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FoodTech: "Le potentiel en France est encore énorme"

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 17 avril 2017 à 05:15 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 02:34

FoodTech

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La France, qui passera une bonne partie du week-end de Pâques à table et qui défend fièrement sa tradition gastronomique, sait-elle couver ses poussins de la FoodTech? Et le goût français pour la nourriture inspire-t-il de manière particulière les start-uppeurs de ce secteur? Le point avec Pascale Azria, co-fondatrice de la plate-forme Food is Social, qui explore comment les nouvelles technologies peuvent rendre l'industrie agro-alimentaire plus appétible.

LA TRIBUNE - La FoodTech, on en parle de plus en plus... mais quelle place occupe-t-elle véritablement en France?

PASCALE AZRIA - Comme souvent dans ce pays, la situation est assez paradoxale. D'une part, la dynamique de développement de start-up de la Foodtech est l'une des plus fortes en France, et le potentiel de marché encore très élevé dans ce secteur en naissance: en matière de repas au domicile, on estime par exemple que la demande devrait être multipliée par sept à l'horizon 2020. D'autre part, ces jeunes entreprises peinent à trouver des partenaires voire à lever des fonds dans l'Hexagone: les investisseurs sont surtout étrangers. Food is social est né justement avec l'objectif de mettre les divers acteurs en lien afin de combler cet écart.

Qu'est-ce qui explique ce paradoxe?

Pour les investisseurs, plus frileux en France qu'à l'étranger, le peu d'intérêt pour la FoodTech est dû surtout à l'absence pour le moment de réussites majeures qui pourraient servir d'exemple. Les plus grandes entreprises de l'agro-alimentaire sont en revanche surtout confrontées à une difficulté culturelle face à la pléthorie de start-up de la FoodTech: elles peinent encore a identifier celles avec qui des partenariats seraient possibles, voire à comprendre leur approche, beaucoup plus orientée sur les besoins du clients que sur le marketing d'un produit. Pourtant, l'industrie traditionnelle de l'agro-alimentaire et la distribution, qui s'interrogent sur leur propre transformation, ont aussi des bénéfices à tirer d'une collaboration avec ces start-up. Au-delà de l'accès à une importante masse de data, elles peuvent aussi profiter d'une nouvelle dynamique: un bon exemple de cet effet est celui de la livraison à domicile initiée par Franprix avec Stuart, désormais même référencée sur AlloResto.

La France, dont le repas gastronomique a même été inscrit en 2010 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, revendique un rôle particulier en matière de nourriture... La FoodTech française présente-t-elle des spécificités?

Les services proposées, en B2C comme en B2B, sont très variés. Mais la France se distingue particulièrement pour deux tendances. La première consiste dans l'offre de transparence et de traçabilité des produits alimentaires, qui répond à une demande croissante des consommateurs français: l'appli Open Food Facts permet par exemple de connaître la composition de centaines de millier de produits en scannant simplement leurs codes-barre, alors que La Ruche qui dit Oui favorise les circuits courts. L'autre est représentée par la revalorisation du modèle alimentaire français: VizEat remet par exemple les gens à table, La Belle Assiette envoie les chefs à domicile... L'appétence particulière pour la nourriture qui caractérise la France, son lien ancien avec l'agriculture reviennent en force grâce au digital. Les autres principales tendances internationales de la Foodtech sont néanmoins aussi bien représentées en France: le retour à une alimentation plus saine incluant par exemple les micro-algues avec Algama, la personnalisation des repas en fonction des besoins avec Youmiam, leur accessibilité avec Foodora, voire la lutte citoyenne contre le gaspillage avec OptiMiam ou Too Good To Go.

Ce paysage est-il destiné à évoluer?

Sans doute. Le potentiel de développement de nouveaux produits et services, dont la plupart sont encore à inventer, est encore énorme! Et nombre de start-up arrivant à un point de maturité, une structuration verticale est inévitable. Certains secteurs, comme celui de la livraison à domicile, ont d'ailleurs déjà commencé à s'assainir: l'année dernier, alors que Deliveroo levait 275 millions de dollars, Take Eat Easy fermait les portes...

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La disparition de Take Eat Easy pose notamment la question de la capacité des start-up françaises de concurrencer celles étrangères...

Certes, face à des géants comme Amazon Premium ou UberEats, survivre sera difficile. Mais des opportunités existent dès lors qu'on met l'accent sur une offre de niche comme le fait par exemple La Belle Vie, qui mise sur des produits de qualité.

En matière de FoodTech aussi, on commence d'ailleurs à parler de risque d'ubérisation. Tous les restaurateurs n'arrivent en effet pas à profiter de l'engouement pour la livraison des repas...

De ce point de vue, le nerf de la guerre des services de livraison sera la recherche de moyens pour faire baisser les coûts à la charge du restaurateur. Stuart semble avoir trouvé une solution, en ouvrant ses services en dehors des repas dans les heures creuses... Et plus généralement, il ne faut pas oublier qu'en matière de nourriture le digital semble plutôt faciliter la redécouverte de traditions perdues, voire l'exportation de l'art de vivre français.

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Mais une transformation est inévitable. Une étude que nous avons récemment menée sur les Millennials montre qu'en 2020, à savoir dans trois ans, ils représenteront 50% des consommateurs actifs français. Or, les codes de cette génération connectée en matière de nourriture sont schizophrènes: elle privilégie les aliments sains mais aime le sucre, elle s'inquiète de la traçabilité des produits mais assemble plutôt que cuisiner. Sauf à vouloir se passer de la moitié du marché, il va falloir trouver des solutions pour composer avec ces contradictions.

Giulietta Gamberini

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