Voiture électrique : Renault se relance sans surenchérir sur Volkswagen

Jadis l'un des groupes les plus avant-gardiste en matière d'électromobilité, le groupe automobile français a perdu du terrain face à une offensive massive de ses concurrents. Le directeur général du groupe, Luca de Meo, veut reprendre l'initiative mais sans entrer dans la course aux annonces spectaculaires d'un Volkswagen ou d'un Fiat.
Nabil Bourassi

5 mn

(Crédits : Eric Gaillard)

Après plusieurs semaines à distiller les informations qui doivent dessiner sa stratégie d'électrification, Renault est donc rentré dans le vif du sujet ce mercredi matin... Ce plan était très attendu au moment où les grands groupes annoncent d'imposants plans d'électrifications, au point que certains d'entre eux ont même décidé de changer de modèle industriel en adoptant le modèle Tesla (intégration verticale, amont et aval). Luca de Meo, lui, a choisi de ne pas aller aussi loin, sans pour autant minimiser les ambitions technologiques de sa stratégie.

Sous une thématique graphique très branchée, baptisée ElectroPop, la conférence de presse du groupe automobile français s'est surtout employée à détailler dans un jargon très technique, les arbitrages technologiques et les innovations qui doivent repositionner le groupe dans l'écosystème de la voiture électrique. De multiples experts ont tenté de vulgariser acronymes barbares (BMS, NMC, EESM...), et éléments de langages de polytechniciens (flux axial, machines synchrone à rotor bobiné...) qui doivent conduire Renault à redevenir le groupe innovant qu'il fut en matière d'électromobilité.

De beaux restes

Car Renault semble avoir perdu l'avance qu'il avait acquise il y a une dizaine d'années quand son patron d'alors, Carlos Ghosn, avait lancé parmi les premiers en Europe (et sous les moqueries), une voiture 100% électrique en Europe avec la Zoé. "Faux", répond Luca de Meo, son directeur général, qui a rappelé que Renault a consacré 5 milliards d'euros d'investissements sur cette technologie, a accumulé 10 milliards de kilomètres parcourus à travers son parc roulant de 400.000 voitures... Pour le nouveau patron, Renault a encore de beaux restes sur l'électrification pour enclencher une phase 2 très ambitieuse, mais surtout à des coûts ultra-compétitifs, tout en engageant 10 milliards d'euros d'investissements supplémentaires sur les dix prochaines années.

Renault estime ainsi disposer d'expertises déjà investies pour améliorer ses moteurs électriques actuels et créer une nouvelle gamme, et sans terres rares cette fois. Le groupe mise également sur un nouveau type de moteurs dit à flux axial, pour améliorer les performances des moteurs hybrides. Il s'appuiera sur une startup française, Whylot, pour mettre en service ce moteur dès 2025.

En outre, Renault a une idée pour récupérer la partie de la valeur ajoutée qui va s'évaporer par la bascule entre voiture thermique et électrique en réinternalisant différents éléments de l'électronique de puissance (onduleur, convertisseur, chargeur embarqué...). C'est également tout l'enjeu de la stratégie autour des batteries dont Luca de Meo espère diviser le prix par deux en dix ans tout en lançant une nouvelle génération (en partenariat avec la startup française Verkor) à la densité énergétique beaucoup plus forte pour une gamme de modèles plus hauts de gamme ou sportives.

Nissan doit entrer dans la danse

Enfin, deux plateformes seront créées pour concevoir deux gammes de voitures. La CMF-BEV servira de base pour bâtir des voitures "abordables". Renault estime être capable de fabriquer une voiture électrique un tiers moins cher que l'actuelle Zoé. La plateforme CMF-EV attaquera les segments C et D, deux territoires où Renault est structurellement faible mais que Luca de Meo a mis en tête de ses priorités de reconquête.

Sauf que pour que l'équation réussisse, il faut que Nissan, son allié dont il possède 43% du capital, entre dans la danse puisque d'après la communication de Renault, il faut que 3 millions de voitures soient amorties sur la première plateforme en 2025, et 700.000 sur la seconde. Or, Nissan n'a encore rien annoncé, et Luca de Meo, lui-même, a refusé de s'exprimer sur la part du groupe japonais, lors de la séance des questions-réponses.

Lire aussi Voiture électrique : l'acte II de Renault et Stellantis

En mal de modèles et de nouveautés (l'actuelle Zoé a plus de dix ans, malgré ses trois restylages), Renault s'est laissé distancer par les autres constructeurs généralistes qui ont déployé en moins de deux ans, une pléthore de nouveautés sur tous les segments (berlines, SUV...). En outre, le groupe est sous pression après les annonces spectaculaires de Volkswagen décidé à renverser son modèle industriel en adoptant une intégration verticale (gestion des bornes de recharge, maîtrise logicielle) ou d'Audi, Fiat ou Volvo qui basculeront au 100% électrique autour de 2030.

