Renault-Nissan : les 4 enjeux d'une alliance en plein tourment

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Quel est le rôle de Carlos Ghosn qui jurait pourtant que la structure de l'alliance ne changerait pas?
Quel est le rôle de Carlos Ghosn qui jurait pourtant que la structure de l'alliance ne changerait pas? (Crédits : Reuters)
Depuis la montée de l'Etat français dans le capital de Renault en avril, l'allié japonais s'interroge de plus en plus sur les termes d'une alliance jugée désormais déséquilibrée. Elle ne rendrait plus compte du nouveau rapport de force apparu à mesure que Nissan changeait de taille - il est aujourd'hui deux fois plus grand que Renault.

L'Alliance Renault-Nissan bat-elle de l'aile ? Ou la direction de Nissan est-elle en train de jouer une partie de bluff avec le gouvernement français ? Depuis six mois maintenant, les Japonais expriment à haute voix ce qu'ils pensaient tout bas depuis plusieurs années : les termes de l'alliance telle qu'ils ont été définis en 1999, puis amendés en 2002, ne sont plus justifiés.

C'est la montée de l'Etat français dans le capital de Renault qui aurait ouvert la boîte de Pandore - ou simplement fourni un prétexte au partenaire japonais pour en finir avec une alliance jugée déséquilibrée. Carlos Ghosn, qui jurait il y a quelques mois que cette affaire ne changerait rien, doit désormais trouver un nouveau consensus pour relancer l'alliance. Les termes de cette « nouvelle » alliance devront être choisis avec justesse pour ne vexer ni les uns ni les autres. Voilà en quatre points les enjeux du défi qui s'annonce.

Les griefs de Nissan

Le constructeur automobile japonais n'a toujours pas digéré la montée de l'Etat français dans le capital de Renault. En avril dernier, le gouvernement avait décidé de passer de 15% à 22% du capital afin de peser à l'assemblée générale des actionnaires pour imposer ses droits de vote double. Et il avait promis de revenir à sa position de 15% - ce qui n'est toujours pas fait en raison des conditions de marché.

Sauf que, pour Nissan - qui n'a aucun droit de vote malgré ses 15% de participation - cette initiative était inacceptable. Pis, le constructeur nippon avait le sentiment d'être indirectement contrôlé par le gouvernement français. Un comble pour une entreprise privée japonaise.

En réalité, Nissan s'interroge depuis longtemps sur l'équilibre de son partenariat avec le constructeur français. Il faut dire que Nissan pèse désormais les deux tiers des ventes de l'alliance, alors qu'ils étaient de taille similaire lors de la conclusion de l'accord de partenariat. Ainsi, le contrôle de Renault sur Nissan (avec 44% du capital) n'est ni pertinent ni justifié.

Nissan va-t-il manger Renault ?

S'il est vrai que Renault a sauvé Nissan de la faillite en 1999, il semblerait que, désormais, c'est Renault qui a besoin de Nissan. Au plus fort de la crise financière, la valorisation de Renault valait à peine plus que sa participation dans le capital de Nissan. Autrement dit, l'entreprise Renault ne valait plus rien. Aujourd'hui encore, Nissan reste le principal pourvoyeur de bénéfices de l'alliance, et son poids est autrement plus important, tout comme ses positions sur les marchés les plus stratégiques (Chine, Etats-Unis).

Avec le changement réclamé par Nissan, il se pourrait que le rapport de force capitalistique soit inversé, et, dans un des scénarios envisagés, Renault pourrait être à son tour privé de droits de vote. Dès lors, rien n'empêchera Nissan de faire la loi chez le constructeur français - ce sera encore plus vrai lorsque se posera la question de la succession de Carlos Ghosn.

Le rôle de l'Etat français

Le gouvernement français s'est-il pris les pieds dans le tapis ? En voulant imposer les droits de vote double, il a déclenché une réaction d'incompréhension chez Nissan. Des sources proches du dossier ont beau rappeler que l'Etat avait une participation bien supérieure lorsque l'Alliance a été signée, Nissan ne veut rien entendre.

D'autant que le gouvernement n'a toujours pas revendu ses titres comme il l'avait promis. Les conditions du marché (l'action Renault a baissé de 14% en six mois) contraignent l'Etat à surseoir à cette vente.

Mais, le gouvernement ne se contente pas d'être un actionnaire passif, il s'est donné un droit de regard sur la stratégie de Renault. Récemment, il aurait indiqué à Carlos Ghosn s'opposer à un changement de paradigme dans les termes de l'alliance avec Nissan. La question est de savoir jusqu'où le gouvernement est prêt à aller pour imposer ses vues, en prenant le risque d'une rupture avec le partenaire japonais.

