujourd'hui quatre bonnes raisons de croire à cette nouvelle volonté des cinq pays réunis à Paris. Il estime qu'il existe une "volonté politique d'aller davantage vers une Europe de la défense". C'est "l'une des conséquences de la crise de l'endettement", qui entraîne une contrainte budgétaire dans les budgets de la défense "de plus en plus limités". Pour le ministre allemand, avec moins de moyens, il est désormais "judicieux" de créer des synergies entre pays européens pour maintenir un bon niveau de sécurité des citoyens européens. Troisième raison, le retrait significatif des Etats-Unis, le partenaire le plus important de l'Alliance, d'Europe au profit d'une réorientation vers la zone Asie-Pacifique. "L'Europe doit garantir sa propre sécurité, c'est la conclusion des Etats-Unis", a estimé Guido Westerwelle, tout en devenant "plus responsble de notre politique de sécurité et des affaires étrangères". Enfin, dernier point, il a estimé qu'auparavant, il y avait des "divergences entre les grands objectifs et les réalités concrètes". Notre politique est "moins ambitieuse" mais "plus pragmatique". Le ministre des Affaires italien, Giuliomaria Terzi di Sant'Agata, confirme que "les conditions politiques" pour un nouvel "élan" de l'Europe de la défense sont "aujourd'hui réunis".

Quelles actions concrètes ?

Pour Giuliomaria Terzi di Sant'Agata, qui souligne que cette réunion est "une première pierre", il faut aller jusqu'à "un marché commun de la défense plus intégré". "Une meilleure coordination entre les processus nationaux de planification optimiserait les ressources disponibles et la coopération entre États membres", selon le communiqué publié à la fin de la réunion. "Les États membres de l'Union européenne devraient continuer à renforcer les vecteurs et multiplicateurs de forces qui assurent la capacité de déployer et de soutenir des opérations militaires sur des théâtres lointains et de longues périodes et à mieux équilibrer le partage du fardeau au sein de la communauté transatlantique. Ce serait un grand pas vers une approche intelligente et partagée des réductions des dépenses militaires", est-il noté également. Ou comment faire avec moins mais mieux... Ce qui n'est jamais une bonne approche comme le souligne le ministre de la Défense polonais, Tomasz Siemoniak : "Il faut un objectif ambitieux dans le budget de l'Union européenne". Afin de renforcer cette coopération, "les efforts associant, de façon pragmatique, au moins deux pays européens, notamment sur des capacités à forte valeur ajoutée (par exemple l'espace, la défense antimissile balistique, les drones, le ravitaillement en vol, les capacités de transport aérien, le soutien médical aux opérations, la radio logicielle) resteront primordiaux", estiment les ministres.

Sur le volet opérationnel, les ministres ont rappelé leur engagement sur une aide à une intervention armée des pays africains au Mali. D'une façon plus générale, l'Union européenne doit être capable "de résoudre des crises complexes, pluridimensionnelles et impliquant plusieurs acteurs, tout en renforçant l'efficacité de ses missions et opérations", ont expliqué les ministres. Pour cela, la réforme en cours des procédures de gestion des crises et la prochaine revue du Service européen d'action extérieure devraient "permettre à l'Union européenne d'agir rapidement et efficacement sur tout le spectre des mesures de gestion des crises, en étroite coopération avec les organisations internationales et régionales ainsi qu'avec les pays partenaires".

Et la Grande-Bretagne ?

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Une Europe de la Défense sans la Grande-Bretagne, le pays européen qui dépense le plus pour sa défense, est-elle crédible ? La déclaration commune des ministres est "ouverte à tous les autres pays, y compris à la Grande-Bretagne, a rappelé Laurent Fabius. Dès lors qu'elle veut nous rejoindre, elle est la bienvenue". Weimar Plus n'est "pas alternatif" mais "cumulatif" avec nos accords signés avec la Grande-Bretagne, a estimé le ministre des Affaires étrangères.

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Michel Cabirol

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