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Armement : les trois vraies raisons de l'intérêt de Rheinmetall pour KNDS (Nexter, KMW)

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 08 avril 2019 à 04:25 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:45

Rheinmetall lorgne une part majoritaire dans knds

Rheinmetall lorgne une part majoritaire dans knds

Wolfgang Rattay

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Pour Rheinmetall, la prise de contrôle de KNDS (Krauss-Maffei Nexter Defence System) aurait pour objectif trois raisons très "business" et financières : créer de la valeur pour ses actionnaires , principalement des fonds, accompagner la croissance du secteur de la défense et monter dans la chaîne de valeur.

A priori, une consolidation européenne de l'industrie de l'armement terrestre avec Rheinmetall est une idée logique, voire même séduisante, au moment où la France et l'Allemagne souhaitent lancer le char du futur, ou, plus exactement, le MGCS (Main Ground Combat Systems). Mais, il y a un "Kolossal" mais. Pour Rheinmetall, déjà l'invité surprise en novembre dernier dans le programme MGCS, ce serait une opération dont il serait le principal bénéficiaire sinon le seul s'il parvenait à prendre le contrôle de la société franco-allemande KNDS (Krauss-Maffei Nexter Defence System) au détriment des intérêts français et au mépris de l'équilibre franco-allemand.

Comment ? Il espère racheter la participation de 50 % que détient la famille Bode-Wegmann dans KNDS puis apporter ses activités défense à KNDS, ce qui ferait pencher la balances des actifs à  75% du côté allemand. Et Rheinmetall fait jouer la fibre patriotique allemande pour parvenir à son objectif de prendre le contrôle de KNDS, qui a déjà présenté à Eurosatory un char franco-allemand.

Créer de la valeur... pour les actionnaires de Rheinmetall

Le PDG de Rheinmetall Armin Papperger est d'ailleurs prêt à tout pour parvenir à ses fins. Il est même prêt à rééquilibrer l'actionnariat en faisant "cadeau" de 24 % du capital à l'autre actionnaire de KNDS, l'état français. Mais il entend évidemment bien garder 51% du capital. Car pour Rheinmetall, la raison principale en faveur de ce mouvement de consolidation est de créer de la valeur. Mais pour qui ? Principalement pour les actionnaires de la société allemande... dont 76% sont des fonds d'investissements (29% du capital sont détenus par des fonds américains).

Armin Papperger, a donc besoin d'avoir la majorité de KNDS (au moins 51%) pour consolider entièrement l'entreprise dans ses comptes. Avec moins de 50%, elle ne serait que mise en équivalence. "C'est une logique financière que Rheinmetall habille avec une logique industrielle et patriotique en Allemagne, analyse-t-on. Son patron Armin Papperger fait fi de toutes considérations politiques". Et encore moins de l'Europe de la défense. D'autant que KNDS vit très bien sa vie sans Rheinmetall, tout comme Krauss-Maffei Wegmann le faisait avant KNDS, et vice-versa. Cela n'a d'ailleurs pas empêché les deux groupes allemands de développer en partenariat plusieurs programmes : Boxer, Puma et le véhicule blindé polyvalent AMPV.

Développement dans la défense

Pour capter la croissance, Rheinmetall (6,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires) semble aujourd'hui parier beaucoup plus sur ses activités de défense (3,2 milliards) que sur celles dans l'automobile (2,9 milliards). Dans la défense, "la tendance à la modernisation des forces armées liée à la hausse des budgets est déjà manifeste dans nos carnets de commandes, a expliqué Armin Papperger, dans un communiqué présentant les résultats 2018. Notre large positionnement technologique signifie que nous sommes dans une position idéale pour jouer un rôle de premier plan dans la modernisation des forces armées en Allemagne et dans d'autres pays partenaires". Ce qui n'est pas forcément le cas dans l'automobile. "Nous ne pouvons pas totalement compenser la baisse sur les marchés mondiaux", a-t-il d'ailleurs affirmé.

