La production d'Airbus sur les terres de Boeing va monter en flèche

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(Crédits : Reuters)
Airbus a lancé mercredi 16 janvier la construction d'une ligne d'assemblage final d'A220 à Mobile, aux États-Unis, sa deuxième sur ce site après celle de l'A320. Sur la base des prévisions actuelles de production, les sites de Mobile et de Mirabel au Canada livreront près de 250 appareils à l'horizon 2025.

De quoi agacer Boeing. Les enquêtes de Washington sur des soupçons de corruption concernant Airbus ne freinent pas le développement de l'avionneur européen aux États-Unis. Bien au contraire. Décidée en 2012, mise en place en 2016 avec les premières livraisons d'A320 sur son site de Mobile en Alabama, la production d'avions commerciaux en Amérique du Nord s'apprête à monter fortement en puissance.

Investissement de 300 millions de dollars supplémentaires à Mobile

Airbus a, en effet, décidé d'accompagner la prise de contrôle du programme C-Series du Canadien Bombardier (rebaptisé A220 depuis) par la création d'une ligne d'assemblage final à Mobile, sa deuxième donc dans l'Alabama après celle de l'A320.

Tom Enders, le président exécutif du groupe Airbus et Guillaume Faury, le président de la branche des avions commerciaux d'Airbus qui lui succédera en mai, ont donné ce jeudi 17 janvier le premier le premier coup de pioche de ce nouveau bâtiment qui va nécessiter un investissement de 300 millions de dollars et l'embauche de 400 personnes supplémentaires. Au total, Mobile comptera 1.100 employés.

Première livraison d'A220 à Mobile mi-2020

La production de l'A220, un appareil d'une capacité de 100 à 150 sièges, débutera au troisième trimestre 2019. Une fois le premier A220 sorti d'usine mi-2020, commencera un "ramp-up" (montée en cadence) progressif visant à porter la production à "4 appareils par mois"au milieu de la prochaine décennie". Soit le rythme atteint aujourd'hui à Mobile par l'A320, un appareil moyen-courrier d'une capacité de 150 à 200 sièges, la gamme au-dessus de celle de l'A220. Avec cette cadence, l'usine américaine a livré l'an dernier 50 A320, un nombre supérieur aux objectifs, selon Jeff Knittel, le PDG d'Airbus Americas, qui n'a pas précisé néanmoins la prévision initiale.

Selon ce dernier, les cadences d'A320 vont encore grimper en 2019 pour atteindre cinq appareils par mois à la fin de l'année, à un moment où Airbus aura déjà franchi quelques mois plus tôt la cadence mensuelle de 60 appareils sur l'ensemble de ses quatre sites d'assemblage final d'A320 (les autres sont Toulouse, Hambourg et Tianjin en Chine).

Ce n'est probablement pas fini. Le site de Mobile sera évidemment concerné par toute nouvelle hausse des cadences comme l'envisage Airbus. La direction a maintes fois expliqué sa volonté d'atteindre une cadence mensuelle de 70 A320 au cours de la prochaine décennie si les fournisseurs étaient en mesure de suivre le rythme. L'objectif est réduire l'ampleur du carnet de commandes (près de 7 ans) qui peut dissuader les compagnies aériennes de passer commande. Le site américain peut aller "jusqu'à 8 A320 par mois", déclaraient les responsables du site fin 2015.

En attendant, sur la base des prévisions actuelles, la production globale de Mobile (A320 et A220 compris) s'élèvera déjà à près de 110 appareils à l'horizon 2025 (108 précisément).

Près de 170 A220 livrés à l'horizon mi-2025

Surtout, à cette production américaine, s'ajoutera celle des A220 assemblés au Canada sur le site historique de Bombardier à Mirabel, près de Montréal. Là, Airbus table sur une cadence de 10 appareils par mois à l'horizon 2025, soit 120 A220 par an. En ajoutant les 110 prévus à Mobile (toujours sur la base des prévisions actuelles d'A320), Airbus compte donc livrer près de 230 appareils en Amérique du Nord d'ici à 2025.

Un tel niveau pose évidemment la question de la capacité des fournisseurs à suivre le rythme. Et notamment le motoriste Pratt & Whitney, déjà engagé sur le programme A320NEO, Embraer E2, mais aussi sur celui de l'avion régional japonais de Mitsubishi.

Un marché de plus de 5.000 appareils de 100 à 200 sièges aux États-Unis

Ces perspectives de production traduisent non seulement l'ampleur du marché des avions courts et moyens courriers aux États-Unis - estimé par Airbus à près de 5.000 appareils au cours des 20 prochaines années -, mais aussi le potentiel de prises de commandes pour l'avionneur européen outre-Atlantique. En plus du marché du renouvellement des énormes flottes d'avions de plus de 150 sièges des compagnies américaines, l'Amérique du Nord est considérée par Airbus comme le marché le plus prometteur pour l'A220. En 2018 par exemple, 135 prises de commandes d'A220 émanaient toutes de compagnies américaines.

