Un « reset » majuscule...C'est l'histoire d'un changement de paradigme inimaginable encore à l'aube de l'année 2020 où de nombreux responsables politiques et industriels vantaient encore sans aucune vision à long terme les avantages économiques et financiers de la mondialisation. La crise sanitaire (Covid 19) puis la guerre en Ukraine ont remis en question un certain nombre de convictions en révélant brutalement et cruellement aux responsables politiques et industriels français (mais pas que) les vulnérabilités de la France et de ses filières industrielles, qui dépendent de plus en plus des pays étrangers pour les approvisionnements stratégiques notamment.
« Nous avons fini par penser, dans les années 90 et 2000, que l'Europe était devenue un gros marché, confortable, théâtre d'influence et de prédation à tout-va (...) Funeste erreur ! Nous devons pour ces infrastructures critiques, retrouver, au niveau européen, une vraie politique de souveraineté ! », avait très clairement expliqué en février 2020 à l'École de guerre Emmanuel Macron.
L'industrie de défense, qui semblait par définition être souveraine plus que toute autre secteur, n'échappe pas non plus à cette exposition risquée de dépendances étrangères (majoritairement en Europe), qui représentent 10% environ de la production de l'industrie de l'armement tricolore. La sécurisation des chaînes d'approvisionnement implique donc, lorsque cela est possible, la relocalisation de certaines productions dans un objectif de réduction des dépendances vis-à-vis d'États étrangers et de diminution des risques logistiques ou de priorisation économique. « Cette dépendance n'était pas une erreur dans le passé. Dans le contexte d'avant, on pouvait accepter certaines choses. On a revisité tout cela dans le contexte d'aujourd'hui et cela peut changer la façon de sourcer certaines matières premières », a expliqué lors du Paris Air Forum organisé le 16 juin par La Tribune Alexandre Lahousse, chef du service des affaires industrielles et de l'intelligence économique à la direction générale de l'armement (DGA).