Avec le dernier lancement de l'année (Ariane 5) il y a quinze jours, Arianespace a réalisé une très belle année opérationnelle. Sans aucun échec contrairement à la plupart de ses rivaux, dont notamment Falcon 9 de l'américain SpaceX. La société de services de lancement a maintenu une cadence de lancements soutenue avec 11 vols réussis de sa gamme de lanceurs (contre douze en 2015) : 7 Ariane 5 (ce qui porte le record à 76 lancements réussis consécutifs), 2 Soyuz et 2 Vega.
En outre, Arianespace a atteint un nouveau record avec la mise en orbite de 27 satellites (contre 25 en 2012), représentant une masse totale injectée en orbite de 61,4 tonnes, dont 52,4 tonnes pour la seule orbite géostationnaire.
Arianespace a lancé en 2016 des satellites de toutes masses (de 3 kg à 6,5 tonnes), vers toutes les orbites et pour de nombreuses applications : 10 satellites géostationnaires de télécom, 7 satellites d'observation de la Terre, 6 satellites de navigation, 3 nanosatellites à vocation éducative, et, enfin, un satellite scientifique.
Le lanceur Ariane 5 a démontré une fois de plus sa flexibilité qui lui permet de transporter indifféremment des charges utiles lourdes en orbite basse, plusieurs satellites en orbite moyenne ou comme il y a quinze jours un ou deux satellites sur une orbite de transfert géostationnaire en optimisant leur durée de vie opérationnelle. En août dernier, Ariane 5 a emporté une charge utile pesant plus de 10 tonnes (10.734 kg), dont 9.853 kg pour les deux satellites Intelsat, Intelsat 33e (6,6 tonnes) et Intelsat 36 (3,2 tonnes).
En dépit d'un marché de lancement peu actif, Arianespace avait réussi à signer à un mois et demi de la fin de l'année six lancements pour Ariane 5 : un satellite de télécoms pour le compte de l'opérateur américain ViaSat (Viasat-2), deux pour le ministère de la défense français (deux satellites de télécoms militaires Comsat-NG), un satellite de communication pour le compte de l'agence spatiale indienne (ISRO) et, enfin, deux gros satellites pour des clients non révélés. Arianespace pourrait peut-être annoncer en début d'année le premier contrat de lancement pour Ariane 6.
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En outre, cerise sur le gâteau, l'opérateur britannique Inmarsat a retiré début décembre du carnet de commandes de SpaceX le lancement d'un satellite au profit d'Arianespace. "Ce satellite devait à l'origine être envoyé par SpaceX. Cependant, du fait d'un délai dans le calendrier de lancement de SpaceX, Inmarsat et Hellas-Sat ont pris la décision de confier le lancement de ce satellite à Arianespace", a expliqué Inmarsat dans un communiqué. Il doit être lancé dorénavant à la mi-2017 depuis la base de Kourou en Guyane. Il est destiné à enrichir l'European Aviation Network (réseau aérien européen), un système destiné à permettre aux compagnies aériennes de fournir du WiFi aux passagers des avions sans interruption pendant les vols. Il doit être géré en partenariat par Inmarsat et la société Hellas-Sat.
Pour sa part, le petit lanceur italien Vega a obtenu deux contrats, CERES (Capacité de Renseignement d'origine Electromagnétique Spatiale) pour le compte du CNES et de la direction générale de l'armement (DGA) et le satellite ADM-Aeolus, mission clé dans le cadre du programme européen Earth Explorer. Enfin, Soyuz pourrait débloquer son compteur d'ici à la fin de l'année. Au total, Arianespace avait gonflé début décembre son carnet de commandes de neuf nouveaux satellites (contre 14 contrats en 2015). Pour autant, Stéphane Israël gardait espoir fin novembre de signer encore des contrats d'ici à la fin de cette année. Notamment pour le lanceur russe Soyuz.
"Nous avons un programme de lancements complet jusqu'à fin 2018", avait également précisé Stéphane Israël. Pour pouvoir lancer de nouveaux satellites en 2017 et 2018, la société de lancement européenne doit par exemple attendre que des fenêtres de lancement (slots) se libèrent grâce à un éventuel retard de fabrication d'un satellite. À moins qu'Airbus Safran Launchers (ASL) n'introduise un lanceur supplémentaire dans ses cadences comme il l'a récemment fait.
"Le marché est calme", avait souligné à La Tribune le PDG d'Arianespace, Stéphane Israël à l'occasion du lancement de quatre satellites de la constellation Galileo. Pour deux bonnes raisons, selon lui : les opérateurs des flottes de satellites sont sous pression en raison des tensions sur leur rentabilité et sur leurs prix, des surcapacités en orbite invoquées par certains, et de deux lanceurs majeurs cloués au sol. "Ces différents paramètres provoquent un certain attentisme de nos clients, avait-il expliqué. Ensuite, pour les projets qui seront à lancer au cours de la décennie 2020, les opérateurs misent sur de nouvelles perspectives de croissance, grâce notamment aux marchés de la connectivité et de la mobilité, avec le cas échéant des constellations".
Arianespace doit également faire face à la forte agressivité commerciale d'ILS, qui casse à nouveau les prix des lancements des gros satellites, avait constaté Stéphane Israël. Et à l'image de la baisse des prix de lancement des petits satellites qu'il avait obtenu fin 2013 en vue de limiter les effets de l'arrivée tonitruante de SpaceX, il constate une pression accrue sur les prix des gros. Au point de les ajuster à la baisse ? Cette tactique avait été payante en 2014 et 2015, Arianespace raflant la quasi-intégralité des petits satellites sur le marché. En sera-t-il de même avec les gros? A ce stade, Stéphane Israël était resté prudent, insistant sur le différentiel de fiabilité entre Ariane et ses concurrents, et s'interrogeant sur la performance réelle du Falcon 9, au vu des risques pris par l'opérateur pour la pousser.
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Bref, le marché des lancements va être très, très chaud à l'horizon à partir de 2017, puis de la prochaine décennie. D'autant que l'alliance entre Lockheed Martin et Boeing dans le cadre d'United Launch Alliance (ULA) va arriver en 2020 elle aussi sur le marché commercial avec le Vulcan, successeur de l'Atlas et du Delta. ULA souhaite réaliser 20% de son chiffre d'affaires sur le marché commercial, pour compenser ce que lui a chipé SpaceX sur le marché américain. Sans oublier le lanceur indien GSLV en bonne voie de maturation, le futur lanceur japonais H3 en voie de développement et, enfin, les projets de Jeff Bezos...
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