Pourquoi Thales Alenia Space pourrait décrocher de l'orbite géostationnaire

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Thales Alenia Space reste encore un bijou technologique (satellite d'observation CSO, sélection pour la mission FLEX par l'Agence spatiale européenne...) mais le constructeur a-t-il suffisamment investi dans la R&D (Recherche et Développement) et la R&T (Recherche et Technologies) autant qu'il aurait dû pour garder le coup d'avance qu'il avait pu avoir dans le passé
Thales Alenia Space reste encore un bijou technologique (satellite d'observation CSO, sélection pour la mission FLEX par l'Agence spatiale européenne...) mais le constructeur a-t-il suffisamment investi dans la R&D (Recherche et Développement) et la R&T (Recherche et Technologies) autant qu'il aurait dû pour garder le coup d'avance qu'il avait pu avoir dans le passé (Crédits : DR)
Thales Alenia Space traverse une période très difficile mais a les moyens de s'en sortir à condition de se réinventer.

Comme l'a révélé La Tribune, Thales Alenia Space (TAS) a identifié début juin un sureffectif de plus de 450 temps pleins (ETP ou équivalent temps plein) qui devrait se traduire par un plan de départ massif à la rentrée. Pourquoi TAS en est-il arrivé à cette impasse ? Des facteurs aussi bien endogènes qu'exogènes sont à l'origine de cette situation très délicate que traverse le constructeur de satellites cannois et toulousain. Bien sûr, TAS reste encore un bijou technologique (satellite d'observation CSO, sélection pour la mission FLEX par l'Agence spatiale européenne...) mais le constructeur a-t-il suffisamment investi dans la R&D (Recherche et Développement) et la R&T (Recherche et Technologies) autant qu'il aurait dû pour garder le coup d'avance qu'il avait pu avoir dans le passé, ont confirmé plusieurs sources interrogées. C'est pourtant le propre d'une entreprise industrielle qui vise la pérennité dans la durée. D'autant que ses concurrents ont rattrapé leur retard sur TAS.

Pour la filiale spatiale de Thales, il fallait un électrochoc.. On y est. TAS doit se réinventer pour rebondir. Il en a encore les atouts et l'opportunité mais il y a urgence. Car le monde du spatial a changé. Complètement. Sans compter l'émergence du New Space, qui pousse à une uberisation de l'espace. A l'image des Etats-Unis, qui aident ses industriels qui lui garantissent en retour une totale souveraineté, l'Etat français doit assumer de protéger son industrie spatiale. Elle doit donc clairement définir une stratégie pour sa filière industrielle spatiale. Et non plus mégoter sur des financements (1 milliard d'euros) qui peuvent lui faire conserver son leadership européen dans l'ensemble du spectre (satellites, lanceurs). Il faudra qu'elle précise également le périmètre de souveraineté technologique qu'elle souhaite conserver.

Échec de la Space Alliance

Fondée en 2005, la Space Alliance, partenariat stratégique entre Leonardo et Thales, n'a jusqu'ici pas donné de résultats très probants. Bien au contraire. Le dernier exemple en date, l'échec du programme CO3D lancé par le CNES et la DGA (direction générale de l'armement) illustre parfaitement ce constat amer : Thales Alenia Space, plombé par  Telespazio, est aujourd'hui incapable de proposer des solutions complètes à des prix compétitifs (infrastructures et services). Sur CO3D, autant la proposition technique était compétitive, autant celle sur les services était catastrophique dans des proportions stratosphériques. TAS a subi l'échec de la Space Alliance sans pouvoir interférer, n'est vraiment pas dans la réalité du marché. Ce qui est gravissime car le marché a changé, les clients exigeant désormais beaucoup plus de services. Faut-il que Thales et Leonardo divorcent pour mieux rebondir chacun de son côté ?

Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Selon nos informations, Thales et Leonardo, qui ont compris qu'ils allaient droit dans le mur, ont finalement remis à plat leur alliance il y a deux ans environ. Cela s'est traduit par des investissements, qui n'ont pas encore porté leurs fruits. 2018 a été une année prolifique en termes d'investissements pour rattraper le retard en termes de services proposés. En mars, Thales et Leonardo ont noué une alliance dans le domaine de l'observation spatiale avec la société spatiale américaine Spaceflight Industries, qui souhaite lancer à partir de 2019 une constellation de 60 satellites, qui offrira un taux de revisites très élevé.