En produisant américain, la direction estime disposer d'un atout de poids pour pousser les compagnies américaines à acheter davantage d'Airbus. Jusqu'ici cet argument était à relativiser. Mais avec Donald Trump au pouvoir, il a désormais son importance. En tout cas, le renforcement de « l'américanité » d'Airbus ne peut que lui servir dans les campagnes commerciales aux États-Unis. Il lui sera par ailleurs indispensable pour les appels d'offres des gros contrats militaires, pour lesquels le patriotisme économique joue un rôle crucial.

Même si Guillaume Faury n'a pas voulu tirer des plans sur la comète, Airbus ne pourrait pas faire l'impasse d'une ligne d'assemblage final d'avions ravitailleurs, si d'aventure il parvenait à placer un jour son A330 MRTT à l'armée de l'air américaine. En décembre dernier, l'avionneur européen s'est allié avec Lockheed Martin pour tenter de casser la suprématie de Boeing sur ce marché, à l'heure où le KC 46 de son rival américain affiche des retards.

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LIRE AUSSI : Pourquoi les compagnies américaines ont-elles plus de Boeing que d'Airbus?

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a écrit le 18/01/2019 à 11:43 :
La compétition entre les deux geants de l'aéronautique se poursuit depuis 40 ans. J'ai connu la fin d Aérospatiale et l'avènement d EADS en 2003. Très belle expérience professionnelle mais la competitio avec Boeing est rude et le match pour être le premier producteur mondial de long courrier est toujours aussi intense. L'A380 n'a pas été une vraie reussite pour Airbus mais Airbus sera plus prompt àvendre de A320, A321 neo ou encore A350. Boeing produit plus en nombe d'unité d'avions mais Airbus fait plus que resister et est un formidable concurrent. Le XXieme siècle sera l'avènement de l'aeronautique long courrier avec des propulseurs propres ( moteur Leap de SAFRAN) et un avion entièrement electrique. D'autres producteurs comme la Comac en Chine ou en Russie tente de troubler le jeu entre Airbus et Boeing. Le marché est gigantesque : vive l'aeronautique du XXieme siècle et vive Airbus !!!!
Réponse de le 18/01/2019 à 13:21 :
Bonjour,

Je pense que le résultat pour l'A380 est un peu plus complexe. Il ne se vend pas beaucoup, et au niveau commercial, ce n'est pas une réussite, sans être un échec total non plus.

Par contre il a mis un terme au B747, qui était à la fois une vache à lait pour Boeing, et un symbole de supériorité. En terme d'image, le B747 faisait partie du "soft power" : quand un film voulait montrer que le personnage faisait un voyage important à l'étranger, le réalisateur montrait un B747 à l'atterrissage.

D'un point de vue image, je pense que l'A380 a définitivement mis Airbus au même niveau que Boeing.

Après, Boeing n'est pas resté sans réagir : un nouveau modèle de long courrier est apparu. et on peut aussi dire que l'A380 a fait progresser Boeing sur ce segment.

Comme vous le dites "la compétition avec Boeing est rude et le match pour être le premier producteur mondial de long courrier est toujours aussi intense". Vous connaissez visiblement le sujet mieux que moi (je n'ai jamais , hélas, travaillé dans ce domaine). Mais je voulais compléter ce point.
a écrit le 18/01/2019 à 8:53 :
Tiens je croyais que la politique de Trump était stupide...
a écrit le 18/01/2019 à 8:12 :
Airbus a ouvert des usines aux USA pour contourner d'éventuelles menaces protectionnistes (un peu pareil en Chine mais avec en plus l'obligation de transférer des technologies).
Rien de similaire en Europe. Avons nous contraint Boeing à assembler des avions dans l'UE ?
Évidemment non. Nous sommes toujours les naïfs du village global.
Réponse de le 18/01/2019 à 13:30 :
Le problème de l'Europe, c'est que ce n'est pas un bloc homogène. 5 pays ont des intérêts dans Airbus, mais pas les autres. De plus, si chaque état de l'UE impose à Boeing de construire une usine d'assemblage, ça n'en fait pas 1, mais 28.

Après on peut dire comme au Etats-Unis : 1 ou 2 chaines pour toute l'Europe (le même nombre de chaine qu'Airbus aux Etats-Unis) mais dans quel pays ?

