Banqueroute de Saab : la justice américaine rejette une plainte contre GM

 |   |  701  mots
Saab 900 Turbo Cabriolet. Copyright Saab
Saab 900 Turbo Cabriolet. Copyright Saab
Un an et demi après la mise en faillite du fameux constructeur auto suédois Saab, la justice américaine rejette une plainte contre GM, propriétaire de la firme de Trollhättan jusqu'en 2010. Les plaignants accusaient le mastodonte de Detroit d'avoir délibérément entraîné la banqueroute de Saab.

Saab est-il mort une deuxième fois? Un tribunal américain a rejeté en effet la plainte déposée en août dernier par les constructeurs néerlandais Spyker et suédois Saab contre General Motors. Ceux-ci accusaient le mastodonte américain d'avoir délibérément  entraîné la faillite de la fameuse firme automobile de Trollhättan, ont annoncé les deux plaignants ce mardi. Le tribunal du Michigan a "tranché en faveur du défendeur GM", écrit Spyker, la  marque de voitures de sport qui avait repris Saab à GM en 2010. Spyker indique qu'il va analyser la décision du tribunal avant de décider de faire appel ou pas.

Mise en faillite

La plainte affirmait que GM avait "interféré de manière délictuelle" dans un projet de transaction ", qui aurait permis à Saab de se restructurer et de rester solvable", car il voulait pouvoir "dominer le marché chinois" sur lequel le consortium de Detroit est le numéro un. Les deux sociétés réclamaient 3 milliards de dollars (2,4 milliards d'euros) en dommages et intérêts à GM qui, assuraient-ils, avait bloqué un accord entre Saab et des groupes chinois. GM a  refuté en bloc ces accusations. Pour le groupe américain, "Saab (lui) avait octroyé un droit contractuel de donner ou pas son accord à la transaction proposée". Saab ss'est déclaré en faillite le 19 décembre 2011,  après qu'une tentative de lever des fonds en Chine avait été contrariée par General Motors.

Marque emblématique

Né en 1937 pour construire des avions, Saab a créé une branche automobile juste après la guerre.  Reconnu pour l'originalité et l'innovation technique de ses véhicules, Saab a eu son heure de gloire dans les années 80 avec la fameuse 900 Turbo, une sportive "chic", la première berline turbo à seize soupapes du monde, qui a donné naissance à une  version cabriolet très recherchée aujourd'hui par les collectionneurs. La 900 aux lignes originales, dérivée de la 99 de la fin des années 60, a notamment beaucoup plu sur la Côte est américaine, où elle est devenue la voiture des professeurs et professions libérales de la Nouvelle-Angleterre. Las. Après des coopérations techniques avec le groupe Fiat (Saab 9000), la famille Wallemberg décide en 1990 de se séparer de la branche automobile du groupe Saab-Scania (camions). GM en reprend alors la moitié, puis la totalité.

Manque d'investissements

Mais, le groupe de Detroit n'investit pas assez, mène une stratégie médiocre, affuble le pauvre constructeur des médiocres plates-formes et moteurs diesel peu fiables d'origine Opel, la branche allemande de l'américain. Pis, GM rebaptise un 4x4 Chevrolet Trail-Blazer en lui mettant un logo Saab. Catastrophique pour l'image! Du coup, les ventes n'ont jamais pu s'élever durablement au-dessus de la barre fatidique des 120.000 unités. La firme a en conséquence perdu de l'argent quasi-constamment. Lors de sa mise sous protection du Chapitre XI (loi américaine sur les faillites) en 2009, GM a alors liquidé purement et simplement Saab. Sans état d'âme. Sauvé in extremis par Victor Muller, constructeur (confidentiel) des voitures de luxe néerlandaises Spyker, Saab n'a toutefois jamais vraiment redémarré depuis, toujours aux prises avec des problèmes de liquidités.

