Armement : les pays de l'Union européenne vont tester des achats communs

Thierry Breton lance un instrument qui va permettre des achats groupés d'armements par les pays de l'Union européenne. Un nouvel outil doté de façon modeste (500 millions) mais qui pourrait ouvrir la voie à une harmonisation des acquisitions dans ce domaine de souveraineté.
Michel Cabirol
Nous créons un mécanisme incitatif abondé par le budget européen, pour que les États Membres - nombreux sont ceux qui ont annoncé une augmentation significative de leur dépense de défense - achètent ensemble (Thierry Breton)
"Nous créons un mécanisme incitatif abondé par le budget européen, pour que les États Membres - nombreux sont ceux qui ont annoncé une augmentation significative de leur dépense de défense - achètent ensemble" (Thierry Breton) (Crédits : Reuters)

Un pas de plus de l'Europe en matière de défense... européenne. Certes modeste, l'initiative de Thierry Breton n'en reste pas moins intéressante. "Alors que la guerre fait rage aux frontières de l'Europe, la Commission répond à l'appel des chefs d'États en présentant aujourd'hui un nouvel instrument pour soutenir, au niveau européen, l'acquisition conjointe d'armement", explique Thierry Breton. Le commissaire européen responsable du marché intérieur (industrie, numérique, défense, espace...) estime que cet instrument doté de 500 millions d'euros sur deux ans marque "une nouvelle étape dans l'intégration européenne en matière de défense". Solide sur le plan juridique, cet instrument aura un effet levier, espère-t-on dans l'entourage du commissaire.

Ce nouvel outil, qui sera rétroactif au 24 février 2022, complète le Fonds Européen de Défense (plus de 8 milliards d'euros sur la période 2021-2027), qui se concentre essentiellement sur les programmes de Recherche et de  Développement. Ce fonds sera d'ailleurs pérennisé par un futur programme permanent d'acquisitions conjointes d'ici à la fin de l'année.

Reconstituer les stocks de munitions

Cette initiative va permettre de reconstituer une partie des stocks d'armements (missiles, artillerie, munitions notamment) qui ont été donnés à l'Ukraine pour se défendre face à l'invasion russe. "Nous créons un mécanisme incitatif abondé par le budget européen, pour que les États Membres - nombreux sont ceux qui ont annoncé une augmentation significative de leur dépense de défense - achètent ensemble. Cela permettra de mieux dépenser l'argent public, et de booster notre base industrielle européenne", estime Thierry Breton. Trois pays au moins devront se mettre d'accord pour acheter le même matériel. "Les stocks des pays européens se sont affaiblis", rappelle-t-on dans l'entourage du commissaire.

Cet instrument répond d'abord à une des conséquences des transferts d'armes vers l'Ukraine. Il servira notamment à reconstituer les stocks de munitions de 155 mm des obusiers Caesar, Crab (Pologne) et Howitzers (Etats-Unis) mais aussi de missiles antichars et des systèmes portatif de défense aérienne (Manpads), les missiles sol-air léger portés à l'épaule mais aussi des pièces d'artillerie légères et lourdes. Au-delà de l'urgence de la guerre en Ukraine, il devrait aider la Base industrielle technologie et de défense européenne (BITDE) à réussir sa montée en cadence (ramp up) pour faire face à ses propres défis du retour de la guerre de haute intensité. Soit produire plus vite pour constituer des stocks nécessaires tout en ayant une coordination au niveau européen avec la mise en place d'une Task force européenne. Enfin, cet instrument devrait permettre de renforcer l'interopérabilité de ces matériels, dont de nombreux modèles équipent les armées de l'UE.

Bataille pour les armements étrangers

Thierry Breton s'est battu contre certains pays, qui voulaient intégrer sans état d'âme des achats d'armements étrangers, notamment américains et israéliens. La Commission a finalement tranché en faveur des critères d'éligibilité du Fonds européen de défense : être établi et avoir sa structure de management dans l'UE, ne pas être contrôlé par des entités d'États tiers non membres de l'UE et ne pas avoir des équipements ayant des restrictions d'emploi comme la réglementation ITAR ou équivalentes (Israël). Tel Aviv a ainsi refusé la réexportation de missiles Spike vers l'Ukraine, précise-t-on. Tout comme la Suisse a bloqué le transfert de munitions vers l'armée ukrainienne. "Nous voulions éviter de tomber dans certaines dépendances, précise-t-on dans l'entourage du commissaire. Nous ne voulons pas que la BITDE soit assujettie à des contrôles d'autorités étrangères pour utiliser ces armements".

