Lutte anti-drones : Thales et CS Group premiers du hit Parade

CS Group et Thales ont remporté l'appel d'offres PARADE lancé par la direction générale de l'armement (DGA). Un programme de 350 millions d'euros.
Michel Cabirol

6 mn

Le nombre de drones sur le territoire national est passé de 400.000 en 2017 à 2,5 millions aujourd'hui. La menace est omniprésente.
Le nombre de drones sur le territoire national est passé de 400.000 en 2017 à 2,5 millions aujourd'hui. La menace est omniprésente. (Crédits : DR)

Article réactualisé le 29/04/2022 à 11h05 la suite du communiqué du ministère des Armées

A environ 18 mois de la Coupe du monde de rugby, qui débutera en septembre 2023), la direction générale de l'armement (DGA) a sélectionné à l'issue d'un appel d'offres européen lancé en 2021 le consortium mené par Thales et CS Group pour réaliser et déployer une nouvelle capacité de lutte anti-drones dans le cadre du programme PARADE (Protection déployAble modulaiRe Anti-DronEs). Ce consortium intègre aussi plusieurs PME tricolores telles que CerbAir, Exavision et MC2 Technologies, qui a mis au point les fusils brouilleurs Nerod, mais aussi la société néerlandaise Robin. Chaque système est composé de radars, d'optronique d'identification et d'effecteurs organisés autour d'un cœur de commande et contrôle.

"Le partenariat entre CS Group et Thales permet d'avoir une vision d'ensemble de la sécurité aérienne, du haut en bas du spectre, pour garantir à tout moment la vision de la menace et la meilleure façon d'y répondre", explique la directrice générale adjointe de CS Group, Marie de Saint Salvy, citée dans le communiqué commun des deux groupes publié jeudi.

Selon le ministère des Armées, Thales apportera au projet son expérience de systémier, son savoir-faire en défense aérienne, en cybersécurité et dans le domaine des architectures digitales. De son côté, CS Group fera bénéficier le projet de son expertise dans le domaine très exigeant de la lutte anti-drones, a estimé le ministère : "L'entreprise a assuré ces dernières années la réalisation de systèmes dont certains sont opérationnels depuis 2016".   

Jusqu'à 350 millions d'euros

Le montant estimé du contrat, notifié mardi par la DGA, s'élèvera jusqu'à 350 millions d'euros sur une durée de 11 ans, dont 33 millions d'euros de façon ferme. L'actualisation de la LPM (loi de programmation militaire) prévoit un financement de 70 millions d'euros sur la période 2022-2025. La première commande porte sur l'acquisition de six systèmes PARADE, qui fonctionneront par tous les temps, de jour comme de nuit. Ce marché inclut également le maintien en condition opérationnelle de ces systèmes pendant dix années. Les six premiers systèmes seront livrés à la DGA début 2023 moins d'un an après le lancement du programme. Mais la Coupe du Monde de rugby arrive vite, très vite...

"La Lutte anti-drones est un segment fondamental de l'évolution des armées françaises. Nous montons en puissance dans ce domaine crucial. En 2021, nous testions pour la première fois la destruction d'un drone avec un laser de puissance. Nous achetons aujourd'hui du matériel de pointe pour contrer des drones ennemis, afin notamment de renforcer la protection des sites militaires sensibles et des Opérateurs d'importance vitale (OIV), conformément à la Loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025", a expliqué la ministre des Armées, Florence Parly dans un communiqué du ministère des Armées, publié vendredi.

Neutralisation par brouillage

Le système modulaire et multi-missions PARADE vise à détecter, classifier et neutraliser de manière sécurisée (brouillage) des micro-drones (entre 100 g et 2 kg) et mini-drones (entre 2 et 25 kg). Il pourra être utilisé dans le cadre d'un déploiement temporaire, pour la protection d'un site fixe ou projeté en opérations extérieures. Ces systèmes vont compléter les moyens de lutte anti-drones déjà en service dans les armées françaises. Ils assureront une protection permanente et à 360° des sites militaires sur lesquels ils seront déployés, en France et sur des théâtres d'opérations extérieures. En outre, ce système viendra renforcer la sécurité du public et des infrastructures de deux événements sportifs, qui se tiennent en France : la Coupe du Monde de Rugby 2023 et les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024. Car la menace est aujourd'hui omniprésente.

"Le partenariat entre Thales et CS Group, intégrateur de systèmes critiques de la lutte anti-drones en France, s'inscrit pleinement dans la logique des missions de dispositif particulier de sûreté aérienne (DPSA) qui visent à renforcer la protection d'événements sensibles", soulignent les deux entreprises dans un communiqué commun publié jeudi.

Le marché PARADE permettra également de faire face à l'évolution rapide de la menace drone dans une logique incrémentale d'intégration d'innovations et d'adaptation à des contraintes nouvelles, précise le ministère. PARADE s'inscrit dans le cadre du programme Lutte anti-drones (LAD), conduit par la DGA, et lancé en comité ministériel d'investissement le 23 février 2021, afin de prendre la suite des travaux menés depuis 2015.

Une menace croissante

Au cours des 20 prochaines années, "des millions de nouveaux drones vont circuler dans l'espace aérien", générant des défis importants en matière de sécurité, estiment les deux groupes. D'ailleurs, un rapport sénatorial publié en juillet 2021 estimait que que cette menace était "encore insuffisamment prise en compte". Ces drones, qu'ils soient du commerce, modifiés ou non, peuvent représenter une menace, que ce soit de manière intentionnelle (espionnage, sabotage, terrorisme) ou sans intention de nuire (chute notamment). La lutte anti-drones reste un véritable enjeu technologique. D'autant que cette menace ne peut pas toujours être prise en compte par la défense aérienne classique. Pourquoi ? Elle est trop petite, trop lente, trop basse et avec une signature radar trop faible.

"C'est au milieu des années 2010, que nous avons vu apparaître sur un théâtre d'opération extérieure les premiers drones civils détournés vers un usage militaire : en l'occurrence, Daech utilisait de petits drones achetés sur internet, qui pouvaient être utilisés, soit à des fins d'observation, soit équipés de charges explosives. C'est un mode opératoire que nous avons retrouvé plusieurs années plus tard au Sahel, avec de petits drones espions qui survolaient nos bases militaires, avait expliqué Florence Parly, en juillet 2021.

La menace est également en France. Ainsi, le nombre de drones sur le territoire national est "passé de 400.000 en 2017 à 2,5 millions aujourd'hui. Parmi ceux-ci, on compte plus de 40.000 drones de plus de 800 grammes", avait recensé le rapport sénatorial. Selon l'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA), quelques 2.000 incidents liés aux drones se sont produits en 2019 dans le ciel européen. Le système PARADE sera-t-il à la hauteur de son acronyme ?

Michel Cabirol

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Commentaire 1
à écrit le 29/04/2022 à 17:48
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6 systèmes pour toute la France, cela semble bien peu. On n'a pas d'information sur la portée des systèmes.

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