Que veut la Suisse en matière d'aviation de combat et de défense sol-air ?

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La Suisse a sélectionné aux évaluations d'avions de combat l'Allemagne (Airbus: Eurofighter), la France (Dassault Aviation: Rafale), la Suède (Saab: Gripen E) ainsi que les États-Unis (Boeing: F/A-18 Super Hornet ; Lockheed-Martin: F-35A)
La Suisse a sélectionné aux évaluations d'avions de combat l'Allemagne (Airbus: Eurofighter), la France (Dassault Aviation: Rafale), la Suède (Saab: Gripen E) ainsi que les États-Unis (Boeing: F/A-18 Super Hornet ; Lockheed-Martin: F-35A) (Crédits : Dassault Aviation)
La Suisse va consacrer 8 milliards de francs suisses (6,83 milliards d'euros) pour renouveler son aviation de combat et sa défense sol-air. La France est sélectionnée dans les deux compétitions (Dassault Aviation d'un côté et MBDA/Thales de l'autre).

C'est reparti pour un grand barnum en Suisse. Berne a fait un pas de plus pour deux nouveaux appels d'offres portant sur le renouvellement de la flotte d'avions de combat de l'armée de l'air suisse et l'achat d'un nouveau système de défense sol-air. La Suisse devrait sélectionner l'avionneur fin 2020 tandis que le fabricant du système de défense anti-aérienne le sera "probablement" en 2020. Ces deux projets d'acquisition seront soumis au Parlement en 2022.

Mais à l'image de la votation populaire (référendum) de 2014 qui avait annulé l'acquisition des Gripen, le nouvel appel d'offres est également sous cette même menace. La Suisse a souhaité le 9 mars dernier donner à ses citoyens la possibilité de se prononcer sur l'acquisition de ces deux nouveaux système d'armes en présentant le programme Air2030 au Parlement sous la forme d'un arrêté de planification, qui sont sujets à ce type de référendum. Le scrutin référendaire est attendu au printemps 2020.

La France sélectionnée dans les deux appels d'offres

Pour l'heure, la Suisse a invité plusieurs pays et industriels à participer aux évaluations de l'armée suisse. "Dans la mesure du possible, les avions de combat évalués seront pilotés par des pilotes suisses lors des essais en vol", a expliqué le DDPS. Pour le prochain avion de combat, le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) a sélectionné l'Allemagne (Airbus: Eurofighter), la France (Dassault Aviation: Rafale), la Suède (Saab: Gripen E) ainsi que les États-Unis (Boeing: F/A-18 Super Hornet ; Lockheed-Martin: F-35A). La livraison des avions de combat est attendue entre 2025 et 2030.

S'agissant de la défense sol-air, le DDPS a choisi la France (le consortium Eurosam composé de MBDA et de Thales: SAMP/T), Israël (Rafael: David's Sling) et les États-Unis (Raytheon: Patriot). Par ailleurs, la Suisse a précisé que qu'il n'était pas spécifié que les deux systèmes doivent être acquis auprès du même pays ou de pays différents

Selon le DDPS, il n'est "pas encore possible" de déterminer comment le volume financier de 8 milliards de francs (6,83 milliards d'euros) prévu par le Conseil fédéral se répartira entre avions de combat et défense sol-air. "Cette répartition dépendra du type d'avion et du système de défense sol-air finalement acquis", a précisé le DDPS. En clair, plus la défense sol-air sera puissante, plus petit sera le nombre d'avions nécessaires, et inversement. En outre, la Suisse ne souhaite pas une helvétisation des systèmes d'armes achetés. "Les systèmes (avions de combat et système de défense sol-air) doivent fondamentalement correspondre à la configuration qui est autorisée à l'exportation et qui est en service ou sera introduite dans le pays producteur", a expliqué le DDPS.

Que veut la Suisse en matière d'avions de combat et de défense sol-air

Pour convaincre les Suisses, les fabricants d'avions de combat en compétition devront présenter un appareil capable d'assurer 24 heures sur 24 tous les jours des missions de police aérienne et d'imposer les restrictions d'utilisation de l'espace aérien suisse. Les avions de combat devront, lors de périodes de tensions, intervenir dans un délai de quelques minutes en cas de violation de l'espace aérien par des avions civils non coopératifs, des avions militaires de transport, des drones et des avions de combat isolés pénétrant dans l'espace aérien. En situation de défense, ils devront empêcher en combinaison avec la défense sol-air, un adversaire, pendant une durée limitée, d'obtenir la supériorité aérienne.

Par ailleurs, la taille de la flotte doit permettre en situation normale d'assurer le service journalier de police aérienne ainsi que l'instruction et l'entraînement. Lors de tensions accrues, au moins quatre avions de combat devront maintenir une présence permanente dans les airs pendant au moins quatre semaines. Enfin, en cas d'attaque, ils devront être capable, parallèlement à l'accomplissement de tâches de défense aérienne, d'assurer des missions de reconnaissance aérienne et de frappe sur des objectifs au sol.

