Lutte anti-mines (SLAMF) : quelques mines encore à désamorcer entre Thales et ECA Group

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Drones sous-marins : ECA Group a remis des propositions différentes de celle de Thales à la France et à la Grande-Bretagne
Drones sous-marins : ECA Group a remis des propositions différentes de celle de Thales à la France et à la Grande-Bretagne (Crédits : ministère de la Défense belge)
Attention terrain miné... Les relations compliquées entre Thales et ECA Group ont quelque peu perturbé le programme franco-britannique de lutte anti-mines (SLAMF), qui a été lancé... sans des drones sous-marins performants, objets d'une partie de bras de fer entre les deux groupes.

Pour Thales, l'essentiel est acquis avec la signature du contrat d'acquisition de huit systèmes autonomes de déminage (quatre pour la France, quatre pour le Royaume-Uni), un programme porté par le groupe d'électronique des deux côtés de la Manche. Pour autant, les relations entre Thales et un de ses principaux fournisseurs du contrat SLAMF, ECA Group, sont tendues. Pourquoi ? Les propositions que font les deux groupes aux clients (Marine nationale et Royal Navy) sont pour le moment divergentes. Au point que le député LR Charles de la Verpillière, co-auteur d'un rapport sur le bilan des accords de Lancaster House, a regretté que "la question du drone sous-marin (fourni par ECA Group, ndlr) reste ouverte".

Si les relations entre Naval Group et Thales se sont apaisées avec le changement de gouvernance à la tête du groupe naval, celles entre le groupe électronique et ECA Group restent encore compliquées. Notamment en raison des suites du contrat obtenu par Naval Group et ECA en Belgique et aux Pays-Bas aux dépens de Thales à l'issue d'une bataille féroce comme seuls les groupes français savent faire. Ce contrat a ouvert des nouveaux horizons pour cette belle ETI (112,5 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2019) spécialisée dans la conception, la fabrication et la maintenance d'équipements et de systèmes robotisés opérant en milieu hostile, dont en milieu naval. Et ECA marche désormais sur les plates-bandes de Thales dans les sonars. Ce qui ne plait vraiment pas à ce dernier. Mais, surtout, son drone sous-marin "censé détecter les mines à plus grande profondeur, n'a pas convaincu", a expliqué Charles de la Verpillière dans son rapport. Notamment la Marine nationale.

Les coulisses de la discorde

"Pourquoi ces groupes n'arrivent-ils pas à travailler ensemble ? Vu de Thales, il n'y a pas d'obstacles industriels à une coopération entre Thales, ECA, Naval Group ainsi que l'ensemble des entreprises qui concourent et sont actives dans le domaine de la lutte anti-mine", explique à La Tribune Alexis Morel, vice-président chez Thales et directeur général des activités systèmes sous-marins. Mais il y a ce point dur entre les deux groupes : sur le programme franco-britannique SLAMF (Système de lutte anti-mines du futur) ou MMCM (Maritime Mine CounterMeasures), ECA a proposé aux deux marines un nouveau drone sous-marin (A18M) équipé d'un sonar que la société a elle-même développé à partir d'un sonar américain. Ce qui est en gros la proposition d'ECA, qui a gagné en Belgique et aux Pays-Bas.

Sur le programme SLAMF, il était pourtant prévu que Thales fournisse aux deux clients un drone sous-marin A27 équipé du sonar Samdis, un équipement incontournable pour les marins, affirme-t-on au sein de la Marine nationale. "Dans la phase de conception, il y a bien un drone ECA avec un sonar Thales", rappelle Alexis Morel. Mais ECA assure que son drone sous-marin A27 a des obsolescences coûteuses à traiter et souhaite le remplacer par un système complet (drones sous-marin A18M + sonar maison). Refus de la Marine, qui tient beaucoup au sonar Samdis. En outre, la marine nationale considère que le drone A18 ne remplit pas les conditions d'endurance. Ambiance... Car Thales et ECA n'ont pas encore trouvé d'accord industriel aujourd'hui pour remettre une proposition performante et fiable à la France et à la Grande-Bretagne, pour qu'ils disent banco. Thales est toujours prêt à travailler avec ECA et ne souhaite pas envenimer les relations en proposant une solution concurrente à celle de son partenaire, assure-t-il.

"Pour arriver à une proposition intéressante pour la DGA et peut-être pour les Britanniques, nous avons besoin de six à douze mois de travail entre Thales et ECA pour installer le sonar Samdis sur l'A18 et arriver à une proposition dans le courant de l'année prochaine", assure Alexis Morel qui se veut conciliant.

Résultat, le programme a démarré sans les drones sous-marins. La phase de réalisation du système franco-britannique de lutte anti-mines MMCM a été lancée avec un cœur de système composé d'un drone de surface (USV) de L3 Harris et de son sonar remorqué et accompagné des robots démineurs (SAAB), des postes de commandement et, enfin, de toute la couche communications et de numérisation qui équipe l'ensemble du système. Pour ce qui est des drones sous-marins, la marine nationale va dans un premier temps continuer son expérimentation des drones A27 et A18M équipés du sonar de Thales. Car à ce jour, leur niveau de maturité n'a pas été jugé suffisant par la Marine nationale. Puis dans un second temps, la marine attend une nouvelle proposition conjointe de Thales et ECA Group.

Le jeu de Thales en Belgique

Enfin, dernier point de friction entre les deux groupes, Thales continue de son côté de vouloir rentrer sur le marché gagné par Naval Group et ECA en Belgique et aux Pays-Bas. "Thales ne cherche pas du tout à remplacer ECA, qui a gagné en Belgique avec Naval Group et on a pris acte de cette victoire", assure Alexis Morel. Mais le groupe d'électronique essaie de convaincre les autorités belges de devenir sous-traitant d'ECA en tant que fabricant de sonars. "Pourquoi vous ne voulez pas dire à ECA de prendre Thales en tant que sous-traitant de façon à ce que les quatre pays (Belgique, Pays-Bas, Grande-Bretagne et France, ndlr) bénéficient d'une homogénéité de senseurs et de bases de données pour mieux partager entre eux", précise Alexis Morel. Ce qui irrite bien sûr ECA, qui a pour objectif de monter en puissance dans l'activité sonar. La lutte anti-mines n'est pas toujours là où on la croit...

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