Stockage d'énergie : la plus grande usine européenne Northvolt passe sous pavillon américain

Les activités suédoises de Northvolt attendent elles aussi de savoir si elle seront reprises ou non.
Helena Soderpalm

Les activités suédoises de Northvolt attendent elles aussi de savoir si elle seront reprises ou non.
Helena Soderpalm
Une issue a été trouvée pour l'une des usines européennes du Vieux Continent du groupe suédois Northvolt, qui a déposé le bilan en mars dernier. C'est le fabricant américain de batteries Lyten qui va en prendre possession, selon un communiqué publié ce mardi, sans toutefois plus de précisions sur les conditions financières de cette acquisition. Côté calendrier, les deux parties prévoient de finaliser la transaction au troisième trimestre 2025.
Le site concerné est l'usine de Gdansk, dans le nord de la Pologne, ouverte en 2023. Ici ne sont pas fabriquées des batteries, mais des systèmes de stockage d'énergie par batterie, destinés à stocker l'énergie solaire et éolienne. Ses 25 000 m² font de cette usine la plus grande d'Europe sur ce segment, qui connaît « la croissance la plus rapide du marché des batteries », selon Lyten. Il faut dire que les systèmes de stockage sont essentiels pour répondre à la demande croissante d'énergie des centres de données (datacenters) et à la nécessité d'assurer la résilience du réseau électrique en Europe.
La demande est également forte, car il existe peu d'usines de ce type sur le sol européen. « Le message des clients européens est qu'ils veulent que les systèmes de stockage d'énergie soient fabriqués en Europe en utilisant des chaînes d'approvisionnement locales exemptes de risques géopolitiques. Gdansk, en Pologne, est l'endroit idéal pour répondre à ce besoin en Europe », estime Lars Herlitz, président et cofondateur de Lyten.
Reste désormais à trouver une issue positive également pour les activités principales de Northvolt, dans son pays d'origine. Mikael Kubu, l'administrateur judiciaire qui gère le processus de faillite du groupe suédois, a pour objectif de conclure un accord de vente avant la fin de l'été. Cinq investisseurs envisageraient une offre sur ces activités, a-t-il indiqué à l'agence de presse locale TT. Ce qui mettrait un point final à l'épopée de cette start-up qui a un temps été propulsée comme l'un des plus grands espoirs européens dans le domaine très stratégique des batteries. Avant de sombrer presque aussi rapidement. La Tribune revient sur cette descente aux enfers en six articles.
Fondée en 2016 par deux anciens de Tesla, Peter Carlsson, le PDG jusqu'en novembre 2024, et Paolo Cerutti, Northvolt affiche une belle ambition : maîtriser toute la chaîne de production des batteries électriques sur le sol européen, de la fabrication de cathodes jusqu'au recyclage.
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Très rapidement, la start-up choisit la Suède pour implanter la plus grande usine de batteries lithium-ion pour véhicules électriques du Vieux Continent. Elle est érigée sur le territoire de Skellefteå, une ville côtière et industrielle du nord-est du pays, et commence à produire fin 2021.
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Le succès est au rendez-vous, Northvolt faisant lever les milliards : 15 milliards de dollars (13,5 milliards d'euros) de financement au total de sa création jusqu'à l'année dernière, répartis entre des emprunts et des apports en capitaux propres. À partir de 2022, le groupe multiplie les annonces de construction de nouvelles usines en Europe, en Pologne et en Allemagne, mais également outre-Atlantique, au Canada. Dans le même temps, il prévoit de développer son usine suédoise.
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Northvolt se décide enfin à construire son usine en Allemagne
Mais cette multiplication des projets a, selon certains experts, précipité sa perte. « Ils ont vu trop grand, expliquait à La Tribune en novembre dernier Pierre Paturel, directeur d'études et spécialiste de l'automobile chez Xerfi. Ils ont tenté la course à la taille, et se sont heurtés à une réalité industrielle visiblement très compliquée. Au lieu d'attendre de maîtriser véritablement leurs procédés de fabrication dans leur première usine de Skelleftea, Northvolt a sans doute fait l'erreur de lancer la construction de plusieurs autres gigafactories ».
À cela sont venus s'ajouter des retards de production qui lui ont fait perdre des contrats, notamment un conséquent de deux milliards d'euros avec BMW au printemps 2024. Sans compter que le marché des voitures électriques a commencé à ralentir en Europe, n'arrangeant pas ses affaires — même si pour certains experts, dont Pierre Paturel, cela n'est pas réellement l'une des raisons de ses déboires.
C'est seulement en septembre 2024 que Northvolt officialise les premiers signaux d'alerte. Le groupe annonce alors réduire ses activités. Dans son usine suédoise, il met en sommeil une partie de sa production, celle de matériaux cathodiques actifs, pour concentrer ses efforts sur la production de cellules de batteries. Il décide également d'y « suspendre » tout projet de développement et de revoir le rythme de son développement international. Une baisse de l'activité qui a des conséquences immédiates sur l'emploi. Un quart des effectifs est supprimé, soit 1 600 postes sur plus de 6 500.
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« Nous avons été un peu trop agressifs » : le fabricant de batteries Northvolt fait marche arrière
La situation se dégrade rapidement. Dès novembre, Northvolt se place sous la protection du chapitre XI de la loi américaine des faillites, via sa filiale américaine. L'industriel, plombé par une dette de 5,84 milliards de dollars (environ 5 milliards d'euros) pour seulement 30 millions d'euros de liquidités, espère que cette procédure lui donnera le temps de se restructurer. Et, surtout, de lever les 1 à 1,2 milliard de dollars (850 millions à 1 milliard d'euros) dont il a besoin, selon sa direction, pour se relancer et éviter la liquidation. Dans la foulée, Peter Carlsson rend son tablier de PDG.
Une tentative qui se révèlera vaine. Le couperet tombe le 12 mars 2025 : Northvolt se déclare en faillite en Suède, incapable de réunir les financements nécessaires pour survivre. L'administrateur Mikael Kubu est nommé pour superviser le processus, en particulier le règlement des obligations en cours et la vente des actifs, comme son usine de Pologne.
En mettant la clé sous la porte, Northvolt a douché l'ensemble du secteur européen des batteries. Car le Vieux Continent misait sur lui pour disposer de sa propre filière de production. L'objectif de l'Union européenne est simple sur le papier : acquérir une certaine souveraineté dans ce domaine hautement stratégique, puisque la batterie représente 30 à 50 % du coût d'une voiture électrique. Mais les difficultés du groupe suédois pourraient bien refroidir les investisseurs, et de ce fait, handicaper le développement de la filière.
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En ayant sa propre fabrication de batteries sur son sol, l'Europe souhaite en outre briser le quasi-monopole asiatique en la matière, détenu par la Corée du Sud, le Japon et surtout la Chine, et ne plus dépendre de ces pays pour ses approvisionnements. Un espoir qui s'éloigne avec la disparition de Northvolt.