Constellation O3b : comment Boeing a évincé Thales en tant que partenaire stratégique de SES

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Après 2020, la constellation O3b pourra connecter les avions de transport de troupes américaines aux quatre coins du monde... ou presque.
Après 2020, la constellation O3b pourra connecter les avions de transport de troupes américaines aux quatre coins du monde... ou presque. (Crédits : Thales Alenia Space)
Perdu pour perdu, Boeing a proposé une offre technologique sans précédent à SES. L'opérateur luxembourgeois a pour ambition de compléter sa constellation O3b.

Dans la compétition pour fournir la future constellation O3b à l'opérateur luxembourgeois SES, Boeing est revenu de nulle part. Car le constructeur américain avait été semble-t-il éliminé par SES à la fin de l'hiver dernier en mars, laissant s'expliquer en tête à tête Orbital et son partenaire dans la constellation Iridium Thales Alenia Space (TAS). Quelle ne fut pas la surprise des deux groupes officiellement en compétition de se voir coiffer sur le poteau par le revenant Boeing, chacun des deux constructeur pensant que l'autre avait gagné le contrat de la constellation O3b (sept satellites) après le coup de téléphone de SES leur annonçant leur échec. Pour TAS, les dés étaient semble-t-il pipés. Car SES avait très envie de diversifier ses sources d'approvisionnement pour sa constellation en trouvant un fournisseur américain de préférence.

Une offre qui ne pouvait pas être refusée

Mais c'était sans compter sur Boeing, qui, pour gagner, a promis dans le cadre d'une offre non sollicitée la lune à SES. L'opérateur pouvait difficilement refuser une telle offre même plus chère de 30% que celles de TAS et d'Orbital, précise-t-on à La Tribune. Car grâce à une technologie encore futuriste (N+2) à développer, le groupe américain a promis de construire pour SES le réseau satellitaire "le plus puissant, flexible et évolutif jamais créé", selon le communiqué de SES publié lundi dernier.

Ce réseau devra fournir un débit de plusieurs térabits en vue de connecter de manière exponentielle davantage de personnes, de communautés et d'entreprises. Ni TAS ni Orbital n'ont vu venir la fusée Boeing... Et c'est le constructeur américain qui est devenu le partenaire technologique d'O3b mPOWER en équipant les satellites O3B de la technologie de charge numérique la plus avancée.

"Grâce à cette nouvelle technologie et à ses moyens de conception, Boeing est en mesure de construire des satellites plus rapidement et plus efficacement, tout en assurant aux clients les performances élevées qu'ils attendent de nos satellites numériques", a expliqué le PDG de Boeing Satellite Systems International, Paul Rusnock.  "Cette charge utile numérique de conception nouvelle se caractérise par un niveau d'intégration technologique sans précédent, des capacités de test intégrées, ainsi qu'une modularité et une évolutivité adaptées à toutes les orbites".

Une offre en dehors des spécifications?

Selon des sources concordantes, Boeing a présenté une nouvelle offre, semble-t-il, au-delà des spécifications demandées par SES. Si Boeing est beaucoup plus cher (on évoque une offre autour de 750 millions de dollars), le constructeur américain n'a pas lésiné pour convaincre SES de lui faire confiance. Il va développer des satellites d'une puissance inégalée : 4.000 faisceaux par satellite, contre 200 à l'ancien génération de satellites développée par TAS, a expliqué le PDG de SES, Karim Michel Sabbagh lors de la conférence de presse sur le choix de l'opérateur luxembourgeois.

"La constellation disposera de 30.000 faisceaux entièrement configurables et orientables, capables d'être modifiés et basculés en temps réel pour répondre aux opportunités de croissance en constante évolution des clients, devenant ainsi le système de bande passante le plus efficace jamais construit, a estimé SES dans un communiqué. O3b mPOWER fournira une couverture inégalée sur une surface de pratiquement 400 millions de kilomètres carrés, soit les quatre cinquièmes de la Terre.

