CRISE ÉCOLO-MONÉTAIRE. L'interdiction d'importer des pesticides et autres engrais avait été décidée alors que l'économie de l'île s'écroulait, durement touchée par la pandémie de Covid-19, après les terribles attentats de 2019. Le pays, qui a vu ses réserves de devises fondre comme neige au soleil, a lancé de nombreuses interdictions pour limiter les importations. Celle sur les pesticides était précipitée.Dimanche, six mois après avoir été le premier pays au monde à prendre le cap d'une agriculture 100% bio, le Sri Lanka a fait machine arrière, en annonçant la levée de l'interdiction de tous les produits agrochimiques, y compris les herbicides et les pesticides. Objectif : éviter que le pays, déjà en grande difficulté, ne plonge dans une crise majeure.
"Compte tenu de la nécessité d'assurer la sécurité alimentaire (...), nous autoriserons désormais les intrants chimiques dont le besoin est urgent", a déclaré Udith Jayasinghe, le secrétaire du ministre de l'Agriculture, à la chaîne de télévision privée News First, avant des manifestations d'agriculteurs prévues à Colombo.
Le pays passe au bio du jour au lendemain: panique chez les agriculteurs
Le 29 avril dernier, le président Gotabhaya Rajapakse avait annoncé que le Sri Lanka serait le premier pays du monde à devenir à 100% producteur d'aliments biologiques, et pour marquer sa volonté, avait interdit dans la foulée, du jour au lendemain, l'importation de tous les produits chimiques phytosanitaires destinés à l'agriculture.
Si les agriculteurs sri-lankais sont plutôt favorables à l'idée selon un sondage réalisé cet été de l'institut Verity Research basé à Colombo, capitale du Sri Lanka, et cité par Libération, ils réclament un temps de formation spécifique pour pouvoir réaliser la transition vers l'agriculture bio, ainsi que disposer du matériel adéquat. Le député Ashok Abeysinghe, cité par Verity Research, a également dénoncé la soudaineté de la décision expliquant qu'il était impossible qu'un pays passe à agriculture 100% biologique dans un si court laps de temps, alors que seulement 16 pays dans le monde, et aucun en Asie, se sont tournés vers une production agricole bio mais en visant un modeste seuil de 10%.
La chasse aux importations pour tenter de sortir de la crise monétaire
Mais cette politique, a priori vertueuse écologiquement, a été mise en place alors que l'économie de l'île s'écroulait, durement touchée par la pandémie de Covid-19. Celle-ci a considérablement réduit non seulement les recettes liées au tourisme mais également les envois de fonds des compatriotes travaillant à l'étranger. De fait, le pays a vu ses réserves de devises fondre comme neige au soleil.