Peter Hintze, cet ancien pasteur qui a failli flinguer le PDG d'EADS Tom Enders

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Qui est donc Peter Hintze, le coordinateur du gouvernement allemand pour l'aéronautique ? Cet ancien pasteur est un véritable flingueur. C'est lui qui a tiré à vue sur le projet de fusion entre EADS et le groupe britannique BAE Systems, puis qui a gelé le versement de l'aide allemande prévue pour le financement de l'A350 à Toulouse. Rodé à la vie politique, ce homme est l'un des plus proches alliés d'Angela Merkel qui en a fait son confident.

Qui est l'homme en Allemagne qui a fait vaciller ces dernières semaines Tom Enders, pourtant considéré outre-Rhin comme le meilleur patron d'EADS ? Peter Hintze, le coordinateur du gouvernement allemand pour l'aéronautique. Qui est l'homme qui a fait entrer en force l'Etat allemand dans le capital d'EADS ? Encore lui. Derrière ses sages lunettes rondes, des yeux bleus et un caractère bien trempé, Peter Hintze est de tous les combats pour que l'aéronautique allemande retrouve toutes ses lettres de noblesse. Il n'a pas froid aux yeux. Comme l'hiver dernier, quand il n'avait pas hésité à écumer les plateaux TV pour défendre avec opiniâtreté le président allemand, Christian Wulff, mis en cause dans une affaire de prêt privé, contraint depuis à la démission. Seul contre tous, devant les caméras, le soldat Hintze volait au secours d'un de ses vieux compagnons de la CDU (il est lui-même député conservateur)  quand les autres membres du parti attendaient prudemment que passe la tempête. C'est aujourd'hui à la défense des intérêts allemands au sein d'EADS que s'attèle avec vigueur Peter Hintze, en tant que coordinateur du gouvernement allemand pour l'aéronautique.

Chantre du nationalisme allemand en matière aéronautique

Le lendemain de l'échec du projet de méga-fusion entre EADS et le groupe britannique BAE Systems alors qu'on faisait la grimace dans les ministères parisiens, chez EADS et BAE Systems, ce pasteur affichait clairement son soulagement outre-Rhin : "je pense que les intérêts industriels de l'Allemagne (...) sont mieux garantis sous cette forme", expliquait-il au "Spiegel". Peter Hintze a fait campagne - avec succès - contre le projet de fusion. Quelques jours plus tard, c'est encore lui qui gelait le versement de la deuxième tranche d'aide allemande de 600 millions d'euros au financement de l'A350 à Toulouse. Au motif que l'Allemagne était désavantagée dans la répartition des activités du groupe européen EADS. Un refrain que Peter Hintze chantonne souvent. En début d'année, il dénonçait la décision du futur patron d'EADS, Tom Enders, de transférer le siège d'Airbus à Toulouse, au détriment de Munich. Et lui envoyait une lettre peu diplomatique pour lui demander de veiller au respect de l'équilibre franco-allemand au sein du groupe, qu'il s'agisse du nombre de managers allemands ou de la relocalisation des centres de recherche-développement d'Airbus outre-Rhin. C'est encore lui qui voulait absolument que l'Allemagne entre dans le capital d'EADS à parité avec la France.

Le "confident" de Merkel

Tout laisserait à penser que Peter Hintze est un obscur fonctionnaire perdu dans un ministère berlinois, bien camoufflé par l'intitulé modeste de sa fonction. Le coordinateur du gouvernement allemand pour l'aéronautique est en fait en Allemagne le "bras droit d'Angela Merkel, le lien avec le monde des affaires", explique Jürgen Pieper, analyste spécialiste de l'aéronautique chez la banque Metzler à Francfort. Peter Hintze y joue un rôle d'autant plus important qu'il est proche de la chancelière Angela Merkel. Surnommé le "confident" de Merkel dans la presse allemande, Peter Hintze l'a connue au début des années 90, au ministère de la Femme et de la Jeunesse. Elle est ministre, il est alors son secrétaire d'Etat parlementaire, dans le gouvernement d'Helmut Kohl. "Ils ont depuis toujours été de proches alliés, analyse un conseiller Cela n'a pas été le cas". Une fois chancelière, Angela Merkel renvoie l'ascenseur et le nomme secrétaire d'Etat parlementaire auprès du ministre de l'Economie en 2005, puis coordinateur pour l'aéronautique en 2007.