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Résultat, pour 2019, Rheinmetall s'attend à un niveau de chiffre d'affaires stable et à une marge opérationnelle d'environ 8% dans l'automobile tandis que dans la défense, il prévoit une hausse des ventes entre 9% et 11%, la marge opérationnelle passant de 8% à 8,5%. D'où la volonté naturelle de mettre la main sur KNDS, dont les activités seraient un très bon relais de croissance dans la défense avec le développement du programme MGCS entre autres. Depuis une bonne décennie, il rêvait de mettre la main sur Krauss-Maffei Wegmann (KMW). Ce qui n'a pas été possible en raison de l'opposition ferme et rédhibitoire de Manfred Bode, qui était jusqu'ici l'homme fort de KMW. Aujourd'hui, cela  n'est plus possible avec la création de KNDS.

En outre, Rheinmetall veut progresser dans la chaîne de valeur. Considéré beaucoup plus comme un équipementier, le groupe de Düsseldorf s'élèverait ainsi dans la chaîne de valeur, en devenant un maître d'oeuvre à part entière. Notamment dans les chars de combat, son Graal. Aujourd'hui, il n'est qu'un maître d'oeuvre par intermittence. Il l'est seulement à part entière dans quatre programmes, dont le Lynx... un véhicule blindé qui ne se vend pas, les autres étant les Fuchs 1 et 2, Survivor-R et Kodak. De son côté, KNDS est le maître d'oeuvre de 19 systèmes, dont les célèbres chars Leopard et Leclerc. "Tout ce que sait faire Rheinmetall, KNDS sait le faire", rappelle-t-on à La Tribune.

Du retard dans le lancement du programme MGCS

Le bulldozer Armin Papperger a donc sorti l'artillerie lourde en mars pour faire plier la France ainsi que la famille Bode, qui détiennent chacun 50% de KNDS. Cette dernière aurait pu être déstabilisée par une telle annonce après le décès en octobre dernier de Manfred Bode, qui est également le père spirituel du PDG de KMW et coprésident de KNDS, Frank Haun. Pour la famille, qui dispose d'un joli pactole, ce n'est pas le cas, ou plus exactement cela n'a pas été encore le cas. A suivre...

De son côté, la France, qui dispose d'un premier droit de refus, a décliné jusqu'ici l'offre de Rheinmetall. "La France a dit non", confirme-t-on à La Tribune. Car au-delà des activités de Nexter, la vétronique de Thales et l'optronique de Safran font partie de l'excellence de la base industrielle et technologique de défense française. Il est aussi difficilement imaginable que le programme stratégique pour l'armée de terre, Scorpion, soit piloté de Düsseldorf. "Le gouvernement allemand soutient l'entrée de Rheinmetall dans KNDS", a toutefois martelé mi-mars Armin Papperger pour mettre la pression sur Paris. Il est également très, très actif dans son lobbying en Allemagne. "Rheinmetall est soutenu par beaucoup de personnes dans l'entourage de la chancelière et de la ministre de la Défense allemandes", explique-t-on à La Tribune

L'artilleur Papperger va-t-il faire dérailler MGSC?

Cette entrée en force de Rheinmetall dans le dossier serait semble-t-il la raison du retard du lancement des études de concept du MGCS au regard du calendrier prévu dans la lettre d'intention franco-allemande. Ce qui n'est pas le cas pour le Système de combat aérien du futur (SCAF), dont les études de concept ont déjà été lancées. L'artilleur Papperger est-il en train de faire dérailler le train de la coopération franco-allemande dans le domaine terrestre ? C'est fort possible...

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Faut-il également rappeler que Berlin s'était opposé dans les années 2000 à l'acquisition de Thales pilotée par le clan français d'EADS (devenu Airbus), les Allemands craignant le poids des Français dans le groupe franco-allemand. Avec un certain succès. Enfin, personne ne demande à Dassault Aviation et Airbus de fusionner pour développer le programme SCAF.

Michel Cabirol

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