Arrêt de production en avril 2011

Victor Muller s'est démené pour trouver un accord afin de sauver Saab, principalement auprès de deux groupes chinois, le constructeur Youngman et le distributeur Pang Da. Un accord a été finalement trouvé. Mais, General Motors a répété à plusieurs reprises qu'il s'opposerait au nécessaire transfert de brevets technologiques qu'il détenait aux entreprises chinoises. Du coup, la transaction n'a pas eu lieu. Décidément, GM aura vraiment enterré Saab ! Comme il a été incapable de gérer ses alliances avec les japonais Isuzu, Suzuki, Fuji Heavy (Subaru). Son divorce avec l'italien Fiat  au milieu des années 2000 lui a même coûté 1,5 milliard d'euros. Bon courage à PSA, qui a noué en février 2012 une alliance avec GM, lequel a pris 7% du capital ! Saab a été forcé d'arrêter sa production en avril 2011, lorsque les fournisseurs ont cessé leurs livraisons. Saab employait environ 3.700 personnes à Trollhättan.

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 11/06/2013 à 13:56 :
Que s'est-il passé après la guerre ? Et même avant la guerre ? Car une guerre est toujours la conséquence d'un bras de fer commercial. GM et les américains ont eu toute lattitude pour tirer la charette occidentale de la part de leurs alliés (dont notre pays), et ils l'ont fait ! Le comparatif de la santé des entreprises par exemple montre facilement que les américains n'ont pas pris d'avantage excessif sur leur homologues européens pour peu que ces derniers se soient conduits sérieusement dans leurs affaires. Ainsi la France dispose des plus grandes entreprises mondiales au classement Fortune Global 500 qui fait référence. Cette mission américaine a consisté à industrialiser des régions défavorisées ou difficiles (On se reportera comme exemple au T.V.A.... tiens ?). Cela a été le cas pour la Suède où les américains ont tenu à bout de bras ce petit pays, ce que l'on a appelé le miracle suédois et où l'on a voulu voir la main de l'excellence du protestantisme. Encore aujourd'hui. Après 2004, leur mission terminée et non reconduite (Episode préalable et signifiant de Villepin), ils ont tout laissé tomber et les entreprises ont fermé. C'est aussi simple. Comme le soutien venait principalement de leurs brevets (c'est plus facile lorsque l'on n'a pas à investir) ils sont repartis avec, normal. C'est ainsi pour Saab, Volvo, Fiat, Opel comme pour les investissements directs de Ford ou le financement des sous-traitants équipementiers. Ces soutiens ont permis de faire l'Europe en laissant à penser que les petits pays pouvaient s'en sortir. De long terme, par la force de l'habitude les dirigeants locaux ont intégré souvent sincèrement cette réussite comme la leur. Mais pouvaient-ils ne pas savoir ? Que seraient devenues la Suède et l'italie sans les américains ? On peut spéculer, mais certainement pas grand chose car en même temps c'est à nos pays et particulièrement à la France que l'on a pris au moyen de cette concurence déloyale. La France a alors mis en place sa matrice, terriblement efficace. Le terrible est pour les populations de chômeurs restées comme nulle part ailleurs la variable d'ajustement. C'est pourquoi il est possible maintenant de faire autrement sans rien lâcher mais de manière plus respectueuse.
Réponse de le 13/06/2013 à 11:45 :
Voila une analyse bien simpliste entre les gentils et les méchants qui n'a pas grand rapport avec les 20 ans d'immobilisme que GM a imposé à saab après l'avoir racheté car la faillite de Saab et la dissolution de son image viennent d'abord de là: une baisse des ventes due au sous investissement alors que la marque était une pépite avec une image de marque en or.

Ford a laché Volvo pour les mêmes raisons que GM sauf que par chance, Volvo a été laché avant la crise et que le chinois Geely a pu continuer de fabriquer la gamme existante.

Il n'y a donc pas de fatalité à la mort de Saab mais bel et bien la volonté de GM.
a écrit le 11/06/2013 à 13:49 :
Etonnant ! ;-) Ils avaient du temps à perdre, les Suédois : ils croyaient qu'un juge américain allait faire payer GM face à des non-Américains ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :