Airbus Space et Thales Alenia Space (TAS), les frères siamois ennemis, vont signer ce qu'on peut appeler une paix armée, selon des sources concordantes. Sous l'égide du ministère des armées, les deux constructeurs de satellites tricolores ont avec la Direction générale de l'armement (DGA) bâti depuis le début du printemps 2021 une équipe industrielle commune dans l'observation spatiale pour le programme IRIS (deux satellites), qui succèdera à CSO (Composante Spatiale Optique). La ministre des Armées Florence Parly a donné son feu vert lors d'un comité ministériel d'investissement qui s'est tenu en décembre dernier et qui a entériné une co-maîtrise d'oeuvre Airbus Space et TAS sur IRIS.
Ce schéma industriel vaut également pour l'export où les deux rivaux se livraient une concurrence féroce et souvent contre-productive au grand dam du ministère obligé d'arbitrer soit l'un, soit l'autre. Un schéma industriel commun est également en train d'être travaillé sur le même modèle pour le programme CELESTE, qui succèdera à la constellation de trois satellites CERES (Capacité de renseignement électromagnétique spatiale). Une initiative en bonne voie. Cette double opération (IRIS et CELESTE) a enterré pour un certain temps l'idée des pouvoirs publics de fusionner les deux constructeurs. Jusqu'à quand ?
C'est en quelque sorte la fin d'une guerre de cinq ans déclenchée par Airbus, qui avait déchiré en 2016 un accord définissant une feuille de route dans l'observation spatiale. Une guerre remportée par Airbus, qui aujourd'hui est en position de force pour imposer un nouveau compromis industriel entre les deux groupes. Car très clairement, les investissements consentis par Airbus dans la constellation Pléiades Neo lui ont donné une nouvelle crédibilité, ont aussi bousculé les équilibres dans l'observation spatiale entre les deux groupes et, enfin, ont fait vaciller les convictions de la DGA et du cabinet de la ministre. TAS avait jusqu'ici le leadership sur l'instrument, il doit désormais le partager avec Airbus. Le pari d'Airbus a été payant face à la frilosité de Thales et de Leonardo à investir de manière équivalente dans l'observation.