Le montant de 500 millions provient de marges de budgets européens non alloués (Ending 5). Cette initiative arrive au moment où les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne (UE) ont convenu lundi d'un financement supplémentaire de 500 millions d'euros de l'UE pour fournir des armes à l'Ukraine, portant ce soutien à 2,5 milliards d'euros depuis que la Russie a envahi l'Ukraine le 24 février.

Michel Cabirol
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Commentaires 20
à écrit le 20/07/2022 à 12:52
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Si les gens savaient le cout que représente le seul entretien des stocks d'armes ils seraient abasourdis ! J'ai travaillé dans l'entretien de corps de bombes de quelques 100aines de kilos. Rien que les repeindre, refaire les couches qui permettent d...

à écrit le 20/07/2022 à 12:08
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Quelle bonne idée on va acheter les armes au US et les munitions aux chinois et pour l'essence on voit avec les emira arabe et pour les transmissions on fait les afghans et l'iran ? on a des génie. Ont ils les compétences et le droit s de faire ç...

à écrit le 20/07/2022 à 11:59
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Breton est un soviet qui s'ignore. Il est comme tout les autres pour une méga monstrueuse machine publique fonctionarisé au max. C'est ainsi que ce sont écroulés l'urss, l'Allemagne nazie et tout les empires, tous bouffés de l'intérieur par le foncti...

à écrit le 20/07/2022 à 11:47
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Des achats groupés pour acheter de l'armement américain.....Enfonçons un peu plus l'industrie de l'armement française.

à écrit le 20/07/2022 à 9:29
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quand un conflit limité localement en Ukraine devient une guerre par procuration non déclarée entre RUSSIE et OTAN l Europe ne se divise elle pas en faisant les frais !

à écrit le 20/07/2022 à 1:13
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Et un outil pour acheter et entretenir en commun des avions pour la lutte incendie? Non? Pas la prioriré?

à écrit le 19/07/2022 à 22:08
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Et produire en commun au lieu d acheter US ? Les US vont flinguer Dassault .. grace a leur allié le plus soumis l allemagne

à écrit le 19/07/2022 à 20:45
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Cette mesurette ne peut que faire baisser les prix. Or les industriels de l'armement ont besoin de commandes, pas de pression sur les prix. Thierry Breton n'a toujours rien compris...

à écrit le 19/07/2022 à 16:16
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En plus de payer leur participation pour adhérer à l'OTAN, les contribuables vont devoir encore payer en plus pour ce nouvel outil ?

à écrit le 19/07/2022 à 16:08
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Encore de l'argent "magique" qui servira à acheter étranger. La facture des munitions devrait être supporter par l'Ukraine et non par les États membres. De plus les américains pourraient se permettre de mettre la main à la poche.

à écrit le 19/07/2022 à 16:08
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Encore de l'argent "magique" qui servira à acheter étranger. La facture des munitions devrait être supporter par l'Ukraine et non par les États membres. De plus les américains pourraient se permettre de mettre la main à la poche.

à écrit le 19/07/2022 à 15:50
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Désolé mais c'est pas claire. A quoi vont servir ces 500 Mio EUR? Est-ce que au moins trois pays devront devront passer une commande et c'est ce fonds qui paiera la facture? Dans ce cas c'est des munitions "cadeaux" financer par l'EU. Ou ce fonds fin...

à écrit le 19/07/2022 à 15:36
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Un outil à 500 millions d'euros ! Poutine doit être inquiet ? Prochaine étape ,la création de commissions de réflexions pour utiliser l'outil . On avance ,on avance

à écrit le 19/07/2022 à 13:53
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Les européens ont été roulés dans la farine par l'oncle Sam pour cette guerre en Ukraine "fabriquée". Ils cherchent désespérément à s'en sortir alors qu'il suffirait d'édicter une règle simple, plus de subvention aux pays qui reçoivent plus qu'ils co...

à écrit le 19/07/2022 à 12:54
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Bonjour, pour les munitions pourquoi pas... Si les arceaux européenne peuvent produire.... Par compte par question de fermée les usine d'armement pour non alignement au niveaux de prix pour des producteurs étrangères..

à écrit le 19/07/2022 à 12:24
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Des achats groupés du F35 ?

à écrit le 19/07/2022 à 12:07
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Peut on faire confiance en une force armée coupée de la population sous ordre d'une... administration?

le 19/07/2022 à 12:27
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Non...

le 19/07/2022 à 17:49
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L'administration européenne se servira surtout de cette armée pour mater des rebellions de population au sein de pays européens récalcitrants aux mesures imposées de force par eux.

le 20/07/2022 à 12:53
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Et à l'armée francaise ? qui est sous le haut commandement en bras de chemise blanche de BHL, philosophe globe trotter et rentier de son état ?

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