La fiabilité d'Ariane 5 est l'atout numéro un d'Arianespace pour rester le leader mondial

Profitant des déboires de ses concurrents, Arianespace garde son leadership mondial sur le marché des lancements de satellites.
Michel Cabirol
Arianespace a dépassé cette année les 250 lancements effectués depuis sa création
Arianespace a dépassé cette année les 250 lancements effectués depuis sa création (Crédits : Avio)

Face à ses deux concurrents les plus féroces SpaceX et le russe ILS, mais actuellement tous les deux moribonds, Arianespace va faire une belle année 2016. Elle le doit en grande partie à la fiabilité d'Ariane 5 ainsi qu'aux deux autres lanceurs basés au centre spatial de Guyane (CSG), Soyuz et Vega. Car Arianespace délivre à l'heure les satellites sur orbite. Ce qui est très appréciable pour les opérateurs, qui doivent rendre pour les importants des comptes aux marchés financiers... même si cela a un coût.

"Nous avons eu un record de performance sur Ariane, un record de fiabilité", a expliqué le PDG d'Arianespace, Stéphane Israël. "L'une des qualités d'Arianespace est le niveau de fiabilité" de son lanceur.

Pourvu que ça dure pour Arianespace d'autant qu'Ariane 5 va battre probablement le record de succès d'affilée de vols réussis détenu jusqu'ici par Ariane 4 (74 lancements). Pourtant très mal parti dans sa prime jeunesse (échecs en 1996 puis en 2011 et surtout en 2002), Ariane 5 a acquis une maturité qui devrait lui permettre d'égaler d'abord le record d'Ariane 4 le 4 octobre prochain, puis le battre en principe le 17 novembre avec à bord de la version Ariane 5 ES quatre satellites Galileo de l'Union européenne. Si tout va bien, l'année sera certainement historique pour Arianespace - croisons les doigts.

Opérationnellement au top

"Nous avons effectué six lancements (et) nous espérons en faire onze" en 2016, a rappelé Stéphane Israël. "L'année n'est pas finie, mais nous n'avons pas d'alerte particulière et nous sommes confiants dans notre capacité à les réaliser". Seul changement notable, Arianespace lancera sept Ariane 5 au lieu de huit prévue en début d'année, en raison d'un satellite ayant eu des problème durant son transport vers Kourou. Mais l'opérateur de lancements a procédé à un tir supplémentaire de Soyuz. Cinq lancements sont prévus encore d'ici à la fin de l'année : Vega le 15 septembre, Ariane 5 le 4 octobre, Ariane 5 ES le 17 novembre et deux autres lancements en décembre (Vega et Ariane 5).

En août, Ariane 5 a atteint un record de performance avec 10.7 tonnes de masse d'emport vers l'orbite de transfert géostationnaire, soit un gain de 1,4 tonne depuis le début du programme Ariane 5 ECA. En outre, Arianespace a déjà mis en orbite depuis le début de l'année 37 tonnes de masse nette. "Ce qui place Arianespace loin devant ses compétiteurs", a assuré Stéphane Israël. Arianespace a dépassé cette année les 250 lancements effectués depuis sa création : 231 avec Ariane, 15 avec Soyuz, 6 avec Vega.

Moins de campagnes commerciales en 2016

Dans un contexte commercial plus difficile en raison de difficultés chez certains opérateurs, Arianespace tire malgré tout son épingle du jeu. "Nous constatons qu'il y a moins de satellites attribués jusqu'ici à des lanceurs mais sur un temps plus long il n'y a pas de fléchissement. Nous avons d'ailleurs pas mal de choses dans les tuyaux", a-t-il constaté.

Ainsi à l'occasion de la World Satellite Business Week organisé à Paris par le cabinet Euroconsult, Arianespace a annoncé la signature de trois nouveaux contrats GEO (géostationnaire) avec Ariane 5, l'un pour l'agence spatiale indienne ISRO et deux autres tenus confidentiels. "Nous avons plus de 50% de part de marché dans le domaine des télécoms", s'est réjoui le PDG d'Arianespace.

Au total, huit nouveaux contrats ont été gagnés en 2016, dont six satellites engrangés pour Ariane 5 (Comsat NG  1 et Comsat NG 2 pour la DGA, ViaSat-2 pour ViaSat, GSAT-11 pour ISRO et deux contrats tenus confidentiels) et deux pour Vega (Ceres pour la DGA et du CNES et ADM-Aeolus pour le compte de l'ESA). A cette date, le carnet de commandes atteint 5,3 milliards d'euros (36 clients). Soit 56 lancements à réaliser (22 Ariane, 24 Soyuz et 10 Vega) : 65% pour les télécoms, 25% pour l'observation de la Terre et la météorologie, 5% pour la science et 5% pour la navigation.

Les récents déboires de SpaceX vont-ils faire le bonheur d'Arianespace? Pas sûr. "Nous sommes quasiment complets jusqu'en 2018, nous n'avons jamais eu autant de satellites à lancer", a expliqué Stéphane Israël. Pour l'heure il ne peut proposer qu'un seul créneau en 2018. Mais il ne désespère pas de glisser deux Ariane 5 supplémentaires, l'une en 2017, l'autre en 2018, pour piquer des clients qui pourraient être déçus par SpaceX. "Nous avons des discussions préliminaires avec des clients qui recherchent des solutions pour 2017 et 2018", a-t-il indiqué.

Et la concurrence?

SpaceX est à nouveau impacté par un accident, cette fois-ci sur le pas de tir. Le premier en juin 2015 a cloué Falcon 9 pendant 176 jours. La société de lancement du milliardaire Elon Musk a perdu le 1er septembre un second lanceur, qui a explosé sur le pas de tir. Certains pronostiquent un retour en vol dans une centaine de jour, selon la banque d'investissement Jefferies. D'autres estiment comme United Launch Alliance, l'alliance entre Lockheed Martin et Boeing, que SpaceX sera contrainte de clouer au sol ses fusées pendant neuf à douze mois. Le temps de déterminer la cause de l'explosion et de procéder à d'éventuelles réparations. "Il faut en général neuf à douze mois. C'est que l'histoire montre", a déclaré Tory Bruno, directeur général d'United Launch Alliance.

Le patron de la société spatiale Blue Origin, Jeff Bezos, a dévoilé lundi un projet de nouveau lanceur réutilisable, appelé à faire concurrence d'ici à la fin de la décennie aux opérateurs de lancements sur le marché des mises en orbite de satellites commerciaux. Blue Origin met au point deux versions du lanceur, appelé New Glenn, allusion à John Glenn, premier Américain à avoir tourné en orbite autour de la Terre et dernier survivant de l'équipe de sept astronautes de la mission Mercury. Il serait quasiment aussi haut que  Saturn V du programme Apollo de conquête de la Lune.

Enfin, les Japonais préparent plutôt un nouveau lanceur commercial pour la prochaine décennie avec le projet H3 lancé en 2014. A ce jour, le lanceur H-IIA reste très cher et peu disponible, étant réservé aux missions institutionnelles japonaises.

Michel Cabirol

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Commentaires 5
à écrit le 13/09/2016 à 20:36
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ils ont un programme sur reutilisation? over

le 14/09/2016 à 9:20
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Programme Adeline

à écrit le 13/09/2016 à 18:43
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très bonnes nouvelles. Ce serait fantastique que l Europe se mobilise pour envoyer des hommes sur la Lune et/ou sur Mars...

le 13/09/2016 à 19:43
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probabilité=0

le 13/09/2016 à 20:40
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@SPK >0 car il n'a pas spécifié en vie ou en pieces detachées

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