Eurodrone : "Nous nous remettons dans les mains des Américains avec ce moteur" (Cédric Perrin, sénateur LR)
Propos recueillis par Michel Cabirol
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La Tribune : Qu'est-ce que vous pensez de la décision d'Airbus de sélectionner le moteur d'Avio au détriment de celui de Safran Helicopter Engines pour équiper le drone MALE européen, l'Eurodrone ?
Cédric Perrin : C'est une décision qui est une décision qui tombe à un bien mauvais moment, au moment où les Européens essaient de trouver une solution pour construire une véritable Europe industrielle de la défense. Elle tombe également au moment du débat présidentiel français, où les autorités françaises peuvent difficilement s'exprimer compte tenu de la réserve et des difficultés que cela implique. Et puis, cette décision va à l'encontre de ce que la France et l'Europe recherchent depuis le départ avec ce drone MALE européen, c'est-à-dire la souveraineté. Aujourd'hui, nous nous remettons dans les mains des Américains. Ce moteur est américain (General Electric) même s'il est principalement fabriqué en Europe (GE République tchèque, GE Pologne, GE Allemagne et GE Italie) ainsi qu'un peu aux Etats-Unis. Surtout on ne peut pas faire évoluer ce moteur sans l'accord des Américains si demain par exemple il devait gagner en puissance. Résultat, cela ne lui permettra pas d'être ITAR free, contrairement à ce que veulent bien affirmer aujourd'hui un certain nombre de personnes au sein d'Airbus. Les normes ITAR et EAR changent et, donc, on se met à nouveau dans la main du Congrès américain.
La solution proposée par Safran était-elle la meilleure en matière de souveraineté ?
Sur le plan de la souveraineté européenne, elle était sans aucun doute la meilleure solution. D'autant que la solution de Safran n'est pas une solution franco-française mais une solution européenne. Elle réunit deux entreprises allemandes MT-Propeller et ZF Luftfahrttechnik (ZFL), l'espagnol ITP et l'italien Piaggio Aerospace. Et donc, la vraie solution européenne est celle de Safran.
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Pas sûr que les Italiens soient d'accord avec cette solution...
... Pour les Italiens, le sujet Piaggio Aerospace permettait sans aucun doute d'avoir a minima un retour industriel presque aussi important (autour de 21%) que celui qu'ils ont avec Avio (23%). Il est important de le dire pour balayer toute polémique sur le fait que l'Eurodrone ne serait qu'un sujet franco-français. Pas du tout. C'est un sujet européen.
Propos recueillis par Michel Cabirol