Détenu majoritairement par le Français Bernard Serin, John Cockerill veut racheter Arquus, fabricant français de blindés. L'administrateur délégué du groupe belge, François Michel, explique dans une interview accordée à La Tribune les raisons de cette opération en dépit des difficultés à l'export du constructeur français.Qu'est-ce qui a motivé John Cockerill de vouloir acquérir Arquus ?
Comme les besoins stratégiques des États ont tendance à se développer dans beaucoup de domaines sur lesquels John Cockerill est bien positionné (énergie, métallurgie, défense), l'acquisition d'Arquus est un dossier pour notre branche défense absolument structurant. On vise un « closing » au troisième trimestre. Cette opération s'intègre dans un développement plus global de notre groupe. Nous avons d'ailleurs réalisé une opération équivalente dans les énergies vertes en lançant l'année dernière une entreprise commune avec Technip Energies pour créer un champion de l'hydrogène vert.
Pour autant, aujourd'hui beaucoup de pays émergents développent des blindés de toute sorte, notamment low-cost, avec des avantages économiques supérieurs à ce que peut proposer la France. Est-ce vraiment une bonne opération pour John Cockerill de s'offrir Arquus d'autant qu'il est très en souffrance à l'exportation ?
Cette réflexion a fait l'objet de discussions en interne où nous avons partagé ce type d'interrogations. Le marché est effectivement très encombré. Mais il faut voir que Volvo a depuis 2017 réalisé un travail considérable sur Arquus pour améliorer ces usines et les mettre au niveau de l'automobile. Aujourd'hui, Arquus possède des usines et un savoir-faire industriel de tout premier ordre en termes de qualité et nettement supérieur à ce qu'on avait pu voir en 2017 (lors de la première vente d'Arquus, ndlr). Volvo a mis Arquus au meilleur niveau. En revanche, Volvo n'a pas permis à Arquus de se développer à l'export.
Pourquoi ?
Il y a des causes internes au groupe et des causes externes. Sur les causes externes, il y a effectivement de plus en plus de « véhiculiers » dans des pays émergents. Nous coopérons par exemple en Inde avec Larsen & Toubro pour développer un char léger. Et honnêtement aujourd'hui nous n'avons pas besoin de la technologie d'Arquus pour concevoir des chars avec notre partenaire indien. Deuxièmement, Arquus a perdu un certain nombre de marchés cœur, notamment en Afrique francophone, qui était des zones historiques de ventes de blindés d'Arquus. Toutefois, il existe un bon nombre de pays émergents dans le monde qui continuent aujourd'hui d'utiliser de l'armement russe mais qui vont aujourd'hui avoir besoin de se doter de nouveaux blindés et de chars légers de bon niveau. Arquus sait faire. Ensemble - John Cockerill et Arquus - nous apportons un package technologique plus global (tourelle et plateforme) alors qu'il est beaucoup plus difficile de vendre le véhicule seul. Dans les pays émergents, nous axons en outre beaucoup notre stratégie dans le codéveloppement avec un certain niveau d'intégration local comme l'assemblage. Ce ne sont pas les usines françaises qui vont assembler pour livrer en Indonésie, en Argentine ou dans d'autres pays. Ces pays vont faire l'assemblage eux-même.