Exportation d'armes (4/4) : Bolivie, un coup commercial et puis plus rien ?

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La France et la Bolivie pourraient entamer une relation de long cours dans le domaine de l'armement
La France et la Bolivie pourraient entamer une relation de long cours dans le domaine de l'armement (Crédits : Reuters)
La Tribune vous propose une série sur les nouvelles terres de conquête des industriels de l'armement français. En 2013, la France a vendu des hélicoptères de transport. D'autres groupes (satellite d'observation, contrôle et surveillance du trafic aérien, artillerie...) pourraient également marcher dans les pas du succès d'Airbus Helicopters.

Les industriels de l'armement français vont-ils s'installer durablement en Bolivie ? Ce sera dur, le marché bolivien étant étroit. "Il y a pas mal d'opérations à faire", souligne toutefois un industriel, qui connait bien le pays. Plusieurs groupes pourraient d'ailleurs marcher dans les pas du succès d'Airbus Helicopters, qui a réussi à vendre à La Paz, fin 2013, 6 Super Puma AS332 C1e (Super Puma), et cela, six mois après la grosse brouille entre Evo Morales et François Hollande, lequel avait interdit en juillet 2013 à l'avion présidentiel bolivien - un Falcon 900 EX de Dassault Aviation - de survoler le territoire français au moment de l'affaire Snowden.

Le contrat, d'un montant supérieur à 150 millions d'euros, comprend aussi un gros volet support, avec maintenance, pièces de rechange, formation des pilotes et des mécaniciens. En Bolivie, Airbus Helicopters a déjà livré deux Ecureuil et 4 EC145 à l'armée de l'air bolivienne. En outre, le premier des six Super Puma C1e commandé fin 2013 a déjà été remis à l'armée de l'air en présence d'Evo Morales.

Thales en piste pour signer un beau contrat

C'est d'abord Thales qui a toutes les chances de conclure un contrat d'environ 200 millions d'euros avec La Paz, qui a choisi sur décision présidentielle le groupe tricolore en vue de s'équiper d'un système de contrôle et de surveillance aérien civil et militaire (ATM) équipé de dix radars. Un système qui sécurisera le ciel bolivien et luttera contre les narco-trafiquants. Des discussions entre François Hollande et Evo Morales, qui vient d'être réélu pour un troisième mandat, ont permis fin septembre à New York de faire avancer le dossier. Thales doit encore finaliser les termes du contrat, qui pourrait être signé cette année, voir en 2015. "Evo Morales veut aller vite", a-t-on expliqué à La Tribune.

Enfin, la filiale espagnole du groupe propose à la Bolivie un petit drone de surveillance Fulmar (moins de 25 kg) pour surveiller ses frontières. Pour sa part, Nexter, qui avait déjà vendu en 2010 des systèmes d'artillerie (LG-1 MK-III de 105 mm), a gagné un petit contrat de modernisation cette année (environ 7 millions). Le groupe continue de proposer à La Paz de l'artillerie de 105 mm.

Un satellite d'observation

Après le Chili et le Pérou, la Bolivie est également très intéressée par l'acquisition d'un satellite d'observation. "Les Boliviens ont identifié un besoin", avait-on expliqué fin mars chez Thales Alenia Space. Depuis, le dossier a un petit peu avancé. "Il y a un projet en gestation et donc des pré-offres qui circulent", explique un bon connaisseur du pays. dossier. Une compétition où il faudra compter avec les Chinois, très présents en Bolivie dans le domaine des télécoms. "Ils nous ont dit que la compétition serait ouverte", précisait-on fin mars chez Airbus Defence and Space.

Par ailleurs, l'avion de transport militaire A400 (Airbus Defence and Space), un appareil de l'armée de l'air française, a atterri mercredi sur une base aérienne proche de La Paz pour de nouveaux essais en haute altitude.

La France en Bolivie

En matière économique et commerciale, la Bolivie reste un partenaire marginal du commerce extérieur de la France (0,01 %). "L'isolement, la faible diversification de l'économie et le cadre juridique encore peu propice aux investissements dissuadent nombre de nos entreprises", explique l'ambassade de France en Bolivie. Au total, seule une dizaine seulement sont implantées en Bolivie. Dans le domaine de l'armement, à l'exception du contrat signé en 2013 avec Airbus Helicopters (161 millions d'euros), aucune trace d'un contrat d'armement signé avec La Paz depuis au moins 2006.

Seuls les investissements réalisés dans le gaz demeurent significatifs. En avril 2011, Total a officialisé la découverte de champs gaziers permettant à la Bolivie d'augmenter ses réserves prouvées d'environ 30%. Les importations en provenance de Bolivie sont faibles (106e fournisseur de la France), bien qu'en expansion régulière. Les exportations françaises vers la Bolivie ont atteint 22,5 millions d'euros en 2010, ce qui situe la France au 13e rang des fournisseurs de la Bolivie.

La nouvelle manne des hydrocarbures

La Bolivie, pays le plus pauvre d'Amérique latine, caracole aujourd'hui en tête de la région en termes de croissance, grâce notamment à la nationalisation des hydrocarbures, une manne devenue capitale pour Evo Morales. La croissance pour 2014, estimée par le gouvernement à 6,5 %, placerait, selon la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (Cepalc), la Bolivie cette année en tête des pays avec la plus forte expansion économique de la région, dépassant l'Équateur et la Colombie. Premier président amérindien de Bolivie, porté par un discours anti-américain et pro-indigène, Evo Morales ne manque pas de souligner l'effet positif généré par sa mesure la plus radicale : la nationalisation des hydrocarbures.

