Changement climatique : les vins du Jura misent sur les anciens cépages plus résistants

Alors que cette année, le vignoble jurassien ne produira que 25% de la production de l’année dernière - qui était une année déjà « très moyenne » - le dérèglement climatique poursuit son accélération. Comment les vignerons peuvent-ils s’adapter à ces évolutions ? Quels impacts sur les cépages ? Décryptage.

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(Crédits : CIVJ)

« Des anciens vignerons me racontaient que lorsqu'ils avaient commencé en viticulture, il y avait une crise tous les 10 à 15 ans. Maintenant, c'est tous les 2 à 3 ans. On constate de manière empirique, une accélération des éléments qui rend la viticulture plus complexe », souligne Olivier Badoureaux, directeur du Comité interprofessionnel des vins du Jura (CIVJ). Sur les cinq dernières années, le vignoble jurassien a connu trois épisodes de gel printanier. Toutefois, ce n'est pas le froid qui engendre le plus de conséquences graves, ce sont les épisodes de chaleur précoce avant ce gel. Cette année, la dernière semaine de février, les températures tournaient autour de 20 degrés.

« La vigne commence son débourrement avec les premiers bourgeons qui sortent et quand le gel arrive, il grille tout », explique Olivier Badoureaux.

Résultat : ces évènements climatiques limitent les rendements des récoltes. Il y a moins de vins, donc moins de stock.  Les vignerons n'ont plus la possibilité de faire appel à des stocks tampons pour pallier les mauvais millésimes. Le CIVJ estime récolter 20.000 hectolitres en 2021. Une année record en termes d'événements climatiques : grêle, gel, pression sanitaire, inondation, maladie, et même des glissements de terrain sur Château-Chalon ! Pour comparaison, en 2019, qui était une année de gel, le vignoble jurassien avait produit 59.000 hectolitres. En 2018, une très belle année, le chiffre était monté à 118.000 hectolitres. « On observe un effet ciseau avec d'un côté la hausse des coûts de production et de l'autre la baisse des ventes. Sans compter les 18 derniers mois impactés par la crise sanitaire, qui a fermé des canaux de distribution aux viticulteurs (œnotourisme, salons, restaurants). Les vignerons sont obligés de prendre directement dans leur trésorerie », note Olivier Badoureaux.

gel

Se tourner vers les anciens cépages

En septembre, le CIVJ a lancé un plan de résilience pour le vignoble du Jura. Plusieurs études sont menées conjointement avec la société de viticulture du jura - qui pilote la partie technique - et différentes entités de recherche, dont l'université de Bourgogne-Franche-Comté pour mener des expériences sur ces phénomènes climatiques. Ce plan développe trois axes de recherches :

-une caractérisation de l'exposition aux risques de gel sur le vignoble jurassien via une étude climatique et une cartographie des parcelles les plus sensibles au gel.

-un accompagnement technique et économique des opérateurs pour accompagner les vignerons sur les méthodes de production et mettre en avant différents dispositifs de protection du vignoble.

-Réfléchir sur l'adaptation du matériel végétal aux évolutions climatiques : quel cépage utiliser ? comment les travailler ?

Le Jura est connu pour ces cépages propres : trois cépages en rouge et deux en blanc, moins pour ses vieux cépages, dits autochtones. « Nous observons la manière dont ces anciens cépages pourraient plus ou mieux s'adapter maintenant aux conditions climatiques », confie Olivier Badoureaux. Autre levier d'adaptation : les pratiques de viticulture. Quel type de taille faut-il faire ? Quand la faire ? Comment adapter le matériel végétal ? « Le défi qui attend les vignerons dans les cinquante prochaines années sera d'identifier les cépages jurassiens et les pratiques les mieux adaptées à ce nouvel environnement climatique », conclut Olivier Badoureaux.

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Commentaires 2
à écrit le 09/11/2021 à 20:04
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Il faudra surement faire comme dans les pommeraies bacher , pas d'autres solutions, protéger du froid de la chaleur etc, ou changer de production.

à écrit le 09/11/2021 à 8:37
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Il ne faut pas rêver les productions seront moins quantitatives et si le métier ne l'accompagne pas d'un qualitatif à savoir un retour brutal à des méthodes naturelles et un abandon définitif des 20 et quelques traitements, il mourra.

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