Pourquoi une telle puissance? Certainement pour connecter les avions de transport de troupes américaines aux quatre coins du monde... ou presque. "SES achète ainsi son entrée sur le marché des télécommunications gouvernementales américaines", explique-t-on à La Tribune. Si le Pentagone achète in fine des bandes passantes à SES, cela ne pourra que favoriser le "business model" de la constellation O3b. C'est peut-être aussi cela le secret de la réussite de Boeing... même si le patron de SES Karim Michel Sabbagh dément ce côté obscur de l'opération. Au final, SES est gagnant à tous les coups. Car si Boeing est en retard dans la livraison des satellites en raison des risques liés au développement de la technologie, il paiera des pénalités à SES, qui réduira la facture...

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a écrit le 18/09/2017 à 21:38 :
La décision des Télécom européens par satellite dont le siège est au Luxembourg est exemplaire car elle prend le risque mesuré de l'innovation avec un saut technologique important. Hélas, l'industrie européenne engluée dans son principe de précaution imposé par les pouvoirs publics et dans ses rivalités nationales ne peut proposer un tel programme. SES SA, société cotée à Luxembourg et à Paris ne semble pas préoccupée de trouver les capitaux nécessaires, signe éminent de prospérité.
a écrit le 18/09/2017 à 15:16 :
Les offres proposées par nos européens sont simplement dépassées, obsolètes.
Il serait temps de se remettre en question...
a écrit le 18/09/2017 à 12:46 :
Et l'Union Européenne dans tout ça ? Quelle collaboration pour quelle stratégie ?
Au delà des considérations techniques spatiales et de la capacité de diffusion de chaines de télévision, je m'interroge sur la finalité ?
Et comme : qui dit Luxembourg dit finance, etc… (c’est une piste de réflexion) cette future constellation permettra certainement une circulation plus rapide des capitaux.
Remplacer Londres en tant que plateforme financière ?

Après les « panama papers » les « orbital papers » ?
On imagine bien l'avantage pour le Luxembourg et pour les clients de cette place quasi "off shore Européenne» (voir note d’information OXFAM), où les fonds d’investissement cumulent plus de 3700 milliards euros d’actifs. Pas en billets (même si le Luxembourg émet deux fois son PIB en billets et que l’émission massive de billets de 500 €, incitait Europol à s’interroger sur d’éventuels liens avec le terrorisme et le banditisme), mais en .
D’après la Tribune de Genève, 307 milliards d’avoirs Américains auraient récemment migré au Luxembourg au moment même où le président Trump semble vouloir remettre en question la législation FATCA (http://www.newsmax.com/Finance/Kleinfeld/Republicans-FATCA-GOP-Trump/2017/06/04/id/794044/). La chine y aurait aussi conforté les liens.
Mais ne faisons pas d’amalgame ou de procès d’intention, cela pourrait également être une façon pour le Luxembourg d’appliquer plus rapidement l’AEO - l'échange automatique d'informations et de répondre aux demandes du FSB (http://www.fsb.org/2017/05/fsb-publishes-global-shadow-banking-monitoring-report-2016/)
Certes il n’est nullement question de freiner le progrès et il parait logique d’optimiser les flux d’informations, à conditions qu’ils ne passent pas au dessus des Etats et des institutions.
D’ailleurs à force de vouloir à tout prix faire circuler les capitaux, les grands groupes risquent aussi de se retrouver virtualités, dans le cloud et en orbite satellitaire. Telles les banques victimes de la crise des subprimes. C’est un peu le jeu des chaises musicales : car une fois que les flux auront fini de tourner dans la nébuleuse, il n’est pas sur que leur valeur puisse être matérialisée sur terre.
Que les flux financier puissent s’abstraire de leur forme matérielle, pourquoi pas ? Par contre si c’est pour mieux s’exonérer des taxes et impôts cela ne devrait pas favoriser la résolution de problèmes purement matériels auxquels sont confrontés les Etats : tels que l’alimentation, la santé, le logement, l’environnement, etc …

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