La filière plastique à la recherche d'une économie circulaire

Selon l'association de représentants des fabricants d’emballages plastiques Elipso, la filière se mobilise pour créer une véritable économie circulaire, poussée par des exigences réglementaires ambitieuses. Mais des injonctions contradictoires de la part des pouvoirs publics freinent le processus, font-ils valoir.

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En France, entre 1,9 et 4,5 millions de tonnes de déchets plastiques sont jetés chaque année.
En France, entre 1,9 et 4,5 millions de tonnes de déchets plastiques sont jetés chaque année. (Crédits : DR)

Réutiliser la matière plastique plutôt que de l'incinérer ou l'emmener à la décharge. La problématique n'est pas nouvelle, et pourtant, sa mise en application n'en est encore qu'à ses prémices : chaque année, moins d'un quart des déchets plastiques sont recyclés en France.

Un chiffre encore loin de l'objectif fixé par la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) promulguée en 2020 de 100% d'emballages plastiques recyclés en 2025, dont les contours ont été fixés par décrets, comme le « 3R » publié en mai dernier, qui réaffirme l'ambition de parvenir à 100% de filières recyclages opérationnelles en 2025 afin que tous les emballages à usage unique puissent en disposer.

Le sujet est pourtant pris à bras-le-corps par la filière, fait valoir Christian Théry, le président du syndicat des entreprises de l'emballage plastique Elipso, à l'occasion de la publication, mardi 1er juin, de la cinquième édition de l'enquête sur l'économie circulaire réalisée auprès des adhérents. Car les résultats de celle-ci sont prometteurs malgré un « plastic bashing », estime-t-il : « la profession poursuit ses efforts sur le juste emballage [...] plus proche des aspirations et obligations d'aujourd'hui ».

Le mouvement s'accélère

Notamment par la transformation de l'offre des producteurs : parmi les 60% d'adhérents à Elipso qui ont répondu au questionnaire - représentant environ la moitié des emballages plastiques mis sur le marché français - les trois quarts affirment modifier leur portefeuille pour atteindre les objectifs de la loi Agec. 

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« Cette loi provoque une accélération et une généralisation du mouvement », affirme ainsi Christophe Rossé, président de la commission des affaires économiques de l'association. Avec l'émergence d'un triptyque d'un nouveau genre : « écoconception, allègement et recyclablité ».

Car les enjeux sont majeurs, alors qu'une partie des plastiques fabriqués sont aujourd'hui difficiles - voire impossible - à recycler.

« Le fait qu'on puisse les jeter dans une poubelle jaune quand la collectivité passe à l'extension des consignes de tri ne veut pas dire que la filière recyclage est pleinement opérationnelle derrière », note à cet égard le ministère de la transition écologique.

70% de monorésines

Alors, pour faciliter le processus, 70% des interrogés déclarent basculer vers des monorésines pouvant intégrer une filière de recyclage - à l'inverse des matériaux complexes difficiles à valoriser -, tandis que la moitié déclarent proposer une gamme d'emballages réemployables, selon les résultats de l'enquête. Par ailleurs, de plus en plus de plastique traité est mis sur le marché : l'objectif fixé par la filière d'intégration de 440.000 tonnes de matières recyclées dans les emballages plastiques en 2025 est déjà atteint à 77%, se félicite Elipso. « Il y a un mix de produits transformé avec des emballages recyclables, incorporant du recyclé, biosourcé, réemployables, etc », précise Christophe Roussé.

Des transformations portées par une innovation « frappante », fait-il valoir, « de l'amont - fournisseurs de matière - à l'aval - recycleurs -, en passant pas les metteurs en marché et les distributeurs ». De fait, les entreprises du secteur investissent près de 6% de leur chiffre d'affaires en moyenne en recherche & développement. Et trente d'entre elles cumulent un engagement total de pas moins de 150 millions d'euros afin de pousser l'innovation.

« Les initiatives dans la collecte, la régénération, le tri ou encore le contrôle sont porteurs d'espérance. On s'inscrit dans un écosystème où tous les acteurs sont très actifs. [...] On veut démontrer que les plastiques usagés ne terminent pas forcément comme des déchets, mais sont des ressources qui doivent être valorisées », ajoute Christian Théry.

Injonctions contradictoires

Mais le chemin reste long : le prix reste largement le premier critère d'achat - la protection de l'environnement arrivant seulement quatrième parmi les déterminants principaux retenus par les clients. En outre, l'incorporation de matière première recyclée ne concerne que 16% des plastiques, contre plus de 80% de matière première vierge.

D'autant que, selon Elipso, « des freins persistants ralentissent cette transition écologique ». Notamment un « cadre législatif national et européen flou » , un « cadre réglementaire limitant certaines utilisations », comme l'aptitude au contact alimentaire encore limitée pour les matières recyclées, ou encore un développement insuffisant des circuits de collecte et de recyclage.

« N'appuyons pas sur l'accélérateur et sur le frein en même temps. Restons dans le cadre posé par la loi Agec il y a un an, et évitons la course aux fausses bonnes idées. [...] Comme le montre l'enquête, l'industrie s'est mise en ordre de marche, les premiers résultats sont là, continuons sereinement via un travail commun avec l'ensemble de la chaîne de valeur », lance le président d'Elipso.

Le cas du polystyrène

Entre autres, l'association s'interroge sur la volonté d'écarter les polymères styréniques (des polystyrènes), malgré des investissements pour permettre leur recyclage futur. En effet, dans le cadre du projet de loi Climat, les députés ont adopté en première lecture un amendement qui vise à interdire, dès 2025, les emballages « constitués pour tout ou partie de polymères styréniques », car ils présenteraient « un haut niveau de danger pour les milieux naturels dans lesquels ils sont relâchés » et sont des « perturbateurs de tri qui nuisent au bon recyclage des déchets ménagers ».

« Ils sont pourtant faits pour améliorer le bilan carbone, grâce à un matériau plus léger. Ce n'est pas rendre service à la cause que de jouer à petits coups de griffes », défend-on à Elipso.

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Une position similaire à celle du gouvernement, qui a voté contre l'amendement. La justification est pourtant différente : le ministère de la Transition écologique évoque la libre circulation des marchandises dans le marché commun, ainsi qu'une directive européenne sur les emballages et les déchets d'emballages qui stipule que seuls les emballages non valorisables peuvent être proscrits.

« Néanmoins, cela poste des questions environnementales, car il n'y a aujourd'hui pas de filière industrielle opérationnelle de recyclage en France [...] contrairement à l'Espagne, par exemple », explique-t-on au cabinet de Barbara Pompili.

Des projets industriels sont cependant en cours, et pourraient donner lieu à une filière opérationnelle d'ici à 2025.

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Commentaire 1
à écrit le 03/06/2021 à 8:44
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Il y a trop de producteurs de produits plastiques, il en faudrait 4 fois moins qui produisent du plastique incassable et inusable et réutilisable pour d'autres usages à savoir comme à ses débuts. Trop de mégas riches qui se font de juteuses marges b...

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