Le soutien de l'Union européenne à l'économie ukrainienne risque de pénaliser la filière de la volaille de chair française. C'est le cri d'alerte lancé par son association interprofessionnelle, l'Anvol, qui estime même menacée la souveraineté alimentaire française.
Pendant les six premiers mois de 2022, les importations en France de poulets provenant directement d'Ukraine ont en effet crû de 122% par rapport à la même période de l'année précédente, a calculé l'association. Et ce, sans compter le poulet produit en Ukraine mais qui, étant découpé dans l'un des pays de l'UE, est importé en France comme européen, met en garde le vice-président de la Fédération des industries avicoles (Fia), Gilles Huttepain. En cause, un probable report vers les pays européens, pouvant être livrés par camion, des volumes habituellement destinés par l'Ukraine à des pays du Moyen-Orient, en raison des blocages du trafic maritime dus à la guerre, selon le directeur de l'Anvol, Yann Nédélec.
Or, la situation risque encore de s'aggraver, puisque depuis le 24 juin l'Union européenne a décidé de supprimer pendant un an les droits de douane et le quota limitant auparavant les importations ukrainiennes. Un « piège » qui profite de surcroît à une seule entreprise, à l'origine de 90% des exportations des produits avicoles ukrainiens : le groupe MHP, dénonce l'Anvol.
La menace ukrainienne est d'autant plus prise au sérieux par la filière avicole française que, malgré une augmentation constante de la demande interne de volaille, elle est depuis longtemps fragilisée par une inarrêtable augmentation des importations. Elles représentent désormais 49% du poulet consommé en France, contre 25% au début des années 2000. Et après une dizaine d'années de stabilisation, la tendance est repartie à la hausse depuis 2020, lorsque le taux d'importation était de 41%. Le premier semestre 2022 a vu aussi les importations de la Pologne et de la Belgique croître de plus de 20%, et celles directes du Brésil de 181%.