Pourquoi Oudin, PME d'Indre-et-Loire, cartonne chez les géants du luxe

SÉRIE D'ÉTÉ : LES ENTREPRISES FAMILIALES EN CENTRE VAL DE LOIRE (3/4). Issue de l’ancien moulin à papier construit par des moines à Truyes, à une vingtaine de kilomètres au sud de Tours, la cartonnerie Oudin est active sous sa forme actuelle depuis 1850. Une longévité qui tient pour l’essentiel au caractère familial de l’entreprise.

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Henri, Catherine et Georges de Tudert transmettront les manettes de la cartonnerie d’ici moins de deux décennies à leur progéniture, composée de dix enfants, en fonction de son appétence et de ses compétences.
Henri, Catherine et Georges de Tudert transmettront les manettes de la cartonnerie d’ici moins de deux décennies à leur progéniture, composée de dix enfants, en fonction de son appétence et de ses compétences. (Crédits : Reuters)

Réorientée depuis 20 ans vers le packaging du luxe, la PME d'Indre-et-Loire, qui emploie 90 salariés et a réalisé 25 millions d'euros de chiffre d'affaires l'année dernière, peut se targuer d'habiller l'élite des produits haut de gamme made in France. Son portefeuille de clients qu'Oudin se garde bien de dévoiler compte ainsi la plupart des grands noms de la parfumerie-cosmétique, du Champagne et des spiritueux, de la maroquinerie et de la mode. LVMH, Hermès, Chanel et L'Oréal, notamment, ont confié à la société la fabrication de leurs écrins. « Nos donneurs d'ordres sont en général eux-mêmes des groupes familiaux, ils apprécient donc de travailler avec des prestataires enracinés dans la même lignée et sur un territoire identifié, explique Henri de Tudert, directeur industriel de la cartonnerie Oudin. C'est le gage de prestations sur mesure ».

Déterminant pour l'image des marques, la protection et la traçabilité des produits, a fortiori dans le luxe, l'emballage doit répondre à des critères de haute valeur ajoutée. « Le savoir-faire de l'entreprise sur ce segment bien spécifique s'exprime à la fois par la souplesse de la création, par la qualité de l'exécution et par l'excellence de la fabrication, assure Henri de Tudert. Tant au niveau des délais, de la texture que de la couleur, c'est ce qui nous différencie de nos concurrents ».

Héritage historique et modernité

La spécificité haut de gamme n'a pas toujours été de mise chez Oudin. Jusqu'en 2000, l'entreprise ne se distinguait ainsi guère des autres fabricants de carton généralistes. Elle produisait essentiellement pour les marchés de la papèterie, des classeurs et des intercalaires, et de la chaussure, des boites. L'héritage d'une histoire industrielle qui remonte au début du XIVe siècle, avec la construction par les moines de Cormery d'un moulin à papier destiné à fabriquer les œuvres liturgiques. Situé à Truyes, au bord de l'Indre, le bâtiment, transmis successivement au sein des familles Touchard puis Oudin, débutera sa véritable aventure industrielle au milieu du XIXe siècle. Augustin Oudin junior y installe la première machine à papier en continu sur le site actuel de l'entreprise. Son arrière-petite-fille, Françoise Oudin épousera Georges de Tudert, qui donnera une nouvelle impulsion à l'entreprise au sortir de la seconde guerre mondiale.

A la fin des années 1990, la forte concurrence sur le carton compact traditionnel, sans réelle valeur ajoutée, a poussé la PME de Touraine à viser le packaging haut de gamme. Une niche prometteuse à condition de l'accompagner d'un outil industriel performant. Le défi à relever était à la fois industriel et financier. Oudin mettra 10 ans, de 2008 à 2020, pour intégrer toutes les étapes de fabrication du carton compact haut de gamme sur une ligne unique de production. Objectif, maîtriser la totalité de la chaine. « Notre outil industriel, notamment la machine à papier, a été majoritairement conçu en interne par notre bureau d'étude. L'objectif est à la fois de nous assurer l'autonomie d'action la plus complète et d'éviter la fuite du savoir-faire à l'extérieur », assure Henri de Tudert, ingénieur de formation. Cette volonté se traduit par un appel le plus réduit possible à la sous-traitance au sein de la cartonnerie qui fabrique même ses propres palettes sur mesure. Grâce à une nouvelle tranche d'investissement prévue d'ici 2025, les dirigeants d'Oudin souhaitent désormais développer de nouveaux supports innovants de cartons.

Une page qui reste à écrire

Là où leur père Aymar de Tudert présidait seul aux destinées de la cartonnerie Oudin, ses trois enfants, Catherine, Georges et Henri, se partagent à tour de rôle la présidence de l'entreprise depuis 2003. Le choix d'un fonctionnement tournant et collégial est censé permettre un meilleur développement de la société, grâce à la complémentarité des compétences de chacun. Les profils commerciaux de Catherine et de Georges sont complétés par celui d'Henri, plus technique. La pérennité de l'entreprise procède également de cette équité dans la gouvernance, notamment à l'heure de la transmission de la cartonnerie aux générations futures. Pour autant, la conduite d'une entreprise à trois n'est pas toujours un long fleuve tranquille.

« Une nouvelle page s'écrira d'ici quelques années sans se départir de la stratégie sur le long terme qui constitue l'ADN d'Oudin, conclut Henri de Tudert qui succèdera à sa sœur à la présidence du directoire d'Oudin pour trois ans en 2022. Cette dernière est vertueuse à plus d'un titre. En donnant confiance à nos clients, elle nous a permis notamment de développer une vraie résilience face à la crise sanitaire. »

Après une baisse de chiffre d'affaires réduites à 12% en 2020, le cartonnier table dès cette année sur une reprise de l'activité qui lui permettrait de frôler les 30 millions d'euros de recettes. « Le caractère limité du turn-over chez les salariés est également le gage d'une qualité constante même en temps de crise, conclut le directeur industriel. Ce savoir-faire, transmis génération après génération à tous les échelons des entreprises familiales, constitue l'une de leur force majeure pour résister à l'épreuve du temps ».

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