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Emballages : les cartons de yaourts font de la résistance

Photo de Marina Torre

Marina Torre

Publié le 04 décembre 2015 à 05:30 - Mis à jour le 04 décembre 2015 à 07:30

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Réduire les emballages ménagers en supprimant les moins “utiles”? Une préoccupation secondaire pour une majorité d'entreprises interrogées par l’Observatoire de l’emballage. Elles privilégient praticité et design, tout en acceptant l’idée d’utiliser plus de recyclable et de recyclé… à condition que le prix baisse.

Supermarché "zéro emballage", conditionnements comestibles, capsules de café à remplir soi-même... Cop21 oblige, l'heure est aux petites et grandes idées pour réduire les déchets ménagers. Mais derrière ces quelques initiatives dans la lumière, la réalité économique est toute autre et la réduction des emballages pas toujours une priorité stratégique.

En témoigne la persistance dans les rayons des grandes surfaces de certains types d'emballages dont l'utilité peut être mise en question, comme les fameux cartons de yaourts ou "cavaliers", les boites de dentifrices, et autres étuis de parfum présentés comme des écrins mais qui finissent pourtant bien vite à la poubelle.

Or, la lutte contre le "suremballage" ne représente un axe d'innovation en matière de conditionnement des produits que pour 18% des acheteurs interrogés par l'Observatoire des emballages et diffusée le 1er décembre le confirme.

Pratique et beaux avant eux

Optimistes pour la croissance de leur activité, une large majorité d'entre eux prévoient une augmentation des volumes de produits sur le marché d'ici les deux prochaines années. Un dynamisme qui se traduit par de l'innovation. Deux tiers des industriels et distributeurs sondés prévoient ainsi de nouveaux concepts de packaging. Mais à leurs yeux, ces emballages se doivent avant tout d'être pratiques et beaux. La moité des responsables sondés par l'organisme citent en effet la praticité et le design comme premiers axes d'innovation pour leur futurs emballages.

Organisé chaque année depuis 10 ans, ce sondage a laissé apparaître d'autres préoccupations les années précédentes. "Avec la crise en 2007-2008 c'était le coût qui était mis en avant, puis il y a eu l'éco-conception, l'économie circulaire. Depuis deux ans la praticité est revenue en première ligne, et pour la première fois cette année le design arrive en seconde position", se souvient Annette Freidinger, qui dirige cette enquête.

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Désormais, les problématiques de développement durable n'arrivent qu'en troisième position, à travers la question de la recyclabilité, et l'emploi de matières recyclées. "Cela fait des années que les acheteurs [d'emballages] travaillent sur la réduction du tonnage", note l'experte. Impossible de faire encore plus pour supprimer le suremballage?

Coriaces cartons de yaourts

Souvent sujet à controverse, le terme lui-même n'est pas défini dans les textes juridiques - les normes européennes et leur traduction dans la législation se contentant d'évoquer les différentes fonctions des emballages (primaires, secondaires, tertiaire). La notion de "suremballage", employé dans des travaux universitaires, parlementaires, lors de campagnes publiques sur la réduction des déchets ou dans le langage courant, renvoie à l'ensemble des conditionnements n'étant pas en contact direct avec le produit et pouvant être jugés excessifs.

Les fameuses "cartonnettes" ou "cavaliers" entourant les packs de yaourts en sont devenu l'un des symboles, les consommateurs éprouvant l'absurdité de leur "dépiautage" de façon quasi-quotidienne.

A priori, les supprimer totalement devrait permettre de réaliser des économies substantielles à la fois pour les industriels ou distributeurs, et plus généralement pour pour l'environnement car il s'agirait d'autant de déchets en moins à traiter. Sauf que la nature "superflue" de ces cartons est parfois remise en cause.

"C'est très présent dans l'esprit des gens. Mais il faut bien prendre en compte une chose : si on réduit cette partie de l'emballage, cela veut dire qu'il faut renforcer les opercules ou bien augmenter la quantité d'emballages secondaires et tertiaires[ qui permettent de faire transiter les produits depuis les entrepôts jusque dans les linéaires. ndlr ]", assure à leur propos Annette Freidinger.