Le rôle de Carlos Ghosn

Carlos Ghosn est dans une situation délicate puisqu'il est le Pdg de Renault mais également celui de Nissan. Et la liberté de parole manifestée par Nissan, certes par presse interposée, oblige Carlos Ghosn à ménager la chèvre et le chou. Alors que, quatre mois auparavant, lors de la montée de l'Etat dans Renault, il avait indiqué que cela ne changerait rien aux termes de l'alliance. C'est bien la preuve qu'il n'est plus seul maître à bord chez Nissan...

D'après certains observateurs, il chercherait à mettre en scène la dramatisation de la situation afin de remettre l'Etat français à sa place. Ou mieux, il ferait le pari d'un rééquilibrage de l'Alliance afin de neutraliser la position de force que l'Etat pense détenir dans le capital de Renault. Enfin, d'autres spécialistes du secteur se demandent si Carlos Ghosn a encore l'initiative...

En réalité, Carlos Ghosn est au centre du jeu car il sait que sa succession est une question épineuse pour la pérennité de l'Alliance. Les Japonais ne jurent que par lui - celui qui a sauvé Nissan de la faillite au début des années 2000. Mais ils partagent également avec lui la même culture industrielle. Les Japonais se méfient de l'arrivée d'un autre Français à la tête de Renault. Ils avaient déjà montré cette inquiétude lors de la fausse affaire d'espionnage qui avait bousculé le management de Renault et qui avait abouti au départ de Patrick Pélata, dauphin désigné de Carlos Ghosn.

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a écrit le 02/11/2015 à 13:55 :
Dans ces polémiques et autres désordres orchestrés par Carlos GHOSN,

il est utile et indispensable de revenir à l'essentiel ;

Sans les contribuables Français, Nissan serait mort, les usines Nissan anglaises, japonnaises, espagnoles, Américaines n'existeraient plus ;

Quoi de plus normal que les contribuables français contrôlent les bénéfices des risques énormes pris depuis 15 ans ;

Par ailleurs, si Ghosn n'est plus en "accordance" avec son principal actionnaire, que Ghosn s'en aille sans rien demander,

il a déjà beaucoup sucé l'alliance ;

Les contribuables français sont légitime à reprocher à Ghosn le fait qu'il ait à ce point affaiblit Renault, gaspillé des sommes faramineuses dans la Formule 1 inutile,

dissimulé les pertes de Dacia Samsung Avtovaz infiniti dans les comptes de Renault,
a écrit le 30/10/2015 à 15:27 :
Bonjour Mr Bourassi,

Je vais etre un peu direct, mais je pense que cette analyse ne peut pas etre correcte.
J'aimerai comprendre quelles sont les sources de ces bruits: "Nissan voudrait que...".
De mon point de vue, "Nissan voudrait que..." n'existe pas sans que ce soit le souhait de Renault ou de C. Ghosn.
Une entreprise est drivé par ces actionnaires et par une direction (qui rend compte à ces actionnaires).
Renault est l'actionnaire le plus important, il n'y a donc aucune voix qui peut etre plus forte que celle de Renault au sein de Nissan. Il n'y a pas à rediscuter cela. Renault a acheté des parts dans un Nissan ultra faible, perdant 500$ par voiture vendu, et a investi pour le relever. Maintenant, il y a un retour sur investissement. C'est ce qu'il se passe dans les cas ou tout marche comme souhaité, et je ne comprend pas quelle logique forcerait un investisseur ayant redressé une entreprise a revendre des parts quand cette entreprise marche à nouveau. Ca n'a aucun sens économiquement. Qui investirait dans une autre entreprise s'il fallait revendre quand les efforts nécessaires pour la relever sont terminés et que l'on peut enfin en profiter?
Coté direction (qui de toute facon rend compte aux actionnaires), le PDG de Nissan est C. Ghosn. C'est aussi le PDG de Renault et de l'Alliance Renault-Nissan.
Le PDG, c'est celui qui dit ce que l'entreprise "veut que" sous controle des actionnaires. Chacun peut avoir des opinions dans une entreprise, qui peuvent d'ailleurs différer de celles de la direction. Comprenez donc que si certains dans les troupes de C. Ghosn ont des opinions et ne savent pas se tenir et garder leurs opinions en interne, le PDG se doit de leur rappeler que le décisionnaire, c'est le PDG et pas eux - et si nécessaire, gentiment demander à celui qui ne sait vraiment plus se tenir de prendre la porte. C'est valable aussi pour les actionnaires, qui peuvent rappeler à l'ordre un dirigeant (cf F. Piech chez VW, qui n'avait pas su se tenir et s'est fait pousser a la sortie).
Comprenez donc que les employés de Nissan sont sous le PDG C. Ghosn, qui rend des comptes aux actionnaires de Nissan, dont Renault qui est le plus important, qui rend des comptes à ses actionnaires aussi (dont l'Etat avec droit de vote double).
Par conséquent, j'aimerai bien savoir quelle autre source de pouvoir ces "Nissan voudrait que" etc proviennent?