L'adversaire de Tom Enders

Peter Hintze est entré dans les ordres avant d'entrer en politique. Après de dix ans d'études de théologie protestante, le pasteur de Königswinter, près de Bonn, cède aux sirènes de la politique en 1983. Député de la ville de Wuppertal en Rhénanie-du-Nord-Westphalie depuis 1990, il est décrit dans les milieux économiques comme un "homme politique à 100 %", de ceux qui ?uvrent en coulisse et bâtissent des réseaux. Tout le contraire de Tom Enders, le PDG d'EADS, anciennement aux commandes d'Airbus. Major Tom aurait, lui, le style plus direct des hommes d'affaires. Deux tempéraments qui ont eu l'occasion de se mesurer. Les exigences du premier irritent le second. "Et bien, dirigez l'entreprise !", finit un jour par lancer Tom Enders, alors encore chef d'Airbus, à l'issue d'une discussion animée avec Peter Hintze lors d'une assemblée du personnel, dans un épisode raconté par le quotidien économique "Handelsblatt". "Pourquoi pas ?", répondit le politique, dans son nouveau costume de coordinateur pour l'aéronautique.

La campagne aux chaussettes rouges

Peter Hintze reste connu outre-Rhin comme l'auteur de "la campagne aux chaussettes rouges" alors qu'il est secrétaire général de la CDU dans les années 90. Son nom est encore aujourd'hui associé à ces affiches grand format représentant les fameuses socquettes rouges accrochées à un fil à linge, qu'il a fait placarder dans tout le pays lors des vraies premières élections fédérales de l'Allemagne réunifiée en 1994. La campagne choc proclamait sans ambages "Vers l'avenir, mais sans les chaussettes rouges". Les chaussettes rouges dont la CDU ne veut pas, ce sont les membres du PDS, le parti socialiste allemand directement issu du SED, le parti au pouvoir en RDA... dont les démocrates-chrétiens craignent une union avec le poids lourds social-démocrate SPD. La CDU remporte les élections, et Peter Hintze est conforté à son poste clé au sein du parti conservateur.

Rôle clé au Bundestag

L'homme a aujourd'hui une réelle influence dans l'enceinte du Bundestag. Sa position à la tête des députés CDU de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie fait de lui l'un des plus puissants hommes politiques du pays. Car ce Land industriel de l'ouest du pays est le plus peuplé du pays, et compte au Parlement le plus grand nombre de députés. "Il peut organiser les majorités et négocier pour passer les lois ou s'opposer aux lois qu'il souhaite", souligne le conseiller politique. Un rôle clé qui lui permet d'exercer à loisir ses talents de négociateur tant utilisés avec EADS.