La défense sol-air de grande portée doit être en mesure, seule ou en combinaison avec les avions de combat, de protéger des secteurs et, ce faisant, de combattre en premier lieu des objectifs dans l'espace aérien moyen ou supérieur. "La surface à couvrir doit être de 15.000 km2 au moins", a précisé le DDPS. Le système doit disposer d'une grande portée, c'est-à-dire atteindre une altitude d'engagement de plus de 12.000 mètres et une portée supérieure à 50 km. En revanche, la capacité de défense contre des missiles balistiques ne constitue pas une exigence. Enfin, l'avionneur et le fabricant du système sol-air choisis devront dimensionner l'approvisionnement en pièces de rechange pendant six mois environ si celui-ci ne peut plus être garanti en raison de frontières fermés.

Des offsets représentant 100% du prix d'achat demandés

Pour l'acquisition des avions de combat et de la défense sol-air de grande portée, des offsets (contreparties) représentant 100% du prix d'achat "doivent être exigées", a affirmé le DDPS. La mise en œuvre des offsets interviendra après la signature du contrat. "Les affaires compensatoires éventuellement générées auparavant peuvent être prises en compte jusqu'à 20% du volume total des affaires compensatoires (Offset-Banking-Agreements)", a expliqué le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports. Au total, 60% des offsets doivent revenir auprès de l'industrie suisse assurant la base technologique et industrielle importante pour la sécurité et 40% auprès du reste de l'industrie.

En outre, la Suisse a également demandé aux participants d'intégrer le groupe helvète Ruag dans leur offre. Pour le prochain avion de combat, le groupe suisse sera désigné comme centre de compétences pour le matériel (CCM) au lancement du projet. Il réalisera les tâches, non dévolues à l'armée suisse, concernant le suivi technique du système, la gestion du matériel entre la Suisse et l'étranger et la maintenance des avions. "L'étendue et le degré de profondeur des tâches que devra accomplir Ruag seront déterminés dans le cadre de l'évaluation",  a précisé le DDPS. Pour le nouveau système de défense sol-air, il est "en principe souhaitable" que Ruag assume la fonction de CCM pour autant que le fabricant du système retenu ne dispose pas d'activités en Suisse.

Quels critères de sélection?

Pour sélectionner les industriels, la Suisse met en œuvre des critères d'évaluation très classiques comme l'efficacité des systèmes (efficacité opérationnelle, autonomie à l'engagement, etc....). Elle prendra également en compte le support pour le produit (facilité de la maintenance, autonomie du support, etc...), la coopération (collaboration militaire pour l'instruction, par exemple l'utilisation de l'espace aérien, de bases aériennes et de places de tir, d'infrastructure de simulation, de même que coopération avec le fournisseur, le gouvernement du pays producteur pendant l'utilisation des avions de combat en matière de maintenance, de gestion des pièces de rechange, de développement...).

Enfin, la Suisse évaluera la participation industrielle directe ou programme industriel (étendue et qualité). Surtout, elle prendra en compte aussi bien les coûts d'acquisition des systèmes que les coûts d'exploitation pendant une durée d'utilisation de 30 ans. En revanche, elle ne prendra pas en compte les coûts des éventuels programmes de modernisation ou de maintien de la performance ainsi que les frais de mise hors service.

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Commentaires
a écrit le 21/04/2018 à 14:38 :
Surtout que les Suisses n'achètent pas nos merveilles ils en feraient des horloges à turboréacteurs ! Les décideurs Suisses se sont déjà illustrés lors de l'acquisition des Mirage IIIS ! Par pitié, laissez nos merveilleux avions et notre immense espace aérien tranquilles ! Rappelez-vous cependant qu'Adolf vous a laissé votre Liberté car votre défense était digne de ce nom en ces temps-là...sinon, il y a du Russe et du Chinois...oserez-vous leur casser les pieds ?
En toute amitié
Un français
a écrit le 27/03/2018 à 19:44 :
Comme dans beaucoup de pays, les décideurs ont depuis l'enfance été nourris aux BD, films et posters d'avions américains, donc c'est dans leurs gênes... et je sais de quoi je parle, j'étais en école de pilotes d'essais avec un pilote suisse il y a bien longtemps, à l'époque du marché 2000/F18, et le parti pris était déjà flagrant !
a écrit le 27/03/2018 à 9:38 :
S'ils ont trouvé le Gripen trop cher je vois mal ce qu'ils peuvent acheter d'autre!
Quand aux missiles sol-air je me demande a quoi ils peuvent servir? autant je comprend les avions pour faire respecter l'espace aerien que là!
a écrit le 26/03/2018 à 21:31 :
En fait ça peut être intéressant pour la Suisse d'acheter le matériel du voisin, ça facilite le service après-vente.
Réponse de le 27/03/2018 à 2:03 :
Les Russes sont la menace.
a écrit le 26/03/2018 à 18:17 :
La suisse va acheter américain....😎
Réponse de le 26/03/2018 à 18:58 :
ou suédois, c'est nettement moins cher et cela remplira très nettement la mission dans un pays ou un avion moderne met 15-20 minutes pour traverser le pays.
En plus de cela, la collaboration avec la Suède est très bonne et dans le respect des deux parties, ce qui n'est pas le cas pour tout le monde.
a écrit le 26/03/2018 à 17:46 :
La volonté est de briser le complexe militaro industriel français. Ca sera Thales.