De mon point de vue, C. Ghosn manipule tout simplement ses actionnaires, soit parce qu'il souhaite que Nissan prennent de l'importance et diminuer l'importance de l'Etat si il y avait ce changement de paradigme, soit parce qu'il a peur de ne pas etre reconduit et il cherche à montrer son importance pour l'équilibre de l'alliance. Le reste, c'est comme l'histoire de la marmotte de chez Milka - ca n'existe pas. A part si C. Ghosn ne sait vraiment pas tenir son board chez Nissan.
Corrigez moi si je me trompe et s'il y a une source de pouvoir que j'ai oublié.

Merci d'avance pour votre éclaircissement,
Eti.
a écrit le 30/10/2015 à 13:12 :
L'état actionnaire ayant l'art de transformer l'or en plomb, le meilleur service qu'il pourrait rendre à Renault serait de sortir de son capital. Sans l'alliance avec Nissan, faute de taille critique, Renault aurait probablement disparu ou serait passé sous le contrôle d'un autre constructeur, Daimler Benz par exemple avec lequel il y a déjà des liens forts, et n'aurait jamais eu les moyens de se lancer dans la relance de Samsung, de Dacia (2 opérations parfaitement réussies, c'est sur Dacia que Renault dégage ses meilleures marges) et de Lada (peut être un peu moins...). Et le bricolage capitalistique de l'état l'été dernier est un acte hostile évidemment inadmissible pour les autres actionnaires.
Réponse de le 30/10/2015 à 15:02 :
Que l'Etat sorte du Capital de Renault serait bon, si La France n'était pas l'Etat le plus dépensier et gaspilleur, et panier percé de tous les pays socialement et économiquement développés. IL GASPILLERAIT IMMEDIATEMENT LE PRODUIT DE LA PRIVATISATION. DONC QU IL RESTE ABSOLUMENT AU CAPITAL DE RENAULT A SA PART ACTUELLE Il prélève 57% de la richesse produite par chaque Français, emprunte non pas pour des investissements d'avenir produisant des richesses et de l'attractivité du site France, mais emprunte pour payer les dépenses du quotidien, tel un foyer emprunterait pour payer son pain quotidien, son eau et électricité, et loyer et impots.... d'ailleurs les plus élevés du monde pour LE COMBLE DU COMBLE, avec de telles recettes Fiscales 650 impots et taxes et C.S.G etre en déficit public de 4% du P.I.B produit par chaque Français. 97% de dette sur la totalité du P.I.B produit par chaque Français et 101% en 2016 (déficit public de 2016 4%) le produit total de l'impot sur le revenu, ne suffisant meme plus payer les Intérêts annuels de la dette !!!! ET LES GOUVERNEMENTS N'EN ONT AUCUN SCRUPULE NI HONTE de saigner tous les Français pour dilapider
a écrit le 30/10/2015 à 11:14 :
que m macron pense a reduire le chomage
comme ses chef et non a louvoyer entre liberalisme a l'americaine d'un cote
et faire du communisme d'un autre en voulant controler l'industrie
c'est bien le mal Français ou on gere un pays democratique ouont reste dans le prive
mais pas les deux
faire des regles simples pour produire et vendres
et surtout etre pire que les anciens pays de l'est cela est la France actuel
plus de fonctionnaire que de salaries qui produise la richesse
a écrit le 29/10/2015 à 12:06 :
Que Renault vende avec des milliards de plus values records ses parts dans Nissan, et fusionne ou s'allie sans fusionner, avec P.S.A et éventuellement le groupe Fiat-Chrysler et Opel et l'indépendant Mitsubischi : memes plates formes, et chassis, memes organes mécaniques, memes usines, désign extérieurs et intérieurs indépendants : comme peugeot et citroen. Donc des organes communs de qualité, et à moindre cout. Renault fournit désormais déjà à mercedes tous ses moteurs, et meme des plates-formes,
a écrit le 28/10/2015 à 18:11 :
Si l'on veut bien faire le bilan des idées saugrenues émergées sous l'ère Louis SCHWEITZER / Carlos Tavares / Patrice PELATA / Carlos GHOSN,

l'on se rends bien compte que ces 4 dirigeants Français ont planifié l'affaiblissement de Renault au profit de Nissan tout créant une idée low cost low value zero profit Dacia pour des pertes récurrentes et en ajoutant les 3 boulets financiers et sociaux que constituent les aventures échec magistraux Samsung Infiniti et LadaAvtovaz ;