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a écrit le 23/01/2013 à 17:21 :
La France et les Français peuvent remercier Hintze d'avoir empêché le "rapprochement-fu
sion" EADS/BAE Systems...A terme,EADS partait s'installer au Royaume-Uni...Les "la
bos"+ les installations de "Renault F1" y sont bien,eux...associés à Lotus et rebaptisé
Lotus F1 Team...Mais si un gouvernement(français) osait vendre les "produits français" HT,
hors charges salariales...?Là,c'est carrément de la fiction...Et les Allemands ne seraient
pas d'accord;les Anglais,certainement pas plus:la City plongerait(à la verticale)!!Les "tra
ders" d'élite français reviendraient au pays...L'immobilier "flamberait"(sauf les "logements sociaux",évidemment)...et les maçons viendraient travailler en France,de toute l'Europe,à
1/2 prix(comme c'est le cas avec les Espagnols,par exemple)...
a écrit le 23/01/2013 à 17:01 :
C'est une évidence:les Allemands sont eurosceptiques,sauf si leur "position prédominante"
en Europe est incontestable...Et comme leur "partenaire" incontournable n'a pas les moy
ens de leur "faire de l'ombre",ils "font la pluie et le beau temps sur le "Vieux Continent";la
"réussite" économique française est annexée à celle de l'Allemagne:l'industrie métallurgi
que à l'Allemagne(sauf le nucléaire);le "tourisme"(sports d'hiver,surtout) et la "bonne bouffe"
à la France...A condition que les meilleurs vignobles ne passent pas aux mains des Chi
nois...!!!Y'a quelqu'un dans l'avion...??
Je crois "dur comme fer" que les "protestants"-partis de France lors des "dragonnades"
de Louis XIV + lorsque Napoléon III a rétabli la religion catholique "religion d'Etat"-font
aujourd'hui vraiment défaut à la France...Heureusement,Dassault a eu la "fibre" patriotique
...Imaginons qu'il eût quitté l'Hexagone pour Israël...en sortie de la 2è Guerre mondiale...
Un des As de la Luftwaffe avait pour nom:Galland.Déjà général à la fin du conflit,il pilotait
encore...les premiers avions à réaction de la Luftwaffe:les Messerschmitt 262.Mais pour
quoi donc Dassault + Messerschmitt-Bolkow n'ont-ils jamais "pactisé"?Est-ce par fierté
(réciproque)?Ou bien parce que ça a été interdit à l'Allemagne de faire des "prouesses"
en aviation de guerre...?
Il paraîtrait que les + beaux modèles français de moyenne gamme(automobiles)se vend
ent très bien Outre-Rhin...Sans doute y a-t-il des Allemands qui aiment la "finition" fran
çaise,combinée aux prix "intermédiaires" pratiqués face aux modèles allemands(VW,
Mercedès,BMW,pas Ford...)les + conventionnels...Bref,la France est bien "complémen
taire" de son "partenaire" allemand...Sinon,la Grèce n'aurait pas pu être sauvée...L'?uro,
lui,l'est pour le "moment"...jusqu'à ce que l'Allemagne soit en position de "leadership"
incontestable en Europe...pour l'éternité...??
a écrit le 23/01/2013 à 16:09 :
Si l'industrie aéronautique française était entre les mains du "complexe Dassault",sans
doute qu' Airbus serait "intégré" à 80% sur le sol français...Et les Rafale ou les chars Le
clerc se vendraient bien mieux avec la "dynamique" Dassault...M'enfin...(comme dirait
Gaston Lagaffe...)!!Qui donc pourrait "trouver l'astuce" qui "boostera" le "Pacte de Compé
titivité" et placer la France en 2è position des pays les + industrialisés d'Europe...derrière l'Allemagne...?A voir s'enchaîner les "regroupements" d'entreprises,les restructurations...
il y a encore du temps à s'écouler avant que la "tendance" s'inverse...grâce à la "bienveill
ance" des investisseurs chinois...?(qui souhaitent "développer" l'EPR en "collaboration" a
vec EDF + Areva)
C'est évident:les Allemands ont un réel "bon sens" communautaire que la France et ses
"hommes politiques" ne sont-apparemment- pas prêts d'atteindre...Sauf si...Dassault...
a écrit le 21/01/2013 à 14:34 :
décidément les enfants de pasteurs allemands ne portent pas les francais dans leurs coeurs, seraient-ils revanchard ou bien seulement d'ube foret suceptibilité nationaliste. Hintze est du genre nous pouvons acheter à l'étranger mais vous n'avez pas le droit d'acheter chez nous..... a-t-il raison ? l'avenir nous le dira, les vents tournent.
a écrit le 07/12/2012 à 22:56 :
Entente et transfert d'activité à la concurrence, délocalisations, expulsion de nos industriels, extinction du droit de regard des gouvernements grâce auxquels EADS existe, gestion industrielle, commerciale et qualitative calamiteuse, risque de démanteler un des derniers fleurons européens, pertes de marché, responsable de tensions entre partenaires européens, emploi du temps principalement consacré à la recherche de pouvoir et au lobbyisme au profit d'actionnaires extérieurs. Le bilan Enders est catastrophique, mais il est intouchable parce qu'il est protégé par le complexe militaro-financier US.
Réponse de le 07/10/2014 à 22:22 :
Manifestement le NYT ne connait rien à la France et ne fait que conforter sa ligne éditoriale social-démocrate en accueillant Macron qui manifestement n'a pas fait bcp d'efforts de pedagogie pour dissiper les clichés
a écrit le 07/12/2012 à 17:13 :
Hintze, un raleur politique nationaliste comme il y en a tant partout. Il faut dire que M Enders a profité de sa nationalité Allemande pour virer tous les Allemands qui avaient eu des responsabilités dans les déboires et retards d'Airbus çà laisse des aigris. Les dirigeants précédents Français ne pouvaient pas toucher à ceux là sans passer pour antigermaniques. Jusqu'ici M Enders se montre comme un vrai chef d'entreprise capable. L'echec de la fusion avec BAES sera la faute de Hintze si on le regrette par la suite, et au bénéfice de Enders si il mène EADS à la réussite sans BAES.
Pas mal pour un Allemand qui s'est installé en France.
a écrit le 07/12/2012 à 14:43 :
Selon cet article, ce monsieur semble être le Bismarck de l'économie. J'espère que nos instances gouvernementales sauront maîtriser ses ambitions au regard des intérêts français et en particulier au sein d'EADS. N'oublions pas qu'EADS, Airbus en particulier, a bénéficié entre autre de l'apport majeur d'Aérospatiale, et ce n'est pas rien. Il est de la responsabilité de notre gouvernement comme des acteurs terrains de ne pas laisser le savoir faire et les intérêts français se diluer dans un vaste ensemble où notre voisin pourrait déployer une approche agressive de capture technique et de charge de travail. Tant qu'un tel comportement sera suspecté, EADS ne pourra jamais être une entreprise comme les autres à mon avis ... On touche là aux limites de l'intégration européenne des entreprises, dû je pense au conflit entre les besoins économiques et les enjeux politiques souverains, en particulier dans un domaine stratégique comme l'aéronautique et la défense. On ne peut pas effacer l'histoire et la culture politique d'un trait de crayon même si je reste convaincu aussi que l'Europe est un gage de salut face aux grands ensembles externes. Maintenir un esprit de coopération en préservant nos intérêts et nos forces me paraît fondamental pour notre avenir, y compris et peut-être surtout au sein de l'union européenne. L'Europe, ce n'est pas les USA;

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