Dans l'Oise, la carrière Violet veut apporter sa pierre à l'édifice du Grand Paris

REPORTAGE. A soixante-dix kilomètres de la capitale, et depuis cinquante-huit ans, la famille Violet extrait du liais, de la roche fine et du grignard pour les monuments historiques parisiens et le promoteur immobilier Verrecchia. Sans surprise, la future réglementation environnementale du bâtiment dite RE2020 s'est invitée lors de la visite.

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Kévin, 1 an de maison, évacue un morceau de pierre qu'il vient de découper avec sa scie mécanique.
Kévin, 1 an de maison, évacue un morceau de pierre qu'il vient de découper avec sa scie mécanique. (Crédits : C.A.)

"Ma petite entreprise connaît pas la crise / Épanouie elle exhibe des trésors satinés dorés à souhait". Peut-être qu'Alain Bashung pensait-il à une carrière de pierres en écrivant cette chanson. Toujours est-il qu'en arrivant dans la carrière Violet, à Nogent-sur-Oise, la lumière du soleil se réverbère sur des blocs de pierre prêts à être chargés sur des camions.

"Le carnet de commande n'a jamais été aussi rempli. On sent qu'à l'approche des Jeux olympiques et paralympiques, Paris veut rappeler qu'elle est la plus belle ville du monde", déclare le patron du site, Franck Violet.

A soixante-dix kilomètres de la capitale, la pierre de taille permet en effet de réhabiliter les monuments historiques comme le pont Neuf, la place Vendôme avec l'Hôtel de la Marine et le Crillon, l'église Saint-Augustin ou encore le palace du Peninsula. De même que ce matériau alimente des promoteurs immobiliers comme le groupe Verrecchia.

Liais, roche fine, grignard: des pierres à tous les niveaux

Avant d'être utilisée sur un chantier, la pierre doit être extraite d'une masse brute de 15 mètres de haut (voir photo ci-après). Le premier banc de pierre, dit le liais, mesure 40 centimètres de haut et sert à concevoir des seuils. En-dessous, se trouve le banc franc, lui-même divisé en trois: le banc 1, une pierre plus tendre, le banc 2, une pierre moins jeune, et le banc 3, utilisé en soubassement, au-dessus des socles béton des bâtiments.

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Sous le banc franc, c'est la roche fine, qui permet d'élever les murs et de la construire la façade. Encore en-dessous, se situe le grignard, un banc de pierre qui laisse passer l'air et qui durcit dans le temps. Beaucoup plus rustique, il est utilisé par les artisans du coin pour les murs des clôtures et les pavillons. Tout en bas, enfin, se trouve le banc de Saint-Leu, du nom de la commune voisine de Saint-Leu-d'Esserent qui alimente Paris en pierre depuis le Moyen-Âge.

Un métier manuel et mécanique

Autonome grâce à un groupe électrogène (30.000 euros), la machine (150.000 euros), qui découpe la masse de 15 mètres en ces différents morceaux, perfore jusqu'à 3,50 mètres de profondeur. C'est ensuite Youssef, 36 ans de maison, qui monte dans la pelleteuse de 38 tonnes (200.000 euros en crédit-bail) pour l'extraire.

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Une fois la pierre extraite, il faut la découper pour répondre aux exigences du client. Chaque artisan note à la main les épaisseurs, les hauteurs et les longueurs et s'y réfère.

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Elizio, 41 ans de boîte, "jamais en arrêt maladie ni arrêt de travail", est toujours équipé de sa règle et de son crayon.

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C'est parti ! La pierre étant humide, la scie la découpe sans aucun problème. "C'est nickel !" s'exclame Kévin, arrivé il y a un an à la carrière.

La "RE2020" s'invite au café

Sans surprise, la future réglementation environnementale du bâtiment dite "RE2020" s'invite lors de la visite. Depuis sa présentation fin novembre, les acteurs des matériaux de construction géosourcés, c'est-à-dire d'origine locale, minérale et peu transformés comme la pierre ou l'argile, redoutent d'être exclus au profit des matériaux biosourcés, c'est-à-dire d'origine locale, animale ou végétale, comme la biomasse ou le chanvre.

"Privilégions le bon matériau au bon endroit et pensons au bon équilibre nature/construction. Les constructions depuis plus de cinquante ans ont éloigné les hommes de la nature", souligne le promoteur Marc Verrecchia.

Avec 1.000 logements par an, le président du groupe immobilier éponyme mixe déjà les matériaux. A Rosny-sous-Bois en 2022, il livrera un ensemble de 283 logements, érigés à 70% en pierre de taille et à 30% en bois.  Sur cette opération, le professionnel s'autorise même une hauteur avoisinant les 50 mètres.

 "La densité n'est pas un problème, c'est le bon rapport entre l'insertion urbaine, l'empreinte au sol et l'échelle du piéton", dit encore Marc Verrecchia.

En attendant la nouvelle mouture de la "RE2020" que l'exécutif devrait dévoiler dans les prochains jours, le Pdg des Carrières Violet se tourne vers son site de 5 hectares. Seuls 3,5 hectares ont été extraits et remblayés par de la terre où repoussent des arbres. Évoquant son père Bernard, créateur du site en 1963, Franck Violet pense en même temps à l'avenir. Juste derrière cette carrière, il lui reste un potentiel de 8 hectares.

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Commentaire 1
à écrit le 29/01/2021 à 14:55
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J'ai un copain qui s'est fait massacrer physiquement par ce boulot particulièrement dur pour à peine 1400 euros par mois. Arrêts maladies en série pour tous, parfois des morts, heureusement plus respectueux enfin disons moins irrespecteux vis à vis d...

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