Dans le dernier cas, cela supposerait davantage de manutention, donc des coûts de main d'oeuvre supplémentaires. Un problème plus technique a également pu justifier le recours a ces "cavaliers". En effet, les pots eux-mêmes tendent à s'alléger grâce à l'introduction de nouvelles technologies impliquant par exemple l'introduction de bulles d'air. Plus fragiles, ces contenants sont aussi plus susceptibles d'être cassés lors de la mise en rayon ou de la prise en main par les clients. D'où le recours au carton pour renforcer les lots. "Il se pourrait alors qu'un arbitrage soit nécessaire entre les deux actions", note Eco-emballage dans son rapport de 2013.

D'un point de vue empirique, des industriels ont pourtant bien tenté de les supprimer. C'est le cas de Danone en 2010, pour des lots de quatre yaourts Activia et Taillefine. Cela devait lui permettre d'économiser 1600 tonnes de carton, d'après l'un de ses rapports de développement durable. Ailleurs, c'est la taille de ces cartons qui tend à se réduire ce qui permet d'alléger le tout.

Portions individuelles

Reste qu'au total, sur le marché français, un tiers des yaourts attachés par packs de quatre sont toujours réunis par un morceau de carton, selon des informations récoltées auprès des fabricants par un organisme composé d'acteurs de la filière, le Conseil national de l'Emballage, et cités dans un document sur les yaourts et produits laitiers ultra-frais datant de 2014. Ce dernier précise que: "10% du tonnage des produits laitiers seraient concernés par des suremballages techniquement non fonctionnels".

Et ce n'est que la partie immergée de l'iceberg. Au total, le gisement des déchets ménagers pesait en 4,8 millions de tonnes l'an dernier d'après les estimations des organismes de collecte. Le papier/carton (hors briques) représentait un peu moins de 20% de ce total. Et sur 100 kilos de déchets ménagers, 67 ont pu être recyclés.

Les rédacteurs du rapport du Conseil national de l'emballage soulignent le fait que "l'utilisation du suremballage de regroupement tend à se développer avec la progression des portions individuelles, qui correspond tant à l'évolution démographique de la population qu"à celle des modes de vie."

Instruments marketings

Un autre élément entre en ligne de compte. Une grande partie des producteurs tiennent encore à préserver cet ultime véhicule de leur image de "marque" que représente l'emballage. En témoigne par exemple le faible intérêt pour les systèmes d'éco-recharges exprimé par les entreprises françaises sondées par l'Observatoire de l'emballage.

Seuls 6% disent axer leurs nouveaux concepts de conditionnement sur ce principe, fondé sur la commercialisation de contenants "durables" associés à des recharges plus légères et jetables. "Cela fonctionne mieux dans d'autres pays", signale Annette Freidinger. "Ce n'est pas toujours optimal d'un point de vue marketing, pour le shampoing par exemple les marques doivent trouver un moyen d'éviter que le contenant ne soit rempli par d'autres marques que la sienne."

Cher papier recyclé

Surtout, se priver d'emballages quand ceux-ci participent tant à la différenciation entre marques paraît sans doute moins urgent aux entreprises concernées à une époque où le coût de la matière première tend à diminuer. Or, avec la chute du prix du pétrole, celui des plastiques - principalement constitués de ses dérivés -, mais aussi du papier dont la fabrication est énergivore, a lui aussi baissé.

Jusqu'en 2011, sous l'impulsion d'un accroissement très rapide de la demande dans les pays émergents notamment, le prix moyen des papiers et cartons a fortement augmenté. Il atteint un pic en septembre de cette année-là, d'après des données de l'Insee citée par la maison des Industries des papiers et cartons (voir graphique ci-dessous). Ce prix a ensuite diminué avant de remonter légèrement fin 2014. Mais les matériaux "vierges" restent globalement moins chers que les sous-produits recyclés.

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Il existe des systèmes d'incitation censés pousser à réduire l'émission de déchets à la source. Chez les organismes collecteurs, les bonus prévus en cas d'action dans ce sens sont passés de 2% en 2012 et 2013 à 8% pour 2014 et 2015. Pas sûr que cela soit suffisant face à la pression du marché pour présenter régulièrement des nouveautés et donc éventuellement concevoir de nouveaux conditionnements séduisants. Ainsi pour les trois quarts des acheteurs d'emballages sondés par l'Observatoire, la durée de vie d'un concept de packaging (graphisme compris) ne dépasse pas quatre ans. Pour la moitié d'entre eux, elle se réduit.

Marina Torre

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