On parie ?
a écrit le 26/03/2018 à 16:42 :
Et Dassault va y Gaspiller !!!! temps et argent, ZERO chance. Ce sera U.S.A ou Suède
a écrit le 26/03/2018 à 16:30 :
A qui vont aller les pots de vin?
Qui peut avoir intérêt d'attaquer la Suisse?
Même rocket man y a fait ses études et doit y avoir aussi du pognon à Daech ....
La peur de Mélenchon?
Réponse de le 26/03/2018 à 22:01 :
exactement la suisse est neutre, ca veut dire qu'elle accueil tous les trafficants(y compris d'impots) avec une tres grande dignité
a écrit le 26/03/2018 à 15:59 :
On va pas armer les suisses, ils viennent deja nous pomper l'eau douce avec nos super puma !
a écrit le 26/03/2018 à 15:03 :
Faut pas chercher à comprendre :
c'est "la confédération helétique " et non la Suisse .
a écrit le 26/03/2018 à 14:40 :
les demandes suisses semblent accorder la primauté à la surveillance de l'espace aérien. Si la neutralité suisse conduit à ne pas accorder d'importance à la coopération militaire, les spécificités techniques ne nécessitent pas d'être très poussées. Autant faire peu cher, comme le Grippen. Il y a quand même un problème de cohérence pour un pays très riche à prendre du matériel de seconde main et à ne pas préparer de coopération militaire.
a écrit le 26/03/2018 à 14:22 :
A ma connaissance, la neutralité de la Suisse a toujours été respectée. On peut donc se demander pourquoi la Suisse veut acheter des avions et des missiles. En 2014, un avion détourné a voulu se poser en Suisse. Ce sont les Italiens et les Français qui ont escorté l'avion vers la Suisse car les pilotes Suisses étaient au repos !!! (ouverture des bureaux de 8-12:30 et 14-17, comme à la Poste ! et ce n'est peut-être pas ouvert le we..)
Conclusion: ce n'est pas la peine de perdre du temps et de l'argent pour répondre aux appels d'offres.
Cordialement
Réponse de le 26/03/2018 à 19:33 :
C est pas parce qu Adolf n a pas envahit la suisse que ca sera la meme chose la prochaine fois. Surtout que la defense du pays ne peu plus se faire comme en 40 (laisser la plaine et se replier dans les montagnes. maintenant on a des helicopteres)

apres c est sur que la suisse est un petit pays (6 millions d habitants) et qu il n a pas de visee expensionniste. Mais dependre d un autre pour votre defense n est pas tres sain. Regardez le cas de la RFA. ils comptent sur les USA pour les proteger mais Trump voit les allemands comme des conccurents eco et ne pougera pas le petit doigt si tonton Vladimir decidait de reediter la prise de berlin par Joukov (l armee russe n es probablement pas en etat actuellement de refaire ca mais si ca arrivait, les polonais, les baltes et les allemands ne pourraient compter que sur 2 pays europeens : la GB et la France)
a écrit le 26/03/2018 à 13:21 :
La Suisse sait mieux que quiconque ce dont elle a besoin, elle est souveraine par sa démocratie, chose que l'on ne peut pas dire a propos de l'UE de Bruxelles!
Réponse de le 27/03/2018 à 9:40 :
"le est souveraine par sa démocratie": un pays n'est pas souverain de par sa démocratie, cela n'a rien à voir. Mais je pense que votre commentaire n'étati que pour tacler l'UE
a écrit le 26/03/2018 à 13:20 :
La Suisse c'est mieux que quiconque ce dont elle a besoin, elle est souveraine par sa démocratie, chose que l'on ne peut pas dire a propos de l'UE de Bruxelles!
a écrit le 26/03/2018 à 13:19 :
Coquille "portant sur me renouvellement de la flotte"
le renouvellement
"24 heures sur 24" ils ne volent qu'aux heures de bureau, peut-être avec pause le midi, les accords avec les pays voisins (Italie, France) font la soudure, la Suisse c'est un confetti. :-)
A quand des avions sans pilotes ?
Réponse de le 27/03/2018 à 7:40 :
"A quand des avions sans pilotes ?"
Pour faire du A/A, accompagner un liner perdu ou un coucou de tourisme? Difficile pour l'instant

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