Puis, en novembre, ils ont cette fois-ci investi dans la constellation NorthStar Ciel et Terre, pilotée par la société de services d'information canadienne NorthStar, et qui sera lancé en 2021. Thales débarque dans le domaine de l'observation de l'espace ou SSA (Space Surveillance Awareness),où l'électronicien débarque enfin dans un secteur où il était étrangement absent. Pour l'heure, la Space Alliance reste encore un frein puissant à la prise de commande et doit proposer une offre de systèmes complets.

TAS a-t-il investi suffisamment ?

La question de l'investissement, et plus particulièrement de l'autofinancement de l'investissement, est posée. Elle est fortement corrélée à celle de la profitabilité. En interne, certains plaident pour une profitabilité durable. Les syndicats demandent d'ailleurs un moratoire sur le taux d'EBIT (résultat d'exploitation) à 10% pour reconquérir des parts de marché et repartir sur des bases saines et durables. "Il vaut mieux pendant trois ans avoir un EBIT de 1% que voir disparaître une activité de haute technologie garante d'une indépendance française dans un domaine majeur d'avenir", explique-t-on à La Tribune. Un tel discours est parfaitement raisonnable même si viser un EBIT à 1% est beaucoup trop excessif.

Aujourd'hui, TAS fait plutôt excessivement la chasse aux aides publiques pour lancer ses programmes. C'est le cas de Stratobus, le ballon stratosphérique auquel croit beaucoup TAS et Thales mais qui voit son développement étroitement lié à l'obtention d'aides publiques. "TAS se doit d'être un leader à l'avant-garde technologique", résume-t-on. Cela nécessite donc une prise de risques, qui n'en est peut-être pas une finalement. Car cette absence d'auto-investissement peut entraîner un manque de maturité technologique dans l'exécution de certains programmes, donc un retard à la livraison, puis le paiement de pénalités et, in fine, un gel de de l'autofinancement pour préserver les marges.

Interrogée sur cette problématique, la direction n'a pas souhaité faire de commentaires. Mais, une source proche du dossier, a expliqué que Thales Alenia Space avait auto-investi plus de 400 millions d'euros sur cinq ans entre 2014 et 2018. Et de préciser que TAS avait cofinancé plus de 50 millions dans le projet Stratobus. "TAS n'est pas dans la chasse aux aides publiques", estime-t-on. En tout cas, selon nos informations, TAS semble être l'une sinon l'entreprise du secteur la plus profitable du secteur (autour de 9%) si l'on tient compte qu'elle n'a pas ou peu d'activité services. Là où les marges se réalisent plus facilement. Une profitabilité trop élevée qui est en train d'asphyxier TAS progressivement. Et les entreprises sont mortelles, y compris dans l'espace.

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Commentaires
a écrit le 20/07/2019 à 9:27 :
Diffficile de ne pas sourire en lisant un tel papier. TAS ne fait quasiment que l'instrument sur le satellite CSO et encore sous le coup des pressions gouvernementales, ce n'est pas une question de technologie, ADS peut tout à fait produire un télescope équivalent. D'ailleurs cela ne s'est pas fait sans peine pour TAS pour CSO. Quant à CO3D difficile de croire que la proposition technique était du niveau d'ADS, tant tout est nouveau sur celle-ci. Quant à l'EBIT de 10%, on se demande bien où TAS le trouve pour être dans une telle situation aujourd'hui. Enfin, tous les constructeurs européens pratiquent la course aux subventions TAS comme ADS. Les alliances Européennes sont essentiellement là pour satisfaire le retour géographique imposé par l'ESA. Contrairement au titre de l'article, si il y a un domaine où TAS devrait rester car ils disposent de la technologie en interne et sont tout à fait compétitifs sur ce point, c'est le domaine des télécoms ce qui ne transparaît pas dans le papier. Tout ce que cela démontre c'est que la course à l'EBIT est une stupidité....
Réponse de le 24/07/2019 à 18:22 :
C'est plutôt ton analyse qui prête à sourire... "TAS ne fait quasiment que l'instrument sur le satellite CSO...". C'est justement l'instrument qui est le coeur de CSO et c'est de lui dont dépend la performance finale!
Réponse de le 27/07/2019 à 1:41 :
"TAS ne fait quasiment que l'instrument" !!! Totalement scandaleux ce commentaire, cet instrument ultra performant REPRÉSENTE la mission du satellite CSO, instrument conçu et fabriqué par TAS. ADS ne fait que la plateforme. Remettons les choses dans leur contexte.

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