Les touristes (fortunés) qui font la queue devant la boutique de Louis Vuitton, aux Champs-Élysées, ne savent pas forcément où le sac tant convoité a été fabriqué. Ce qu'ils veulent avant tout, et surtout s'ils sont sur place, c'est acheter un produit « Made in France » - symbole de raffinement, de savoir-faire et de tradition. Bref, de luxe... Que ce soit dans la maroquinerie, la parfumerie, le tissage de la soie, la joaillerie ou l'assemblage des champagnes et du cognac, l'industrie du luxe, qui compte nombre de leaders en France - sur les 270 marques dans le monde, 130 sont françaises - et contribue autant que la construction aéronautique et spatiale aux exportations de l'Hexagone, s'inscrit dans l'histoire. Avec, au XVIIe siècle, la volonté de Colbert, ministre de Louis XIV, de créer des manufactures, de soieries et de porcelaines, notamment, pour ne plus les importer à grands frais...
« Nous avons la chance d'être dans un pays aux savoir-faire prestigieux. Il ne s'agit pas de considérer cela comme une évidence, mais de le préserver »,
déclare Bénédicte Epinay, déléguée générale/CEO du Comité Colbert, qui regroupe, depuis sa création, en 1954, à l'initiative du parfumeur Guerlain, les maisons françaises de luxe, et compte 93 maisons et 17 institutions culturelles aujourd'hui.
Et la stratégie, pour préserver ces savoir-faire, passe par l'implantation en région... La raison en est simple : les entreprises spécialisées s'y trouvent et, avec elles, les compétences et les activités secondaires nécessaires. C'est ainsi le cas de la Vallée de la Bresle, en Seine-Maritime, baptisée Glass Vallée, du fait que, depuis le XVIIe siècle et même avant, les artisans verriers s'y sont installés. Aujourd'hui, c'est le fief du flaconnage de luxe, produisant 70 % de l'ensemble des flacons de luxe en verre vendus dans le monde. Quant à la Cosmetic Valley, autour de Chartres, c'est une référence européenne et mondiale, grâce au développement d'une expertise pointue, de la culture des plantes aux produits finis. De même, depuis l'époque gallo-romaine, des mines ont été exploitées autour de Lyon, donnant naissance à une filière de bijouterie-joaillerie toujours florissante. La maroquinerie, elle, s'est implantée dans plusieurs régions, de l'Auvergne-Rhône-Alpes à la Nouvelle Aquitaine en passant par l'Occitanie, jusque dans l'Anjou et le Choletais. Et les traditions y restent bien ancrées.
« Logiquement, les grandes marques vont là où se trouvent les écosystèmes complets - produits bruts, emballages, etc. -, de même que les compétences, grâce en particulier à la formation dans des lycées professionnels locaux »
, poursuit Bénédicte Epinay.