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Entreprises & FinanceAgroalimentaire & Biens de consommation & Luxe

Pourquoi le Brexit effraie l'agro-alimentaire britannique

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 27 juin 2016 à 14:15 - Mis à jour le 30 juin 2016 à 15:30

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Les agriculteurs britanniques recevaient jusqu'à présent 3,8 milliards d'euros par an au titre de la Politique agricole commune. Avec le risque de Brexit, l'abandon du marché pourrait également pénaliser les exportations et les prix des aliments.

Avant le référendum qui a vu la victoire du Brexit, la National Farmers Union (NFU), association nationale des agriculteurs anglais et du Pays de Galles, avait préféré ne pas donner de consigne de vote à ses 55.000 adhérents. Elle s'était limitée à la publication d'une résolution de son conseil, fondée sur les résultats d'un rapport commandée à l'Université de Wageningen (Pays-Bas), dont la conclusion était pourtant explicite: "Selon les données actuellement disponibles, les intérêts des agriculteurs seront mieux servis si nous continuons à rester membres de l'Union européenne".

Au lendemain du vote, peu avant que David Cameron annonce sa prochaine démission, le président de l'association, Meurig Raymond, a repris la parole, pour mettre en garde ceux qui n'auraient pas mesuré l'ampleur du changement: "Le vote pour l'abandon de l'Union européenne conduira inévitablement à une période d'incertitude dans un nombre de domaines qui sont d'importance vitale pour les agriculteurs britanniques", a-t-il souligné. Avant de s'adresser aux responsables politiques: "Nous comprenons que les négociations (avec l'Union européenne, NDLR) prendront quelque temps, mais il est essentiel qu'il y ait un engagement rapide pour assurer que l'agriculture britannique n'est pas désavantagée..."

Les exportations agricoles menacées par les droits de douane

La première inquiétude mise en avant par Meurig Raymond concerne l'impact d'une sortie de l'UE, et donc du marché commun, sur les exportations des produits issus de l'agriculture dont la valeur, selon la NFU, dépassait les 16 milliards de livres sterling en 2014. La remise en place de droits de douanes à la frontière entre le RU et l'UE impacterait tout particulièrement le secteur agricole, selon une étude récente de BMI Research citée par le Wall Street Journal. "61% de l'ensemble de notre nourriture et de nos boissons va en Europe", a expliqué le président de la NFU, cité par The Guardian: notamment 38% de la viande d'agneau, mais aussi du blé et du orge, du bœuf, du fromage et d'autres produits laitiers.

Les prix alimentaires en hausse

La dévalorisation de la livre aurait pour sa part un effet sensible sur les prix des produits alimentaires importés. Un enjeu particulièrement sensible au Royaume-Uni: "Malheureusement, nous produisons seulement 60% de la nourriture que nous consommons, nous avons vu notre autosuffisance chuter dramatiquement, nous sommes donc très dépendant de l'importation d'aliments", explique Meurig Raymond. Dans les colonnes du Guardian, le président de la NFU allait jusqu'à mettre en garde:

"Le gouvernement pourrait facilement être pris en otage par d'autres parties du monde s'il y avait un désastre climatique ou si la monnaie est faible".

La PAC remplacée?

Autre incertitude particulièrement angoissante pour les agriculteurs, le sort des subventions jusqu'à présent reçues au titre de la Politique agricole commune (PAC) de l'UE. Le Royaume-Uni pouvait compter jusqu'à présent sur 3,8 milliards d'euros par an, selon l'étude de la NFU et de l'Université de Wageningen. 55% du revenu moyen d'un agriculteur britannique (20.000 livres sterling en 2014) venait de la PAC, selon Meurig Raymond.

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Certes, le maintien d'une politique de soutien à l'agriculture semblerait envisageable puisque, selon la même étude, l'argent versé par le RU à l'UE au titre de la PAC aurait atteint 7,9 milliards d'euros annuels.  Pendant leur campagne, les partisans du Brexit ont d'ailleurs promis que les subventions européennes seraient remplacées par des subventions nationales. Le ministre de l'Agriculture lui-même, George Eustice, pro-Brexit, avait assuré en février:

"La vérité est que si nous abandonnions l'Union européenne il y aurait 18 milliards annuels de livres sterling de dividendes, donc pourrions-nous trouver l'argent pour dépenser 2 milliards de livres sterling pour l'agriculture et l'environnement? Bien sûr que nous pourrions. Sans l'ombre d'un doute".

Il n'empêche qu'au-delà des promesses, aucun détail sur les contenus d'une éventuelle nouvelle politique de soutien à l'agriculture n'a été dévoilé. Or, le moment de tenir cet engagement est donc arrivé, revendique la NFU.

Certains experts de la PAC, comme le professeur à l'Université de Warwick Wyn Grant n'hésitent toutefois pas à se montrer sceptiques: "Je ne pense pas qu'il soit probable que les subventions qui la remplaceront soient aussi généreuses que la PAC", observe-t-il, en estimant que les prochains gouvernement seront soumis à d'importantes pressions budgétaires. Les agriculteurs britanniques, pour qui les subventions européennes "font en beaucoup de cas la différence entre profit et perte", seront plus pauvres en dehors de l'UE, prédit-il donc.

Plus de droit de séjour pour les travailleurs agricoles

Alors que la campagne pro-Brexit a essentiellement tourné autour de la question de la libre circulation des travailleurs européens, la fermeture des frontières britanniques pourrait paradoxalement mettre en grosse difficulté l'agriculture de l'île, où les travailleurs de l'Europe de l'Est occupent une place importante. "Chaque fraise consommée à Wimbledon cette année aura été cueillie par un Européen de l'Est", résume le directeur d'une agence de recrutement pour l'agriculture, John Hardman, cité par le WSJ. Des 6.000 personnes embauchées chaque année par l'agence, 99% sont de nationalité roumaine ou bulgare, précise-t-il.

Selon lui, la difficulté vient non seulement du fait que cette main d'oeuvre est particulièrement bon marché. "Il n'y a pas d'intérêt de la part des travailleurs britanniques pour ce genre de postes", estime-t-il, en concluant: "Penser que les chômeurs britanniques combleront le vide est grotesque". Ed Hurford, à la tête d'un groupe d'éleveurs artisanaux de dindes, confirme: "Les travailleurs britanniques tendent à abandonner après un ou deux jours de plumaison des dindes, c'est un travail extrêmement difficile et dur". Un retour au système en vigueur avant que les Bulgares et les Roumains obtiennent -en 2014- le droit de circuler librement dans l'UE, fondé sur l'octroi de visas temporaires, s'imposera donc probablement, si l'équilibre politique le permet.

Moins de contraintes

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Les agriculteurs peuvent toutefois se réjouir sur un point: quitter l'UE devrait impliquer un allègement des règles de protection de l'environnement, que nombre d'entre eux perçoivent comme des contraintes. Rotation des cultures, coupure des haies, utilisation des insecticides seront désormais régis par la loi nationale, plus facile à influencer par les grandes firmes agro-alimentaires selon les écologistes. La NFU insiste toutefois sur le fait que le respect de l'environnement, jusqu'à présent condition sine qua non pour obtenir les subventions de la PAC, restera à l'ordre du jour: "Quand les agriculteurs gagneront de l'argent, ils l'investiront encore dans leurs fermes et dans l'environnement qui les entoure", espère Meurig Raymond.

Giulietta Gamberini

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