Greg Wyler : le come-back fracassant de l'enfant terrible du spatial

Greg Wyler a comme projet une constellation de 350.000 satellites de 10 kg placés à 600 km altitude. Ce projet est en compétition dans le cadre d'un appel d'offres européen piloté par Thierry Breton.
Michel Cabirol

4 mn

Greg Wyler veut développer un projet spatial inédit à Toulouse
Greg Wyler veut développer un projet spatial inédit à Toulouse (Crédits : OneWeb)

Greg Wyler est de retour. Et quel retour ! Celui que certains appellent la diva dans le spatial travaille à Toulouse et de Saint-Barthélemy (Antilles françaises) sur un projet d'une constellation placée en orbite à 600 km d'altitude et composée jusqu'à 350.000 satellites pesant chacun à peine 10 kg. Un projet qui pourrait apparaître invraisemblable tant il est disruptif sur le plan technologique et économique mais il est aujourd'hui bel et bien compétition dans le cadre d'un appel d'offres de l'Union européenne piloté par le commissaire Thierry Breton. Greg Wyler, qui est en train de demander la nationalité française pour montrer patte blanche aux autorités françaises et européennes, a déjà fait le tour des ministères (Économie, Défense et Recherche) ainsi que des organismes nationaux (CNES, Commandement de l'espace) et européens (Union européenne et agence spatiale européenne) pour présenter son projet.

Aujourd'hui conseiller de sa société toulousaine E-Space dans laquelle il a déjà investi 5 millions d'euros, Greg Wyler est lancé comme une fusée... Après une déconvenue aux Etats-Unis, il a semble-t-il définitivement choisi la France pour ses nouveaux projets, dont cette fameuse constellation, selon des proches. La France lui a déjà tant apporté et a été décisive dans le lancement de sa première constellation O3b (Bercy, Thales Alenia Space), puis celle de OneWeb (Airbus) en séduisant Tom Enders, alors patron du constructeur européen. Pour gagner son pari, le tout récent détenteur de la légion d'honneur a constitué une équipe commando rompue au monde du spatial, dont David Liermann, qui est un consultant chevronné et un ancien d'Airbus Space, bombardé président d'E-Space, ainsi que Philippe Boissat, en tant que responsable des opérations (COO) après avoir eu de très nombreuses expériences dans le monde aérospatial (SES, Eutelsat, Deloitte, Altran, Akka...).

Une constellation européenne en jeu

Pour Greg Wyler, la rampe de lancement pourrait être la constellation que veut Thierry Breton pour l'Europe. Le commissaire européen est prêt à mettre 6 milliards d'euros sur la table pour doter l'Union européenne d'une constellation spatiale multi-orbitale offrant à l'ensemble du continent une infrastructure de connectivité mettant fin aux zones blanches et assurant une redondance avec le réseau terrestre. Une constellation où le NewSpace aura toute sa place. Comme neuf autres consortiums, Greg Wyler a donc relevé le défi et a constitué un consortium éponyme à sa société E-Space, avec quatre start-up européennes : qtlabs (Quantum Technology Laboratories GmbH) basée en Autriche et créée en 2017, ND SATCOM basée en Allemagne, Share my Space basée en France et, enfin, la société allemande de services de lancement Isar Aerospace, qui placera en orbite une grande partie de la constellation avec Ariane 6 (Arianespace).

Sur les dix consortiums, cinq seraient déjà hors course. Et d'ici à la fin du mois de novembre (peut-être autour du 23-25 novembre), Thierry Breton devrait en choisir deux, qui seront alors dotés de 1,5 à 2 millions d'euros chacun pour soutenir le développement de leur constellation. Tous ces projets sont actuellement en cours d'expertise par l'ESA (Agence spatiale européenne) tandis que celle de Greg Wyler serait également regardée de très près par la CNES, qui pourrait investir dans E-Space, et l'ONERA. Car, en cas d'échec dans cette compétition, l'enfant terrible du spatial n'arrêtera pas pour autant son projet de constellation. Il aurait des plans B pour des clients civils et militaires, qui auraient déjà exprimé un intérêt. Pour démontrer la fiabilité de son projet, Greg Wyler compte lancer une dizaine de satellites d'ici à la fin de l'année ou au début 2022. "Cette petite constellation est prête et E-Space montrera que sa technologie marche", assure-t-on à La Tribune.

Un satellite aussi volumineux qu'un smartphone

Après les satellites O3b (environ 1,2 tonne) et OneWeb (200 kg), Greg Wyler a imaginé des satellites aussi gros qu'un smartphone mais avec des antennes d'une envergure de 3,5 mètres. Tous les satellites, dont le prix unitaire serait inférieur à 10.000 euros, seront reliés de façon optique entre eux de façon à créer un véritable cloud dans l'espace, qui pourrait être même utilisé par des avions de combat par exemple. En outre, Greg Wyler a tenu compte de l'importance de la notion de souveraineté pour la France et l'Europe. Ainsi, ses satellites ne devraient pas être soumis à la réglementation américain ITAR, qui permet aux Etats-Unis de contrôler les exportations de produits européens ayant des composants de fabrication américaine. "Tout est fait en France et en Europe", précise-t-on à La Tribune. Enfin, les terminaux pourront être glissés dans une poche (10 cm), affirme-t-on à La Tribune.

Après avoir déjà injecté personnellement 5 millions d'euros dans E-Space (sur 50 millions au total), Greg Wyler vise une levée de fonds dans les prochains mois de l'ordre de 25 à 30 millions d'euros pour poursuivre son projet. Un projet qui aura ses racines à Toulouse où plus de 1.000 personnes pourraient être recrutées et une usine de fabrication de satellites implantée. Mais, l'Allemagne n'est pas oubliée. Une base industrielle devrait également y être développée à condition que le projet de Greg Wyler gagne la compétition de la constellation européenne. Enfin, E-Space n'exclut pas du tout de racheter des pépites européennes pour accélérer son développement et sa croissance. Greg Wyler n'a vraiment pas fini d'étonner le monde du spatial, encore bien secoué par le NewSpace...

Michel Cabirol

4 mn

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Commentaires 6
à écrit le 06/11/2021 à 10:25
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Est ce raisonnable ?

à écrit le 05/11/2021 à 20:38
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Cela sent la fuite d'argent dans un projet utopique et incontrôlable . Tout le monde etait d'accord à l'époque, sur le fait que le projet de musk était exotique pour ne pas dire idiot . Maintenant ,on ne sait pas ce qui c'est passé ,mais tout le mond...

à écrit le 05/11/2021 à 18:03
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C'est rigolo comme un voile pudique est jeté sur OneWeb dont il fut l'instigateur et dont il s'est apparemment retiré avec quelque profit. Il ne semble pas que quelque projet que ce soit ait jamais abouti, mais il parait doué pour en retirer des prof...

à écrit le 05/11/2021 à 15:31
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Il va peut-être regretter que son entreprise soit implantée en France lorsqu'il s'apercevra que son projet pourrait ne pas respecter les contraintes définies par la législation française (Loi sur les Opérations Spatiales) en matière de désorbitation ...

à écrit le 05/11/2021 à 15:31
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"Un projet qui pourrait apparaître invraisemblable tant il est disruptif sur le plan technologique et économique" et sur le plan écologique c'est rien peut être ?? Mais vous vivez dans quel siècle ?

à écrit le 05/11/2021 à 11:57
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Vous auriez du titrer: Spatial, la surenchère vers n'importe quoi.

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