Le problème de l'Europe n'est pas sa naïveté, mais le fait qu'elle n'est pas un ensemble uni. Pour avoir les mêmes moyens de pression, il faudrait qu'il n'y ai qu'un seul gouvernement européen avec les pleins pouvoir (y compris d'embargo économique) et non plus une myriade de gouvernements nationaux : vous connaissez beaucoup de gens favorables à la disparition des gouvernements nationaux ?
a écrit le 17/01/2019 à 23:25 :
Les Américains ont forcé la main à Airbus pour l'obliger à produire aux USA. Idem pour les Chinois. Remarquez qu'aucun Airbus n'est assemblé en Europe.... une illustration de plus de notre faiblesse
a écrit le 17/01/2019 à 22:20 :
C est pas un débat c est une opération de communication
a écrit le 17/01/2019 à 17:16 :
Ma foi une excellente nouvelle pour l'économie américaine, une de plus !
a écrit le 17/01/2019 à 12:57 :
ce sont des usines de production comme airbus en a chine ou en europe, mais ce qui est important ce qu'est les centre études & developpement reste à toulouse. Boeing fait la même chose en europe et en chine
a écrit le 17/01/2019 à 11:20 :
Si l'objectif est de créer des emplois en FRANCE , je souhaite souligner les points suivants:
-la part globale de l'A220 issue des usines françaises est minime ( inférieur à 1% à mon avis ) : essentiellement des équipements type système de conditionnement d'air LIEBHERR TOULOUSE
-L'A220 dans ses versions futures" agrandies" va concurrencer l'A320
-la chaine d'A320 la moins moderne-car la plus ancienne- située à TOULOUSE sera menacée
ET nos politiciens naïfs applaudissent des deux mains aux investissements d'AIRBUS
Réponse de le 17/01/2019 à 11:57 :
Je suis d'accord ! il ne fallait surtout pas créer ces entreprises aux USA mais en France, pour les emplois chez nous mais aussi pour assurer notre indépendance économique et donc politique ! Les dirigeants actuels doivent être remplacés, ils font le jeu des USA. Maintenant Airbus est prisonnier des lois US ! Inadmissible ! Le marché de demain c'est la Chine ... d'aujourd'hui l'Iran mais Airbus ne peut plus vendre à l'Iran à cause des lois US, et de ces dirigeants d'Etat ou de grandes entreprises qui cassent la France et toute idée d'Europe indépendante.
Il faut reprendre les choses en main pour le retour à un développement économique avec des emplois nombreux (surtout dans l'aviation) ainsi qu'un meilleur niveau de vie pour les gens. Imposons la relocalisation de toutes les entreprises à capitaux français ! Urgent ! L'ISF est une question négligeable à côté ...
Réponse de le 17/01/2019 à 12:37 :
Un point important semble échapper : l'A220 est en fait l'avion de constructeur Bombardier, qui est canadien et qui est rentré dans le périmètre Airbus.

Comme ce constructeur au départ est canadien, construire sa nouvelle usine en France n'aurait surement pas été accepté par les employés Nord Américain.

Sinon, il y avait une autre possibilité : laisser Boeing s'emparer de Bombardier, et l'utiliser pour concurrencer Airbus. Je ne suis pas sûr que ça aurait créé des emplois en France.
Réponse de le 17/01/2019 à 17:50 :
l'A220 concurrence l'A319, pas l'A320.
Or l'A319 est produit à... Tianjin, Mobile et Hambourg.
Toulouse ne produit que l'A320
Vrai que les 2 FAL de Toulouse ont besoin d'une modernisation (il a été question de les fermer dans le passé).La 4ème créée à Hambourg ces dernières années est largement robotisée et emploie moins de "compagnons" que les anciennes (productivité accrue)
Une modernisation de celle(s) de Toulouse ne serait pas bénéfique pour l'emploi mais permettrait de ne pas les fermer
Réponse de le 17/01/2019 à 18:12 :
Au cas où, vous ne le sauriez pas l'A220, est sorti des bureaux d'études de BOMBARDIER et pas un produit AIRBUS. AIRBUS n'a pris que le contrôle a 50% sur cet avion.
Réponse de le 17/01/2019 à 19:46 :
@labete votre commentaire montre combien dans notre pays le manque de connaissance des affaires dans le monde est un désastre. J'ai parcouru une partie du monde pendant 25 ans j'ai connu l'époque où il n'était pas question pour un industriel de positionner une usine hors de France ou d'Allemagne et même des US. Certaines entreprises pour des questions particulières type couts de transport ont elles positionné leur production pour certaines dès le début du xx siècle à l'étranger. Aujourd'hui tout cela devient impossible car ceux qui paient veulent un retour financier, parfois technologique ou POLITIQUEMENT pour l'emploi local, nous avons même pour des localisations très très politiques . La France aussi essaie de faire pression souvent mal mais là est l'incompétence de nos politiques. Si demain Airbus refuse de fabriquer sur le sol US plus de contrat et par ricochet moins aussi de boulot pour certains métiers à Toulouse. J'encourage ce qui le peuvent de voir le monde de voir comment les affaires se traitent avec de vrais combats titans pour conserver sa place de fournisseurs, malgré beaucoup d'obligations sans compter parfois les couts bas des politiciens des pays concernés, voir l'affaire actuelle de Naval Group en Roumanie ou les hélicos en Pologne, sans oublier sous le bon!!!!!!M. Obama les ravitailleurs aux US, et les coups tordus de certains de nos voisins.

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