Le Parlement européen a adopté mardi une version plus protectrice du règlement contre la déforestation importée proposé fin 2021 par la Commission. Il réhausse le niveau d'ambition en vue des dernières négociations avec les Etats membres qui s'ouvrent désormais.Une nouvelle et importante étape vient d'être franchie dans le combat pour la préservation des forêts de la planète. Ce mardi 13 septembre, le Parlement européen a approuvé sa position sur le règlement, présenté en novembre 2021 par la Commission, visant à lutter contre la "déforestation importée": celle issue de la consommation, dans l'Union européenne, de produits, tels que la viande d'animaux nourris au soja ou le chocolat, contribuant à la destruction des forêts à travers le monde.
L'objectif du texte est d'imposer aux entreprises de contrôler que les biens qu'elles vendent en Europe ne soient pas issus de terres déboisées et dégradées en dehors de l'UE, afin de répondre à la demande des consommateurs et de réduire -conformément aux engagements du Pacte vert pour l'Europe- la contribution de l'Union européenne au changement climatique et à la perte de biodiversité. Ce "devoir de vigilance" pourra s'exercer via des des contrôles renforcés ou des données de géolocalisation voire satellitaires, rendus accessibles aux autorités. Le degré de vérification exigé dépendra du risque "élevé, standard ou faible" de la région d'origine, selon un classement qui sera élaboré par la Commission.
La responsabilité des entreprises de plus en plus invoquée
Selon une étude publiée par le WWF en 2021, les importations de l'UE représentent en effet 16% de la déforestation liée au commerce mondial, ce qui en fait le deuxième plus grand importateur de matières premières liées à la déforestation, après la Chine (24%) et loin devant l'Inde (9%) et les États-Unis (7%). Entre 2005 et 2017, ces importations européennes ont causé la destruction de 3,5 millions d'hectares de forêts, et ont représenté 1.807 millions de tonnes de CO2 : l'équivalent de 40% des émissions annuelles globales de l'Union européenne, souligne le WWF.
Un enjeu aujourd'hui perçu comme d'autant plus crucial que l'été 2022 s'est révélé particulièrement destructeur pour les forêts, à cause de l'augmentation des incendies, souvent dus au défrichage illégal des terres, ainsi que -dans un cercle vicieux- au réchauffement planétaire. L'Amazonie brésilienne a vécu son pire mois d'août depuis 2010, avec une augmentation du nombre des feux de forêt de 18% par rapport au même mois l'an dernier, selon des chiffres publiés le 1er septembre par l'Institut national de recherche spatiale (INPE) brésilien. Au niveau mondial, les feux de forêt détruisent désormais deux fois plus de couverture forestière dans le monde qu'au début du siècle, en grande majorité au sein de la forêt boréale, selon une étude révélée mercredi 17 août par le Global Forest Watch (GFW), le World Resources Institute (WRI) et l'université du Maryland, qui pointe du doigt le changement climatique.