Photonis : l'Etat spectateur ou acteur ?

Deux fonds - PAI Partners et HLD - se battent pour l'acquisition de Photonis, selon Challenges. Après l'annonce du rachat de Flir Par Teledyne, l’État ne doit pas rater le train de la consolidation de la filière optronique en France et en Europe alors qu'il a été jusqu'ici un acteur déterminant dans le dossier Photonis. Thales et Safran dont la filiale Lynred se retrouve un peu seule face à une machine de guerre créée par Teledyne, doivent également opérer un mouvement stratégique.
Michel Cabirol

4 mn

C'est important que nous exprimons notre volonté à la fois de préserver notre souveraineté nationale et de construire une souveraineté européenne en termes de base industrielle de défense européenne lorsqu'il y a des cas pratique tel que Photonis (Florence Parly)
"C'est important que nous exprimons notre volonté à la fois de préserver notre souveraineté nationale et de construire une souveraineté européenne en termes de base industrielle de défense européenne lorsqu'il y a des cas pratique tel que Photonis" (Florence Parly) (Crédits : Photonis)

Et les fonds français, enfin débarrassés des entreprises américaines trop dispendieuses, sont revenus naturellement frappés à la porte d'Ardian pour le rachat de Photonis. Alors que l'État poussait Bpifrance à reprendre cette pépite de l'armement française, les fonds HLD, dirigé par l'ancien patron de Wendel Jean-Bernard Lafonta, et PAI Partners ont été plus prompts que la banque publique, selon les informations du magazine Challenges. Et en même temps, Bpifrance ne semblait pas vraiment non plus pressée d'y aller toute seule. "On va entrer dans le capital de Photonis", avait confirmé le 6 janvier le directeur général de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, sur BFM TV. A quelle hauteur ? "On est en train de discuter avec nos partenaires". L'affaire pourrait être conclue autour de 420 millions d'euros si effectivement Ardian souhaite toujours vendre cet actif qu'il détient depuis... 2011. Une éternité dans le monde du "private equity".

Une entreprise de souveraineté nationale

"Le ministère des Armées a estimé que pour des raisons de souveraineté et de sécurité nationale, il était préférable de bâtir une offre française pour Photonis. Approche évidemment que je partage totalement avec la ministre des Armées Florence Parly", avait expliqué le 12 janvier lors de la présentation de ses vœux à la presse le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire, interrogé par La Tribune. Après avoir mis son veto au rachat de Photonis par le groupe américain Teledyne, l'État attendait de son côté un signal de la part d'Ardian, que le fonds n'a jamais envoyé.

"Il nous est apparu qu'il fallait défendre Photonis et tout faire pour conserver cette entreprise sous souveraineté nationale. C'est donc ce que nous avons fait au mois de décembre et nous sommes actuellement en train de voir de quelle façon une solution française pourrait être structurée", avait de son côté expliqué Florence Parly le 12 janvier lors d'une audition à l'Assemblée nationale. Comme l'avait révélé La Tribune, le ministère des Armées avait alors en tête un schéma industriel précis en deux temps, qui pourrait prendre plusieurs mois. C'est la banque publique Bpifrance, qui achetait Photonis à Ardian, puis l'apportait à Lynred, une filiale commune entre Safran et Thales (50/50) dans le cadre d'une fusion. Cela ne semble plus le cas. Que va faire le fonds qui emportera la mise?

Safran et Thales doivent bouger

Le rachat de Flir Systems par Teledyne Technologies oblige Thales et Safran à opérer à leur tour un mouvement d'envergure dans l'optronique en Europe : face à la machine de guerre créée par Teledyne, Lynred (206 millions d'euros de chiffre d'affaires pour un résultat de 54,9 millions en 2019) doit être rapidement renforcé en vue de préserver ses positions. Par Photonis (140 millions) dans un premier temps. Car l'opération entre Flir et Teledyne montre toute la cohérence de réunir deux technologies comme l'infrarouge et  l'intensification de lumière. En outre, Photonis, comme l'a également précisé la ministre des Armées à l'Assemblée nationale, est "une entreprise qui est en très bonne santé économique et qui a beaucoup de projets de développement". Mais elle est également très endettée.

Dans un deuxième temps, Lynred pourrait être le pivot de la consolidation de plusieurs groupes, qui recherchent de nouveaux actionnaires à l'image de Bertin Technologies (100 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2019), de CILAS (47 millions en 2018), voire d'Exxelia (170 millions en 2019). En outre, Lynred pourrait se renforcer par croissance externe avec des activités de composants au sein de grands groupes, y compris au sein de grands systémiers comme Thales, Safran... Il atteindrait ainsi une taille critique et formerait un "petit Teledyne à la française".

Un schéma industriel qui donnerait tout son sens au concept d'État architecte, via la banque publique Bpifrance, si d'aventure il en a vraiment la volonté. C'est d'ailleurs ce que suggérait la ministre : "C'est important que nous exprimons notre volonté à la fois de préserver notre souveraineté nationale et de construire une souveraineté européenne en termes de base industrielle de défense européenne lorsqu'il y a des cas pratique tel que Photonis". A l'État de jouer. Seul ou avec des fonds partenaires.

Michel Cabirol

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Commentaires 5
à écrit le 28/01/2021 à 18:16
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Nous avons une aversion pour le risque et refusons d'investir en bourse c.à.d dans nos industries. Nous laissons donc de notre plein gré nos pépites et notre outil de production à la merci de fonds de pension et de fonds spéculatifs étrangers et en m...

à écrit le 28/01/2021 à 11:53
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Du bon sens: une association de fonds français, dt un dépendant de l'Etat pour verrouiller le capital social de cette pépite avec pourquoi pas un pacte d'actionnaires ou des garanties de l'Etat pour maintenir une souveraineté sur le LT, suite à reven...

à écrit le 28/01/2021 à 11:37
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Il y a quand même une vaste hypocrisie en France vis à vis de ces affaires de rachats de pme. On pousse des cris d'Onfray (sic) et dans le même temps, l'ex Thomson aujourd'hui Thales lors d'un mystérieux changement de nom dans les années 2000 passe p...

le 28/01/2021 à 20:50
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Vous avez raison en ce qui concerne le software, mais le monde entier, pas seulement la France dépend largement des briques technologiques américaines vu qu'ils ont façonné cette industrie. On verra bien ce que donnera le projet de cloud européen ...

le 29/01/2021 à 10:36
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Je crois que vous essayez plus ou moins consciemment d'instiguer l'idée que les US n'auraient que développer l'industrie du software ce qui est très loin de la réalité. Ils maitrisent les mathématiques applicatives les plus sophistiquées, ont invent...

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