Il serait légitime que ces piètres dirigeants précités soient appelés sur leurs biens propres et leurs fortunes mal acquises pour payer leurs casses.
Réponse de le 28/10/2015 à 20:38 :
c'est marrant ces points de vus; à chaque il y a les mêmes remarques pas toujours fondées, et à chaque fois on oublie les bénéfs de Renault, le fait que l'entreprise soit désendettée, que les usines tournent toujours en France (même si certains volumes sont peut être moindres). et surtout, pour le "low cost": il y a pas mal de constructeurs qui voudraient bien faire pareil... bizarre pour une entreprise, et des dirigeants si mauvais?
a écrit le 28/10/2015 à 17:14 :
Il n'y a aucune déclaration officielle, tout cela n'est qu'affabulation. Qui plus est un délire de chiffrage de suppositions signe le mauvais exemple des radios en continu de type BFM de si médiocre réputation qui tartinent, faute de mieux, cette fausse rumeur. Evitons ce plongeon. Bien entendu Nissan et Renault ont intérêt à ce que leur identité soit bien différenciée. Un peu de communication peut jouer ce rôle. Toutefois la réalité est que Renault est propriétaire de Nissan. L'Alliance est un processus de direction d'entreprise, de motivation des équipes et de marketing voire de stratégie. Il ne s'agit donc pas de prendre tout cela au strict sérieux capitalistique. Sauf, pour des jaloux qui voudraient par ce biais futile introduire une discorde éventuelle mais improbable. Après se pose la question des votes double et de la posture Macron. Je ne suis pas partisan de cette distinction entre actionnaire de "long terme" contre l'autre qui serait spéculateur. Ni même pour les titres A et B ou tout autre dérive. Chaque actionnaire doit avoir le même droit. Pour le reste le président de Renault Alliance dirige les deux groupes avec plusieurs marques dont la petite dernière à venir est Alpine; l'ensemble représente un chiffre d'affaire rentable dont nous devons nous féliciter.
a écrit le 28/10/2015 à 16:12 :
Je subodore qu'il s'agit d'un coup de bluff . Ce n'est pas anormal de posséder une société plus grosse que soi. C'est la loi du marché qui permet d'acheter au bon moment et de saisir les opportunités. En tout cas NISSAN a été redressé et bien redressé. Carlos Goshn sentant le vent mauvais pour lui se verrait bien tout puissant patron d'un NISSAN à la liberté retrouvée et aux coudées franches.
Réponse de le 30/10/2015 à 13:28 :
Quelles raisons économiquement valables y aurait-il de débarquer Ghosn de Renault alors que sa réussite y est éclatante ? Il est évident que la manipulation étatique sur le capital de Renault pour y obtenir un pouvoir sans rapport avec son poids capitalistique réel (sachant qu'il n'a pas les moyens financiers de monter durablement au capital de Renault vu l'endettement public... les marchés ne pardonneraient pas à l'état français de nouveaux errements nationalisateurs) est la cause unique du tangage actuel de l'alliance Renault Nissan. L'état a le don de transformer l'or en plomb.
a écrit le 28/10/2015 à 15:35 :
Nissan deux fois plus gros que Renault maintenant grâce à l'argent et aux investissements de Renault dans Nissan dans les années 2000! Qui se souvient des invendables Tino, Almera, Primera de Nissan avant que Nissan ne sorte les Qashqai, Juke, Micra, Note...?
Renault avait sacrifié pour sauver Nissan. Que C.Ghosn remette les japonais à leur place...
Réponse de le 29/10/2015 à 10:10 :
Tout à fait, il ne faut pas oublier que Renault s'est beaucoup affaibli en redressant Nissan, notamment à cause du départ de ses meilleurs cadres au Japon (à commencer par Goshn).
Renault récolte aujourd'hui le fruit de ses investissements et sacrifices passés.
Réponse de le 30/10/2015 à 13:21 :
Renault a mis très peu d'argent réel dans Nissan, c'est sur les synergies et la mutualisation des coûts de développement, notamment sur les moteurs, ce qui est le plus cher à développer (Nissan se spécialisant dans les moteurs à essence et Renault sur les Diesel) que les investissements ont été financés. Pas sûr d'ailleurs que les choix récents en matière de Diesel de l'état français fassent beaucoup en faveur de Renault dans l'alliance... Reste que l'allongement des gammes qui partagent les mêmes plate-formes et les mêmes moteurs chez Renault, Nissan, Samsung, Dacia, Lada est un ingrédient indispensable à la survie de Renault, qui contrairement à PSA, n'a pas été réellement mis en danger lors de la crise grâce à sa stratégie résolument mondiale.

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