Un objectif 2025 timide, celui de 2030 plus ambitieux

Mais, Luca de Meo ne veut pas entrer dans une surenchère et préfère se concentrer notamment sur un aspect industriel avec le redéploiement des capacités industrielles autour d'Electricity (cinq usines dans les Hauts-de-France d'où sortiront 400.000 voitures par an). Sur la stratégie de gamme, le plan compte une dizaine de modèles à horizon 2025. Sur les objectifs également, les ambitions de Renault semblent mesurées avec 65% de voitures électrifiées en 2025 (c'est-à-dire voitures hybrides comprises). Renault juge toutefois être en mesure d'atteindre les 90% de ventes 100% électriques en 2030, ce qui implique une stratégie de produit plus étoffée mais également un redéploiement industriel plus conséquent.

S'il manque un trou dans la raquette, ce pourrait bien être celui de la maîtrise logicielle. Pour les experts, la véritable rupture technologique induite par le modèle Tesla réside dans cette expertise qui permet d'optimiser la gestion électronique des batteries, du moteur et des équipements intérieurs. Celle-là même qui a manqué à l'ID.3 lors de son lancement par Volkswagen à l'été 2020 et qui a conduit Herbert Diess à renverser la table devant son conseil d'administration. Luca de Meo, transfuge du groupe Volkswagen, n'ignore pas de tels enjeux. Il a d'ailleurs lancé sa Software Republique pour réfléchir, pour le moment, à l'écosystème de la connectivité de demain.

Nabil Bourassi

5 mn

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Commentaires 11
à écrit le 02/07/2021 à 13:16
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@ jean-Luc. Juste une objection a votre argumentation. Certains d'jeuns des banlieues pourront s'offrir des tesla et autre mercedes electriques. Le fric ne sera pas un obstacle. Il etait bon de le preciser. Ah, quel beau pays ou vous vivez.

à écrit le 02/07/2021 à 6:37
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15 jours avant la deadline, ils vont se rendre compte que les reseaux ne suivent pas, que la prodution d'electricite par eolien est intermittente, et qu'ils dependront de la chine pour produire les batteries ( et les composants electroniques pour reg...

à écrit le 01/07/2021 à 20:20
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"S'il manque un trou dans la raquette, ce pourrait bien être celui de la maîtrise logicielle." Vous vous êtes pris les pieds dans cette expression : avoir un trou dans la raquette ! Elle signifie manquer de quelque chose, pas du trou lui même ! :...

à écrit le 01/07/2021 à 10:03
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Ils ont raison c'est le plus prudent vu que le secteur agro-industriel lui n'est jamais inquiété jamais montré du doigt tandis que premier destructeur de vie sur terre et premier émetteur de GES cet acharnement contre le moteur thermique semblant tel...

à écrit le 01/07/2021 à 8:32
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Comme d habitude les français ont les idées mais ne savent ni les conserver ni les commercialiser … et si l avenir automobile passer par la pile à hydrogène ? Y ont ils songes ?

le 02/07/2021 à 16:24
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Personne n'a vu d'autre avantage au moteur électrique que de déplacer la pollution à l'extérieur des villes.Je crois que vous avez raison, mais le passage à l'hydrogène suppose que les acteurs du monde de l'énergie veuille bien changer de modèle in...

à écrit le 01/07/2021 à 8:24
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Voiture électrique = manque d'autonomie, batteries chères, polluantes à fabriquer, consommant des matériaux rares et recyclage compliqué, recharge lente et coûteuse, pas de normalisation des prises, manque flagrant de bornes,... Donc solution totalem...

le 01/07/2021 à 23:50
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Ils ne sont pas ideales non mais mieux que les voitures thermiques - sauf les batteries vous avez tout a fait raison, il faut une autre technologie que le lithium.

à écrit le 01/07/2021 à 8:17
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Renault est déjà en direction de la looose. Ils ont , avec la zoe , le véhicule qui pouvait les imposer d'entrée de jeu sur ce marché. Qu'en font ils : rien, pas de mythe , pas de declinaison , pas de vraie conquête. Triste et déjà tellement vu.

à écrit le 30/06/2021 à 23:09
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Machine synchrones à rotor bobines ! Tu parles d'une nouveauté 🤣

à écrit le 30/06/2021 à 21:53
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c'est le marché qui va dicter sa loi et si les européens n'achetent pas de voiture électrique, ils remetteront des moteurs diesels importés de Chine. Que les bobos aillent de Paris à leurs maisons de campagne à l'Ile de Ré par exemple en Zoé.... je m...

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