L'occasion d'un nouveau départ. Mercredi 6 novembre, à l'issue du CCE qui vient d'entériner la demande de cessation de paiement de FagorBrandt, c'est plutôt l'espoir qui domine au siège du fabricant d'électroménager, à Rueil-Malmaison.
Pourtant, la situation est préoccupante. Le 16 octobre, le groupe coopératif Mondragon, qui fédère plus de 250 sociétés réalisant 14 milliards d'euros de chiffre d'affaires avec 80.000 personnes, a refusé d'octroyer 170 millions d'aide à l'une de ses coopératives, Fagor Electrodomésticos, écrasée par une dette de 859 millions d'euros.
Dès lors, le sort de la filiale française est scellé. Les fournisseurs ont cessé leurs livraisons, entraînant l'arrêt des quatre usines, et des chaînes du site de Gerland, près de Lyon, cédé en 2011 à la société SITL mais qui produit encore des lave-linge pour FagorBrandt. Une sous-traitance qui devait aller en s'amenuisant, avec le transfert progressif de la production vers la Pologne, mais qui assure encore 85% du chiffre d'affaires et occupe 160 des 409 salariés, selon Pierre Millet, le PDG de SITL.
Le 7 novembre, le tribunal de commerce de Nanterre prononce la mise en redressement judiciaire de FagorBrandt, avec une période d'observation de six mois, et donne jusqu'au 13 décembre aux éventuels repreneurs pour se déclarer. Sur les neuf premiers mois de 2013, le chiffre d'affaires a baissé de 12%, à 382 millions d'euros, et les pertes, de 32 millions au premier semestre, sont estimées à 15 millions pour le troisième trimestre.
Selon lui, le carnet de commandes de FagorBrandt s'élève à 82 millions d'euros hors taxes. Et « nous avons plusieurs dizaines de milliers d'appareils en stock sur nos centres logistiques de Meung-sur-Loire et Saint-Quentin-Fallavier, si bien que certaines familles de produits restent approvisionnées normalement. Cela nous donne les moyens de redémarrer ». La procédure de redressement judiciaire a gelé les créances.
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À moyen terme, les dirigeants de FagorBrandt veulent croire à l'avenir de leur entreprise.
La longueur de la période d'observation les rassure aussi.
C'est elle, en particulier, quand elle s'appelait encore Thomson Électroménager, qui a inventé en 1990 les tables de cuisson à induction. Une technologie qui représente désormais 48% des ventes, selon les chiffres du Gifam, le syndicat des fabricants d'électroménager. Au printemps dernier, FagorBrandt a mis sur le marché une table à induction dite « à zone libre » : l'utilisateur peut poser sa casserole, sa poêle ou sa poissonnière sur n'importe quel endroit de la zone de cuisson. Dans le froid et le lavage, c'est sur les économies d'électricité et d'eau que l'accent a été porté.
Les cinq années de crise subies par Fagor Electrodomésticos ont certes amputé la capacité d'innovation du groupe. Paul Briglia, délégué syndical central CGT de FagorBrandt, qui travaille sur les lave-linge au centre de R&D, maintenu à Lyon, dénonce cette « baisse de l'innovation. Car, dans le métier de l'électroménager, les marques doivent faire parler d'elles ». Mais Thomas Raffegeau nuance un peu.
Quant aux marques (Brandt, Vedette et Sauter dans l'Hexagone, Fagor et De Dietrich à l'international), elles constituent aussi un point fort de l'entreprise, rappellent les dirigeants de FagorBrandt.
Ces marques, la filiale française n'en est pas propriétaire. Elles sont détenues depuis longtemps, et pour des raisons fiscales, par une filiale irlandaise (simple coquille juridique) de Fagor Electrodomésticos. Ce qui inquiète certains élus. Mais le directeur marketing se veut rassurant.
Non, décidément, les FagorBrandt ne veulent pas se laisser abattre. D'autant que les difficultés actuelles ne sont pas les premières pour l'ex-Thomson Électroménager. Vendu à l'italien Elfi en 1992, il se retrouve fusionné en 2000 avec Moulinex, alors mal en point, et l'ensemble fait faillite en 2001. L'activité de gros électroménager est alors reprise par l'israélien Elco qui la cédera, quatre ans plus tard, à Fagor Electrodomésticos pour 162 millions d'euros.
Mais, aujourd'hui, certains salariés de FagorBrandt ne cachent pas leur soulagement de sortir de l'orbite du groupe basque à l'occasion du redressement judiciaire de la filiale.
Pourquoi ce désamour envers une maison mère dans laquelle les employés sont propriétaires et responsables de leur entreprise ? Parce que Fagor Electrodomésticos a modifié son modèle originel.
Lorsque l'entreprise se lance dans la croissance externe, les employés des sociétés acquises, comme Brandt en France, ne deviennent pas des associés, mais restent des salariés.
Entre les « socios » (associés) de Fagor et les salariés de Brandt, le courant passe mal. Et l'aggravation de la crise en Espagne, qui fait s'effondrer les ventes d'électroménager, n'arrange rien.
De fait, Mondragon a apporté 300 millions d'euros au total à la coopérative d'électroménager avant de dire non à sa dernière demande. En France, les efforts de rationalisation de Fagor sont mal vécus.
Son usine de La Roche-sur-Yon a aussi vu partir vers l'Espagne certaines lignes de lave-vaisselle, donnant aux salariés l'impression que régnait le « chacun pour soi ». La stratégie est également critiquée :
Et les salariés reprochent aux Espagnols leur manque de réactivité.
Et maintenant ? Salariés et dirigeants espèrent un repreneur. Mais ils savent que le marché européen reste difficile. Indesit, le rival italien, est lui aussi à vendre.
FagorBrandt a des atouts, mais les petites usines maintenues en France à tout prix peuvent-elles faire le poids face aux unités géantes montées par les concurrents en Europe de l'Est ? Et l'argument du « fabriqué en France » suffira-t-il à convaincre ?
Quant au modèle coopératif, il montre là ses limites.
Et de s'inquiéter pour l'ensemble de Mondragon, notamment pour la caisse de sécurité sociale Lagun Aro ou la coopérative bancaire, Caja Laboral, qui irriguent toutes les structures du complexe coopératif de Mondragon.
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À Lyon, enfin, où la reconversion progressive du site Brandt par SITL était vue comme un vrai test de réindustrialisation, on s'interroge. Autant dire que la défaillance de FagorBrandt et de son atypique maison mère fera l'objet, dans les prochains mois, de toutes les attentions.
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