Comment Bucarest s'emploie à couler Naval Group en Roumanie

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Le secrétaire d'Etat en charge de l'Armement Andrei Ignat, chargé de la procédure de l'appel d'offres pour l’acquisition de quatre corvettes, a suspendu la procédure en invoquant notamment des soupçons d'illégalités raisonnables.
Le secrétaire d'Etat en charge de l'Armement Andrei Ignat, chargé de la procédure de l'appel d'offres pour l’acquisition de quatre corvettes, a suspendu la procédure en invoquant notamment des soupçons d'illégalités raisonnables. (Crédits : Naval Group)
C'est un peu la chronique d'une trahison de la Roumanie annoncée. Un air de déjà vu en Pologne. Bucarest a suspendu l'appel d'offres qui avait été pourtant gagné par Naval Group.

Et ce qui devait arriver, arriva. La Roumanie ne voulait pas que Naval Group gagne un appel d'offres pour la fabrication de quatre corvettes que le groupe naval français avait pourtant gagné. Car ce dernier a présenté la meilleure offre financière pour la fabrication de quatre Gowind fabriquées en Roumanie : 1,2 milliard d'euros, contre 1,25 milliard au néerlandais Damen et 1,34 milliard à l'italien Fincantieri, l'allié de Naval Group. Ce qui a beaucoup embarrassé Bucarest, notamment l'homme fort et trouble de la Roumanie, le président social-démocrate de la Chambre des députés Liviu Dragnea, qui a cherché tous les moyens pour disqualifier le groupe français ou casser l'appel d'offres. Damen est le favori des Roumains.

Après la Pologne et l'affaire des hélicoptères d'Airbus, la Roumanie, qui avait pourtant assuré que le résultat serait publié le 12 janvier, franchit à son tour une ligne jaune sur le plan diplomatique avec la France. Qui plus est au moment où la Roumanie a pris pour six mois la présidence de l'Union européenne (UE).

Des soupçons raisonnables d'illégalités

Comme par hasard, Bucarest a donc suspendu vendredi l'appel d'offres. C'est donc la chronique d'une trahison de la Roumanie qui s'annonce... La suspension de l'appel d'offres est le premier pas de cette volonté roumaine d'écarter Naval Group. C'est le secrétaire d'Etat en charge de l'Armement Andrei Ignat, chargé de la procédure de l'appel d'offres, qui a suspendu la procédure en invoquant notamment des soupçons d'illégalités. Il a présenté un rapport au ministère de la Défense et a informé que le département de l'Armement avait saisi le bureau du procureur militaire en raison des "soupçons raisonnables liés à de possibles illégalités perpétrées pendant la procédure d'attribution qui auraient pu compromettre les intérêts de sécurité nationale", explique-t-on à La Tribune.

Selon le ministère, le chantier naval SNC basé à Constanta (est), le partenaire de Naval Group, a, de son côté, demandé "l'annulation" de la décision du gouvernement en vertu de laquelle cet appel d'offres avait été lancé début 2018. La procédure de passation a donc été suspendue jusqu'à la clarification de ces deux procédures.

Que va faire la France?

En visite à Bucarest jeudi, la ministre aux Affaires européennes, Nathalie Loiseau, avait souligné "l'intérêt de la France pour la finalisation de l'appel d'offres dans le domaine de la défense navale", a indiqué le gouvernement roumain dans un communiqué.  Elle avait également rappelé les projets que la France promeut dans les domaines de la défense antiaérienne, de la construction des hélicoptères et du nucléaire civil. A Paris, cette situation et ces comportements exaspèrent au plus haut niveau. La France semble déterminée à faire valoir le droit et semble prête à engager des actions judiciaires qui s'imposeraient. On rappelle d'ailleurs que la responsabilité pénale des responsables politiques est engagée sur cette affaire. Enfin, le signal envoyé par la Roumanie serait désastreux au tout début de la présidence roumaine de l'UE.

Lors de la visite du président roumain à Paris le 27 novembre, Klaus Iohannis, les deux pays, dans un contexte d'instabilité croissante de notre environnement stratégique, avaient expliqué que "le renforcement de la coopération dans le domaine de la défense continuera de représenter une priorité, sur la base des engagements assumés par les deux pays dans le cadre de l'UE et de l'OTAN et en soutien des objectifs du partenariat stratégique UE-OTAN".  En outre, le président de la République, Emmanuel Macron, est allé en Roumanie les 24 et 25 août 2017.

Lutte contre la corruption

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a déclaré vendredi que la Roumanie, qui a pris pour six mois la présidence de l'UE, ne devait accepter aucun compromis dans la lutte contre la corruption car cela marquerait un recul de l'Etat de droit. Le président du Parti social démocrate (PSD) au pouvoir, Liviu Dragnea, condamné en juin dernier à trois ans et demi de prison pour abus de pouvoir mais qui a fait appel, plaide auprès du président Klaus Iohannis en faveur d'une réforme judiciaire qui prévoit notamment une amnistie dans certains cas de corruption. En 2017, le PSD a proposé d'amender la législation anti-corruption en dépénalisant un certain nombre de délits, notamment ceux qui concernent certains abus de pouvoir.

