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Renault-Nissan: les 4 enjeux d'une alliance en plein tourment

Photo de Nabil Bourassi

Nabil Bourassi

Publié le 28 octobre 2015 à 14:04 - Mis à jour le 29 octobre 2015 à 15:07

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Depuis la montée de l'Etat français dans le capital de Renault en avril, l'allié japonais s'interroge de plus en plus sur les termes d'une alliance jugée désormais déséquilibrée. Elle ne rendrait plus compte du nouveau rapport de force apparu à mesure que Nissan changeait de taille - il est aujourd'hui deux fois plus grand que Renault.

L'Alliance Renault-Nissan bat-elle de l'aile ? Ou la direction de Nissan est-elle en train de jouer une partie de bluff avec le gouvernement français ? Depuis six mois maintenant, les Japonais expriment à haute voix ce qu'ils pensaient tout bas depuis plusieurs années : les termes de l'alliance telle qu'ils ont été définis en 1999, puis amendés en 2002, ne sont plus justifiés.

C'est la montée de l'Etat français dans le capital de Renault qui aurait ouvert la boîte de Pandore - ou simplement fourni un prétexte au partenaire japonais pour en finir avec une alliance jugée déséquilibrée. Carlos Ghosn, qui jurait il y a quelques mois que cette affaire ne changerait rien, doit désormais trouver un nouveau consensus pour relancer l'alliance. Les termes de cette « nouvelle » alliance devront être choisis avec justesse pour ne vexer ni les uns ni les autres. Voilà en quatre points les enjeux du défi qui s'annonce.

Les griefs de Nissan

Le constructeur automobile japonais n'a toujours pas digéré la montée de l'Etat français dans le capital de Renault. En avril dernier, le gouvernement avait décidé de passer de 15% à 22% du capital afin de peser à l'assemblée générale des actionnaires pour imposer ses droits de vote double. Et il avait promis de revenir à sa position de 15% - ce qui n'est toujours pas fait en raison des conditions de marché.

Sauf que, pour Nissan - qui n'a aucun droit de vote malgré ses 15% de participation - cette initiative était inacceptable. Pis, le constructeur nippon avait le sentiment d'être indirectement contrôlé par le gouvernement français. Un comble pour une entreprise privée japonaise.

En réalité, Nissan s'interroge depuis longtemps sur l'équilibre de son partenariat avec le constructeur français. Il faut dire que Nissan pèse désormais les deux tiers des ventes de l'alliance, alors qu'ils étaient de taille similaire lors de la conclusion de l'accord de partenariat. Ainsi, le contrôle de Renault sur Nissan (avec 44% du capital) n'est ni pertinent ni justifié.

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Nissan va-t-il manger Renault ?

S'il est vrai que Renault a sauvé Nissan de la faillite en 1999, il semblerait que, désormais, c'est Renault qui a besoin de Nissan. Au plus fort de la crise financière, la valorisation de Renault valait à peine plus que sa participation dans le capital de Nissan. Autrement dit, l'entreprise Renault ne valait plus rien. Aujourd'hui encore, Nissan reste le principal pourvoyeur de bénéfices de l'alliance, et son poids est autrement plus important, tout comme ses positions sur les marchés les plus stratégiques (Chine, Etats-Unis).

Avec le changement réclamé par Nissan, il se pourrait que le rapport de force capitalistique soit inversé, et, dans un des scénarios envisagés, Renault pourrait être à son tour privé de droits de vote. Dès lors, rien n'empêchera Nissan de faire la loi chez le constructeur français - ce sera encore plus vrai lorsque se posera la question de la succession de Carlos Ghosn.

Le rôle de l'Etat français

Le gouvernement français s'est-il pris les pieds dans le tapis ? En voulant imposer les droits de vote double, il a déclenché une réaction d'incompréhension chez Nissan. Des sources proches du dossier ont beau rappeler que l'Etat avait une participation bien supérieure lorsque l'Alliance a été signée, Nissan ne veut rien entendre.

D'autant que le gouvernement n'a toujours pas revendu ses titres comme il l'avait promis. Les conditions du marché (l'action Renault a baissé de 14% en six mois) contraignent l'Etat à surseoir à cette vente.

Mais, le gouvernement ne se contente pas d'être un actionnaire passif, il s'est donné un droit de regard sur la stratégie de Renault. Récemment, il aurait indiqué à Carlos Ghosn s'opposer à un changement de paradigme dans les termes de l'alliance avec Nissan. La question est de savoir jusqu'où le gouvernement est prêt à aller pour imposer ses vues, en prenant le risque d'une rupture avec le partenaire japonais.

Le rôle de Carlos Ghosn

Carlos Ghosn est dans une situation délicate puisqu'il est le Pdg de Renault mais également celui de Nissan. Et la liberté de parole manifestée par Nissan, certes par presse interposée, oblige Carlos Ghosn à ménager la chèvre et le chou. Alors que, quatre mois auparavant, lors de la montée de l'Etat dans Renault, il avait indiqué que cela ne changerait rien aux termes de l'alliance. C'est bien la preuve qu'il n'est plus seul maître à bord chez Nissan...

D'après certains observateurs, il chercherait à mettre en scène la dramatisation de la situation afin de remettre l'Etat français à sa place. Ou mieux, il ferait le pari d'un rééquilibrage de l'Alliance afin de neutraliser la position de force que l'Etat pense détenir dans le capital de Renault. Enfin, d'autres spécialistes du secteur se demandent si Carlos Ghosn a encore l'initiative...

À lire également

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  • La structure de l'alliance Renault-Nissan ne changera pas, selon Carlos Ghosn
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En réalité, Carlos Ghosn est au centre du jeu car il sait que sa succession est une question épineuse pour la pérennité de l'Alliance. Les Japonais ne jurent que par lui - celui qui a sauvé Nissan de la faillite au début des années 2000. Mais ils partagent également avec lui la même culture industrielle. Les Japonais se méfient de l'arrivée d'un autre Français à la tête de Renault. Ils avaient déjà montré cette inquiétude lors de la fausse affaire d'espionnage qui avait bousculé le management de Renault et qui avait abouti au départ de Patrick Pélata, dauphin désigné de Carlos Ghosn.

Nabil Bourassi

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