Appuyé des forces militaires et de la police, le gouvernement avait occupé manu militari dès mai 2006 les installations et champs de pétrole détenues par des pétroliers comme le brésilien Petrobras ou l'espagnol Repsol, et négocié de nouvelles conditions contractuelles plus favorables à l'Etat. En août, la compagnie pétrolière publique bolivienne YPFB a pris le contrôle du groupe Transierra, qui transporte du gaz naturel vers le Brésil, en rachetant la totalité des actions que détenaient le brésilien Petrobras et Total, pour 133 millions de dollars. Petrobras détenait 44,5 % du groupe et Total 11 %, tandis que le solde, 44,5%, reste aux mains de l'entreprise YPFB-Andina, consortium formé par YPFB et l'entreprise espagnole Repsol.

Les recettes pétrolières de l'Etat, environ 673 millions de dollars annuels en 2005, ont grimpé à 5,8 milliards de dollars en 2013, selon la compagnie pétrolière d'État YPFB. Durant la même période, le PIB triple, passant de 9,5 milliards de dollars à 30,3 milliards. Le PIB par habitant, quelque 1.000 dollars, passe à 2.757 dollars, et le salaire minimum de 72 dollars à 206 dollars, générant un flux de fonds qui permet au gouvernement d'investir dans les programmes sociaux et les infrastructures publiques.

Un climat propice aux affaires

La mainmise de l'Etat ne vise pas seulement les hydrocarbures, mais s'étend aux entreprises de télécommunications, fonds de pension, centrales hydroélectriques, aéroports ou à l'exploitation minière. Mais ces nationalisations, qui font fuir le plus souvent les capitaux étrangers, n'ont pas eu cet effet sur la Bolivie, selon un rapport du ministère de l'Economie, auquel a eu accès l'AFP. La Bolivie a engrangé "en 2013 1,75 milliard de dollars d'investissements directs internationaux nets (IDE)", selon ce rapport qui rappelle qu'en 1998, lors de la vague de privatisations, l'IDE avait atteint un pic de 1,02 milliard.

Le boom économique "résulte d'une excellente conjoncture externe au sein de laquelle l'économie bolivienne a évolué", a indiqué à l'AFP le professeur d'économie à l'Université San Andrés, Armando Mendez. Selon l'économiste, alors que "la Bolivie exportait en 2005 1,4 milliard de dollars en gaz, elle en exporte aujourd'hui 6,8 milliards, soit près de cinq fois plus" avec des cours beaucoup plus élevés.

la Bolivie veut se lancer dans le nucléaire

La Bolivie investira 2 milliards de dollars pour le développement de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques, a annoncé début octobre Evo Morales. Le président bolivien, qui avait déjà annoncé il y a plusieurs mois qu'il envisageait de développer l'énergie nucléaire avec le soutien de l'Argentine et de la France, a déclaré que "la meilleure façon de nous libérer (de la dépendance énergétique) est de développer l'énergie nucléaire à des fins pacifiques".

"Cette énergie nucléaire à des fins pacifiques va être lancée dans le département de La Paz, avec d'ici à 2025 un investissement de plus de 2 milliards de dollars", a précisé le président bolivien. La centrale nucléaire, dont la construction devrait débuter cette année, comportera notamment des unités de cyclotron (accélérateur de particules) à usage médical et de recherche. En 2010, La Paz avait annoncé des accords avec l'Iran, avec lequel le président Morales a noué des liens étroits, pour la construction d'une centrale nucléaire en Bolivie dans le cadre de programmes de coopération technologique et financière.

Lire ou relire les premiers volets de la série :

Exportation d'armes (1/4) : l'Indonésie sera-t-elle le nouveau filon de la France?

Exportation d'armes (2/4) : la France profitera-t-elle de sa bonne image au Pérou?

Exportation d'armes (3/4) : l'Egypte, la divine surprise en 2014

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Commentaires
a écrit le 17/10/2014 à 13:00 :
Même pour la Bolivie la France est devenu le dindon de la farce, tiens tiens. Écoeurant.
Réponse de le 18/10/2014 à 18:43 :
ça aurait pu être pire simone, figurez vous si c'était pour l'allemagne…. :-)))
a écrit le 17/10/2014 à 12:06 :
Et que pensent les pieux idéalistes de l'ultra-libéralisme de cet énorme succès de Morales ? Il faut vraiment en finir avec les idéologies et appliquer sur le terrain des solutions qui marchent pour le bien commun, au lieu de quelques milliardaires honteux.
Réponse de le 18/10/2014 à 17:27 :
Les milliardaires honteux se trouvent en quelques pays de l'Occident, pas en Bolivie. Point barre.
a écrit le 17/10/2014 à 11:24 :
Autant être aveugle que lire une stupidité pareille...
Réponse de le 17/10/2014 à 11:33 :
@cdf quelle stupidité?
Réponse de le 17/10/2014 à 15:22 :
Probablement celle de l'Elysée d'avoir fait une RP inimaginable gaffe avec des "contrats faramineux de ventes d'armes" avec la Bolivie" et finir dans un flop, comme d'hab. Ce sera toujours comme ça, la France vit depuis des années de RP et rien d'autre.
Réponse de le 18/10/2014 à 1:06 :
je vous ai répondu pour les sous-marins sur l'article (3/4), je n'ai pas eu de retour de votre part!
Quelques chose vous dérange peut-être dans les fait cités?
Réponse de le 18/10/2014 à 1:10 :
La France négocie en ce moment plusieurs flops à plus de 20 milliards de $ et d'euros! Espérons que cela continue?
Réponse de le 18/10/2014 à 18:45 :
La France ou l'Etat français dans la personne de Mr. Mollo-mollo ? trop de Rafales vendus au Brésil et en Inde, trop de centrales nucléaires vendues en Algérie, en Iran, en Anglaterre, trop de rames TGV vendues en Argentine, aux USA, il faut que ça cesse non ?

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