"S'il y a une amnistie, comme certains l'envisagent dans ce pays, ce serait un retour en arrière pour l'Etat de droit", a souligné Jean-Claude Juncker lors d'une conférence de presse avec le président Iohannis à Bucarest.

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Commentaires
a écrit le 20/01/2019 à 11:58 :
Cet article desinforme par omission car il ne presente pas les faits.

Naval Group meme est a l'origine de la suspension, voir le suivant:

Le 16 octobre 2018, bien avant lțouverture des offres (le 30 octobre 2018) cțest ni autre que le partenaire roumain de Naval Group (SNC) qui a conteste en justice le processus de selection.
Le tribunal de Bucarest a juge la demande comme admissible et a donne le premier terme le 16 janvier, donc le Gouvernement roumain a du suspendre la procedure.

L'article emploie des blabla classiques (corruption, pays de L'Est) en chachant les faits.

En plus, Fincantieri et Damen ont deja clarifie officiellement leurs positions sur ce sujet. Naval Group est le seul groupe a se taire (donc les normes europeens de transparence n'ont pas d'importance pour les francais)

En plus, le jour du jugement, la partenaire roumain de Naval Group a solicite l'ajournement du jugement car ils n'ont pas eu le temps d'engager un avocat a cause des fetes de fin d'anee (!!!!!!). Jugement reporte pour le 20 fevrier.

A vous meme la conclusion!!

Dans la presse roumaine on dit que Naval Group ne peut pas accomplir les termes et les prix engages car ils sont en association avec un chantier qui n a jamais construi militaire, tandis que Fincantieri et Damen ont en propriete des chantiers et ont deja onore des commandes militaires. La meme presse dit que Naval Group a attaque la condition que les corvettes soit faites en Roumanie (condition imposee strategiquement a cause de la situation particuliere en Mer Noire), Condition avec laquelle ils etaient d accord au debut.
a écrit le 17/01/2019 à 3:50 :
Le ministére Francais de la justice dans ses statistiques indique que 15 000 détenus dans les prisons Francaises sont de nationalité étrangére.Voilà le podium
1 2000 Algériens
2 1800 Marocains
3 1500 Roumains suivis des Tunisiens etc

Sachant qu'un détenu coute en moyenne 200 euros par jour,ces Roumains nous coutent la ''modique'' somme de 100 millions par an.Il suffit juste d'indiquer aux Roumains qu'à la date de X ces 1500 détenus seront expulsés en meme temps et arriveront sur le tarmac de Bucarest en guise de paquet cadeau !
a écrit le 15/01/2019 à 15:40 :
A lire l'article, dès le début, comme ancien de TP, j'ai reconnu le système qu'on utilise dans les adjudications, pour enlever à coup sur l'adjudication. Naval group et l'italien Fincantieri, associés ont utilisé le vieux truc de "J'ai sousmissionné à tant, je te couvre." Les roumains ont vu la combine.
a écrit le 15/01/2019 à 8:06 :
la France a des moyens de repondre. Mettons des quotas sur les camions roumains. puis sur les travailleurs roumains...
a écrit le 15/01/2019 à 0:34 :
Si Roumanie-Hongrie-Pologne, Sangsues qui ne sont d'aucun apport pour elle, quittaient l'U.E, quel fardeau de moins ! en Subventions.

Qu'ils constituent une Union à trois, ou négocient une alliance étroite avec les U.S.A
Réponse de le 17/01/2019 à 3:53 :
Heureusement que les contribuables européens na savent pas ou passe
leur argent en Roumanie.C'est indescriptible !
a écrit le 14/01/2019 à 23:42 :
" Pologne-Hongrie-Roumanie quittent l' U.E " : au réveil ! c'était un reve.
a écrit le 14/01/2019 à 19:43 :
Mauvais perdants, les Francais(es).
Réponse de le 15/01/2019 à 0:47 :
Lisez les articles avant de les commenter. La France avait gagné l'appel d'offre... comme en Pologne, d'ailleurs.
a écrit le 14/01/2019 à 16:47 :
Pologne-Hongrie-Roumanie ne sont Jamais fiables depuis leur acceptation dans l'U.E.
Ils ont manqué à une communauté entre eux-trois.

Les subventions eur pour combler leur retard, était et demeure leur Unique motivation.

Depuis que E. Macron a déplacé J.Y Le Drian, des Armées, où il volait de record en record de contrats, plus de nouveaux contrats nulle-part
Il n'est pas trop tard pour lui re-confier les Armées, en plus du Quai d'Orsay
Il rappellera ses équipes, et ré-activera ses réseaux.

Mme Parly " secrétaire d'Etat Déléguée aux Armées ",
auprès de son " Ministre de Tutelle, Anti-Armées, Darmanin "
n'obtient aucun contrat, nulle part.
Les industriels n'ont aucun appui d'état à état.

Les fabrications et livraisons en cours c'est du J.Y Le Drian
Ce secteur fait travailler des dizaines de milliers de P.ME, sur tout le territoire,
avec retombées et applications civiles.
a écrit le 14/01/2019 à 15:47 :
J'aime beaucoup ces commentaires qui fustigent "l'aide" que touchent les états de l'est... et nous ch**nt dans les bottes ensuite pour citer un commentaire ci-dessous. Alors qu'en réalité et à la différence de la Pologne dans ce cas là, c'est bien un chantier européen qui est favorisé (néerlandais ici). Si c'était les hollandais qui étaient à la place de Naval Group, l'article serait bien différent. La réalité et Le plus préoccupant c'est qu'il y a certainement un me affaire de corruption dans cette affaire et c'est ce qui est le plus dommageable, non seulement pour Naval mais surtout pour les roumains.
Réponse de le 14/01/2019 à 18:39 :
Ce qui serait bien c'est qu'on duplique le parquet national financier aux Pays-Bas (Damen traîne énormément de soupçons de corruption), ou encore mieux, que l'Europe crée un parquet national financier européen. Comme cela tous les groupes européens partiraient à égalité.
Réponse de le 17/01/2019 à 3:56 :
Les pays bas sont le seul pays de l'UE à s'opposer à l'entrée dans l'espace Schengen de la Roumanie et à raisons fort documentées; CQFD
a écrit le 14/01/2019 à 13:56 :
Quelle mascarade de la part de ce pays.
Ils sont son réfugiés dans l'Union Européenne uniquement parce qu'ils avaient peur de la Russie.
a écrit le 14/01/2019 à 13:17 :
C'est aussi possible que ce marché ait été gagné avec de la corruption!

Les Français sont aussi assez bon pour corrompre des dirigeants.

Attendons de voir, et si c'est effectivement une trahison espérons une réponse diplomatique forte.
a écrit le 14/01/2019 à 10:48 :
Le problème Monsieur Cabirol c'est qu'à force de crier au loup dès que la France ne remporte pas un contrat vous perdez votre crédibilité.
Systématiquement vous parlez de trahison (relations avec l'Allemagne, Belgique pour les Rafale, pays scandinaves qui commandent des anti-missiles US etc.).
Malheureusement j'en arrive au point où je m'interroge sur vos articles...
Réponse de le 14/01/2019 à 18:50 :
L'histoire des peuples est l'histoire de la trahison de l'unité d'Antonin Artaud, écrivain et poète (1896-1948)
Réponse de le 14/01/2019 à 20:05 :
Sans aucune volonté de critiquer M. Cabirol dont je lis toujours les articles avec plaisir, ne jetons pas trop la pierre au Roumains. La SNCF - en service commandé - ne s'etait elle pas ouvertement prononcé en faveur d'Alstom/Bombardier au detriment de CAF pour la RER NG. Avec trois appels d'offres et un drole d'audit pour arriver au bout... Les lecteurs curieux se renseigneront. Bref nous ne sommes pas des blanches colombes en matiere de concurrence européenne..
a écrit le 14/01/2019 à 9:36 :
Bravo Bucarest , assez des français et de leur gangrenne social et politique
a écrit le 14/01/2019 à 9:05 :
Et tous les ans nous envoyons des milliards dans les pays de l'Est pour soutenir la politique anti-russe des américains... Et ces états bénéficiaires nous ch*** dans les bottes en retour... Belle réussite cette Europe, brillant...
a écrit le 14/01/2019 à 8:47 :
Quel est finalement le bilan de l'Union politique européenne ? Développement rapide et général du fascisme en Europe. Il n'y avait pas cette grave dérive avec la seule Union économique européenne. Hors le fascisme n'a jamais aidé au développement économique, et on en voit aujourd'hui les effets nocifs.
Réponse de le 15/01/2019 à 1:03 :
Union politique / Union économique ? De quel changement parlez-vous ? Depuis quand sommes-nous dans une Union Politique ? Une Fédération ? On en est très loin. L'Union Européenne est encore et toujours quasi uniquement économique. Cet appel d'offre truqué illustre bien les limites de ce modèle, d'ailleurs. Je vous rejoins sur ce sujet.
Réponse de le 16/01/2019 à 10:37 :
C'est vrai Pedro qu'il n'y a pas encore d'Europe politique juridiquement constituée. Mais les derniers traités et les recommandations de l'Union sont considérées comme tel puisque les budgets des états sont soumis à la commission toute puissante par l'€. L'Europe d'aujourd'hui facilite l'émergence du fascisme un peu partout, alors qu'on nous avait promis au contraire une protection des démocraties. Comme quoi la politique n'engage que ceux qui y croient...
a écrit le 14/01/2019 à 8:42 :
Bonjour,

Pourquoi vouloir écarter la France à tout prix? Merci
Réponse de le 14/01/2019 à 10:50 :
Tout simplement parce que la France n'a pas misé sur le bon chantier naval localn, celui qui avait ses entrées chez les décideurs roumains.
a écrit le 14/01/2019 à 8:38 :
L'argent de l'Europe va donc à la corruption. Il faut donc supprimer les aides de l'Europe payés par nous contribuables français à ces pays corrompus

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